Le monde d’Elodie. Gregory Cuilleron : “Le handicap, c’est normal que ça fasse peur. Mais après, on rebondit, on avance !…

Le cuisinier, ancien de Top Chef, se bat pour l’inclusion des handicapés.

Grégory Cuilleron, chef cuisinier et ambassadeur de l'insertion professionnelle des handicapés.

Elodie Suigo : Gregory Cuilleron, vous publiez La vie à pleines mains chez Albin Michel. Vous êtes chef cuisinier français, vous avez été découvert par le grand public à travers le petit écran dans deux émissions sur M6, Un dîner presque parfait et Top Chef. Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce livre ?

Gregory Cuilleron : L’idée, c’est d’aborder des thématiques inhérentes au handicap. C’est parti de ma propre expérience. L’idée m’est venue à la suite d’un échange sur les réseaux sociaux entre enfants agénésiques, c’est-à-dire des enfants à qui, comme moi, il manque un bout de bras et des parents d’enfants agénésiques.  Quelque chose m’a beaucoup énervé : des parents qui demandaient comment faire pour faire un procès à l’échographe parce qu’il n’avait pas vu qu’il manquait une main à leur gamin. En soi, je comprends le deuil de l’enfant parfait. Mais ça m’a gonflé, parce que, techniquement, il n’y a pas eu d’erreur médicale. Il n’a juste pas vu. Mais on estime qu’il y a un dommage parce que, “Mon chéri, tu comprends, si tu n’as qu’une main, tu n’es quand même pas ultra viable !” Passé l’énervement, je me suis dit, il va falloir faire preuve de pédagogie. Le handicap, c’est normal que ça fasse peur. Parce qu’on a peur de ce qui est différent. Il est normal d’être triste quand on a un enfant handicapé. Mais après, on arrête, on rebondit, on avance ! Et on verra que le gamin pourra tout faire dans sa vie, tout simplement.

Dans ce livre, vous parlez de handicap, mais en même temps, il y a beaucoup de pudeur, de sincérité. Et vous expliquez qu’avoir un handicap et se sentir handicapé, ce sont deux choses complètement différentes…Comment avez-vous vécu le fait qu’il soit question de ce handicap quand vous êtes apparu à la télévision ?

Pas trop mal. Ce n’était pas traumatisant mais ça m’a fait me poser des questions. En France, on est très latins, on aime bien mettre les gens dans des petites cases. C’est vrai que du jour au lendemain, on m’a mis dans la case handicapé. On ne me disait pas “Wow, tu cuisines bien !” on me disait “Wow, tu cuisines bien pour un handicapé !”  Vous savez, moi je n’ai pas de handicap. Le handicap c’est quelque chose qui t’empêche de faire ce que tu veux. Moi, ce n’est pas le cas. C’est de naissance et ça a été double jeu : ça a été ça, faire ce que je veux et en plus, je me suis retrouvé porte étendard de la cause des personnes handicapées et c’est un monde que je ne connaissais absolument pas.

Ce qui est bien, dans cet ouvrage aussi, c’est que vous rectifiez des choses. Vous dites que dans l’émission un dîner presque parfait, la production ne vous a en aucun cas choisi en raison de votre handicap…

Je ne pense sincèrement. C’est-à-dire que j’ai beaucoup aimé la manière dont ça a été traité par les journalistes. Je me suis dit “Purée, je vais être le handicapé de service, ça va être compliqué”. Et en fait, pas du tout ! Ils n’ont pas joué les trémolos. C’est quand même une chaîne grand public, grande écoute, on sait bien comment ça se passe, pour vendre le truc… Et c’est quelque chose que j’ai grandement apprécié. Alors c’est sûr que, de par mon handicap, j’étais plus visible que d’autres. Mais ça a été assez anecdotique.

Vous parlez beaucoup du handicap et de l’importance de faire changer le regard des gens. Ce qui est important pour vous, c’est l’inclusion des handicapés plutôt que leur intégration.

La vision que les gens ont du handicap, c’est qu’il faut les convaincre de la performance. C’est-à-dire qu’on part du principe qu’un handicap sera un boulet, une contrainte. Alors qu’en fait, il faut d’abord penser à ce que la personne pourra apporter avant de voir tout de suite une notion de contrainte. Contrainte qui n’est pas forcément palpable. On se dit juste “Houla, problème !” Le handicap n’est pas un problème, je vous rassure.

Quand on va voir votre maman pour lui demander si elle a su avant votre naissance que vous alliez être handicapé, comment l’a-t-elle pris ?

Très naturellement. Moi, ça m’a fait un peu bizarre. Je n’étais pas sûr d’avoir envie d’avoir la réponse. Ce qui est dur, c’est de se dire rétrospectivement que sa naissance a pu être une source de peine. Je pense que dans la famille, il y en a deux-trois qui ont peut-être pleuré, qui ont du être un peu tristes, parce que justement, ils ne connaissaient pas. Ce qui me rassure, c’est quand je vois ce que c’est devenu, dans mes rapports à eux, dans ma famille, avec mes amis. Finalement, on était une famille normale sur laquelle est tombé ce problème entre guillemets et vu ce que c’est devenu et la manière dont ils m’ont traité, je me dis que si eux ont pu faire acte de résilience et avancer comme ça, toutes les familles peuvent le faire.

Les restaurants viennent de rouvrir, les terrasses aussi. Vous êtes inquiet pour le métier ?

Sincèrement, je pense que d’ici à septembre, voire janvier, il va y avoir de la casse. Je n’envie pas ceux qui ont des établissements avec des millions de crédit sur le dos. En ce moment, il vaut mieux avoir un petit chez soi qu’un grand chez les autres. Il va falloir avancer. Ce qui nous interpelle beaucoup, ça va être les nouveaux modes de consommation. Le télétravail s’est bien ancré et je pense que ça va commencer à devenir compliqué, la restauration le midi. À mon avis, les gens vont plus rester chez eux et donc plus déjeuner chez eux. Il va falloir se repenser et c’est difficile parce que moi-même en tant que consommateur, je ne sais pas ce que je veux ! Ce ne sera pas comme avant mais je n’arrive pas à me projeter. On serre les fesses, on essaie d’être imaginatif pour apporter au client ce qui lui aura manqué. Je ne me fais pas de souci pour ces 15 premiers jours, parce que les gens ont été  tellement frustrés qu’ils viendront tous en terrasse !

Source FRANCE INFO.

Rennes. Les changements du « monde d’après » n’effraient pas les employés autistes du Bottega Mathi…

Bottega Mathi, vrai bistrot italien, à Rennes, a repris le service en salle, le 2 juin, avec un protocole sanitaire renforcé.

De nouvelles habitudes à adopter pour le personnel atteint d’autisme, « heureux » de revenir au travail.

L’épicerie-traiteur italien Bottega Mathi, à Rennes, forme des jeunes atteints d’autisme. Ici, Yann, Alexis, Agnès Jamain, la gérante, et Marin.

Il est 11 h, mercredi 3 juin, au Bottega Mathi, un petit bout d’Italie, qui a vu le jour il y a un an, dans le quartier Jeanne-d’Arc, à Rennes. De grandes baies vitrées, donnant sur quelques mètres carrés de terrasse, laissent la lumière terne du soleil inonder la vaste pièce désespérément vide. L’établissement, à la fois bistrot, traiteur et épicerie fine, a redémarré son service en salle, la veille. À l’image de nombreux restaurateurs rennais. Mais le calme qui règne ici tranche avec l’effervescence du centre-ville.

Concentrés et appliqués, Yann et Marin, la moitié du visage dissimulée derrière un masque, dressent les petites tables, espacées de plusieurs mètres, comme l’exige le nouveau protocole sanitaire. Les deux hommes de 23 ans ont un point commun. Ils vivent avec un handicap « invisible » et encore mal connu : l’autisme.

« Heureux » de revenir

Bottega Mathi forme des jeunes atteints, comme eux, de troubles de la communication et de l’interaction sociale aux métiers de la restauration, pendant un ou deux ans maximum. « Ils travaillent ici dans un milieu ordinaire, insiste Agnès Jamain, cogérante de l’établissement. L’objectif est de ressortir avec des compétences et faciliter leur insertion. Disons que nous sommes un palier entre l’école et le monde professionnel. Il existe différentes formes d’autisme. On s’adapte aux problèmes de chacun. Valentin Davaillon, notre éducateur technique spécialisé, les accompagne dans leur apprentissage. On veut qu’ils s’épanouissent. »

Le bistrot Bottega Mathi propose des spécialités italiennes.

La fermeture forcée du bistrot, mi-mars, a été une « grosse claque ». Pour les responsables comme pour les employés. Alexis est venu saluer ses collègues en ce deuxième jour de reprise. Le garçon de 19 ans, toujours au chômage technique, ne tient pas en place. « Je suis frustré, confie-t-il. J’ai hâte de reprendre le travail. »

Comme pour certains autistes, Alexis a besoin d’un « cadre ». La rupture, brutale qui plus est, avec la routine constitue une « perte de repères, explique Valentin Davaillon. Le travail est important car il rythme leur journée. Cette situation peut les désorienter. » La réouverture est une nouvelle cadence à adopter. « L’organisation a changé. La disposition de la salle n’est plus la même par exemple. Il faut l’expliquer. Nous allons également revoir plusieurs choses pour leur faire retrouver certains automatismes. »

Les gestes barrières sont, selon lui, « bien intégrés ». « Ils travaillent dans la restauration. Ils ont l’habitude d’appliquer des mesures d’hygiène déjà très strictes. » Il ajoute : « Je les ai sentis très heureux de revenir. »

Un nouveau site internet

Midi, et toujours pas l’ombre d’un client. « Hier (mardi), on n’a eu personne », se désole Agnès Jamain. Le téléphone sonne par intermittence. Les quelques appels concernent la vente de plats à emporter. Les réservations en salle dans les prochains jours se comptent sur les doigts d’une main. Bottega Mathi a lancé un site internet, géré par des bénévoles, pour « se faire connaître ». « On est un peu inquiets, glisse la cogérante. Mais on veut rester optimistes. »

Bottega Mathi, 36, boulevard Charles-Péguy, à Rennes. Renseignements au 09 72 14 37 27 ou sur bottegamathi.com.

Source OUEST FRANCE.

 

REPORTAGE. « Il était temps » pour les travailleurs de l’Esat de Gabriel-Deshayes…

Des travailleurs de l’Esat (Établissement et service d’aide par le travail) de l’association Gabriel-Deshayes, à Brec’h (Morbihan), ont repris le chemin des ateliers depuis le 11 mai 2020.

Un retour au travail salutaire malgré le poids du protocole sanitaire.

Dans l’atelier conditionnement de l’Esat La Chartreuse, de l’association Gabriel-Deshayes, à Brec’h (Morbihan) réaménagé pour respecter les gestes barrières, l’effectif a été divisé par deux.

 

 

 Il était temps !  C’est presque un cri du cœur qu’expriment ces travailleurs dans l’atelier de conditionnement de l’Établissement et service d’aide par le travail (Esat) La Chartreuse de l’association Gabriel-Deshayes, à Brec’h (Morbihan). Le retour au travail était très attendu.  Certains d’entre eux vivent seuls et cela devenait pesant. On risquait des cas de décompensation psychique , indique Marie-Laure Le Corre, la directrice générale de l’association.

La structure, spécialisée dans l’accueil des handicapés sensoriels (surdité et/ou cécité), accompagne un millier d’adultes et enfants dans 16 établissements et services. À l’Esat, où 46 personnes travaillent habituellement,  on fonctionne en demi-groupe depuis presque un mois et on espère reprendre un fonctionnement normal en septembre », explique Philippe Puill, moniteur de l’atelier conditionnement.

« Leurs mains sont leurs yeux »

Pour le moment, les travailleurs non-voyants ne sont pas encore revenus. La semaine prochaine leur sera réservée pour qu’ils s’approprient les locaux quelque peu adaptés aux gestes barrières.  C’est compliqué pour eux, leurs mains sont leurs yeux, précise Charlotte Delamarre Hoareau, l’animatrice de l’atelier chaiserie. On essaiera de limiter au maximum le toucher des objets, des meubles, et exceptionnellement, pour la reprise, ils auront leur canne pour se déplacer. 

REPORTAGE. « Il était temps » pour les travailleurs de l’Esat de Gabriel-Deshayes

L’organisation évolue au jour le jour

L’organisation évolue au jour le jour.  On s’adapte, assure Céline Le Dref, cheffe de service de l’Esat. On s’était projeté mais parfois le fonctionnement est plus compliqué que prévu. » D’autant que la répétition de certains gestes barrières génère parfois des troubles du comportement, réveille des peurs, chez certains travailleurs.  Les professionnels sont là pour désamorcer ce genre de situations avec bienveillance », explique encore Céline Le Dref. On prend le temps de discuter de leur ressenti devant ces nouvelles manières de travailler », ajoute l’animatrice.

« Rien n’a repris »

Même organisation au sein de l’atelier traiteur, visières de protection, masques, etc. Il continue de fonctionner malgré un carnet de commandes vide.  Rien n’a repris »,souffle Céline Le Dref. Un manque à gagner qui sera impossible à rattraper.  C’est la moitié du chiffre d’affaires des ateliers de l’Esat. 

Mais aux fourneaux, tout le monde s’active pour mitonner le repas des autres travailleurs et des personnels de Gabriel-Deshayes. Sylvie Morisset, l’animatrice d’atelier, s’enthousiasme :  C’est tout nouveau pour eux. Avant, c’était assuré par un prestataire. C’est de la vraie cuisine avec de nouveaux plats, différents de ce qu’on prépare habituellement pour les cocktails. » Et pour preuve, derrière elle, d’alléchantes tartes aux fraises en cours de montage.

Source OUEST FRANCE.

Lamballe : grâce à Guillaume Canet, elle reçoit du matériel de soin pour sa fille handicapée…

Pendant le confinement, Solange, habitante de Lamballe (Côtes-d’Armor) a pu discuter avec l’acteur Guillaume Canet du sort réservé aux enfants handicapés pendant le confinement.

Quelques jours plus tard, sans rien demander, l’artiste lui a fait parvenir du matériel de soin.

Solange lors de son échange avec Guillaume Canet sur Instagram.

Guillaume Canet est un acteur généreux et engagé. Il l’a prouvé l’an dernier lors de la sortie du film à succès “Au nom de la terre”. Il en a de nouveau fait la démonstration pendant le confinement en organisant des échanges sur Instagram avec, notamment, des membres du personnel hospitalier. Solange, une habitante de Lamballe dans les Côtes-d’Armor, a elle aussi pu discuter avec l’artiste le 13 mai dernier.

“Je l’ai interpellé en tant que maman d’une petite fille handicapée sur la difficulté de suivre les soins pendant le confinement. Il m’a répondu après quelques relances et j’ai pu intervenir dans un live organisé sur Instagram,” raconte la trentenaire. Solange est maman d’une petite fille de 17 mois atteinte d’une malade très rare. “Anouk souffre du syndrome de Skraban Deardoff. Elle a un retard moteur, un déficit mental, des soucis de ventilation, etc. Cela nécessite un suivi très lourd avec une psychomoteur, une orthophoniste et un kiné notamment et pendant le confinement il a fallu tout faire à distance.”

Guillaume Canet a publié les photos de Solange sur son compte Instagram.

Cette situation, la Bretonne a pu l’exposer pendant près de vingt minutes en direct devant des milliers d’internautes. “J’ai expliqué que les professionnels manquaient de matériel, notamment au centre d’action médico-social de Saint-Brieuc. Guillaume Canet m’a écouté et juste après la discussion il m’a rappelé.” Forcément un peu intimidant.

Des blouses, du gel, des masques et des charlottes

Une semaine plus tard, Solange a reçu un premier colis contenant des gants ou encore du gel hydroalcoolique. “J’ai reçu un deuxième colis et d’autres gens sont entrés dans la boucle. Au final, j’ai fait les calculs et entre ce qui a été envoyé chez moi et au CAMSP on a reçu l’équivalent de 43 semaines de soins pour Anouk mais ça va bénéficier à d’autres enfants, c’est génial !”.

Solange, encore plus admirative de son idole a tenu à lui envoyer un petit mot pour le remercier. Guillaume Canet a publié la carte sur les réseaux afin de remercier les donateurs anonymes. “C’est une vraie jolie histoire !” conclut Solange.

Source FRANCE BLEU.

Gard : le déconfinement est progressif pour les personnes atteintes de déficiences intellectuelles…

Bouleversé pendant le confinement, l’accueil des personnes en situation de handicap intellectuel reprend progressivement. Un retour au collectif difficile à mettre en place.

La parenthèse a laissé des traces.

Plusieurs établissements du Gard en ont fait l’expérience.

Au foyer d'accueil spécialisé Villaret-Guiraudet à Alès, il a fallu adapter le programme. / © Unapei 30

Dans les centres gérés par l’Unapei 30 (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales, et de leurs amis), le retour des personnes en situation de handicap intellectuel, qui s’étaient confinées en famille, a commencé. Progressivement, sur la base du volontariat, les personnes accompagnées font leur retour dans les centres de vie (l’accueil de jour) et les foyers d’hébergement.

“Depuis le 11 mai, tous nos établissements ont rouvert confirme Olivier Donate, le directeur de l’Unapei 30. Les activités en journée ont repris dans le respect des gestes barrières. Il n’y a plus de contact physique et les distanciations sociales sont respectées. C’est un dispositif nouveau qui impacte le quotidien”. Seulement 30 % des personnes accompagnées par l’Unapei 30 ont repris le chemin des IME (Instituts médico-éducatifs) et des ESAT (Établissements et Services d’Aide par le Travail ).

Quotidien bouleversé

Avec un protocole sanitaire strict, tout le fonctionnement des établissements change. Jérôme Lemaistre est directeur de l’IME Rochebelle à Alès. Sa structure a de nouveau accueilli les bénéficiaires à partir du 18 mai.

Tous les établissements gérés par l'Unapei 30 ont rouvert comme l'IME Rochebelle à Alès / © Unapei 30

Aujourd’hui plus de la moitié des 70 enfants et jeunes adultes qui sont accueillis (de 8 à 20 ans) ont repris le chemin de l’IME.  “Pour ceux qui sont restés à la maison, explique le directeur, on assure le suivi par téléphone ou à domicile. Pour l’aspect pédagogique, tous les projets individuels, mis en place en début d’année, ont été bouleversés. Notamment, l’inclusion sociétale ou l’accès à la vie professionnelle sont à l’arrêt. On garantit aujourd’hui des activités éducatives, mais pas la totalité du projet.” A chaque fois, l’équipe pédagogique s’adapte et trouve des compromis.

Parmi les anecdotes je pourrais citer celle d’un autiste de 14 ans qui avait l’habitude de faire à heure fixe une balnéo dans le centre et souhaitait reprendre cette activité. Il a fallu lui expliquer que, pour des raisons de sécurité, ce n’était plus possible. Mais, pour éviter de le perturber, on a transformé cette activité en baignoire thérapeutique. On trouve des solutions à chaque fois.

Certains parents préfèrent garder leurs enfants à la maison

Alice Bitam, 21 ans n’a pas encore réintégré le foyer de vie qui l’accueille en journée.

Alice Bitam, 21 ans, reste pour le moment au domicile familial / © Ursula Bitam

Sa mère, Ursula Bitam préfère garder sa fille encore à domicile même si le foyer est à nouveau ouvert aux externes en demi-journée. “J’ai profité de cette période de confinement pour travailler son autonomie, ce que je n’avais pas le temps de faire de manière intensive lorsqu’elle était en accueil de jour. Concernant la reprise, et dans la mesure où nous avons le choix, je me laisserai guider par son envie d’y retourner”.

Alice est atteinte d’une maladie génétique rare, le syndrome DDX3X (retard de développement et/ou mental). “Il a fallu s’adapter. A la maison, on ne peut pas proposer les mêmes activités que dans un centre, ni remplacer la convivialité qui y règne.  On a mis en place un programme avec de nombreuses activités sportives. Je lui ai expliqué les raisons de cette situation extraordinaire, que tout le monde était concerné, et que nous prenions tous ensemble ces précautions pour ne pas tomber malade”.

Je n’ai pas l’impression qu’Alice ait été particulièrement affectée par le confinement. Toutefois, elle a été frustrée du manque de lien social, et a probablement éprouvé un sentiment d’abandon pendant les premières semaines de confinement. Elle s’est ensuite adaptée.

Comme ses camarades, elle a bénéficié d’un accompagnement à distance. “Pendant le confinement, une éducatrice l’appelait une fois par semaine. C’était un peu compliqué parce qu’Alice est non verbale, c’était abstrait pour elle. Ensuite, on a pu avoir un contact par visio, puis une visite à domicile par une éducatrice. Cette expérience nous a permis de réaliser un suivi différent, de prendre plus le temps, du recul et ainsi la redécouvrir avec ses forces et ses faiblesses.”

Rester ou partir

Au début de la crise, les familles ont eu à choisir : venir chercher leurs proches ou les laisser dans leurs institutions d’hébergement, mais sans possibilité de visite. Dans le Gard, 157 bénéficiaires sur 179 ont ainsi vécu le confinement dans un centre, soit 87%.

Séverine Sensier est la directrice du foyer d’accueil médicalisé Villaret-Guiraudet à Alès qui accompagne 28 résidents sur 30 depuis la crise sanitaire. Des adultes polyhandicapés (handicap moteur + déficience intellectuelle sévère) âgés de 22 à 73 ans. Le huis clos a été privilégié.

Par mesure de sécurité, certains ateliers ont été suspendus et les activités en extérieur privilégiées. “Les résidents ont fait preuve d’adaptation, quelques-uns ont réclamé leurs proches, mais rapidement ils se sont apaisés. Ils se sont recréés un quotidien, des repères raconte la directrice.

Au foyer d'accueil médicalisé Villaret-Guiraudet à Alès, les activités extérieures ont été privilégiées. / © Unapei 30

Au regard de la fragilité des résidents, l’établissement a appliqué des mesures sanitaires drastiques (distanciations sociales, port du masque et de la blouse pour le personnel de proximité, c’est-à-dire les soignants et les éducateurs). “Les résidents se sont adaptés. Le plus surprenant, c’est l’absence de troubles du comportement liés à cette crise sanitaire. Les inquiétudes étaient plus vives du côté du personnel de proximité”.

Aujourd’hui, les visites sont possibles , uniquement sur rendez-vous et dans le respect des règles sanitaires. Il faudra patienter jusqu’au 22 juin pour un retour à la normale.

Certains sont restés confinés en foyer

Émilie Pailhon, 37 ans, atteinte d’une déficience mentale et de troubles autistiques, est restée confinée dans son foyer d’accueil des Agarrus à Bagnols sur Cèze.

Au foyer d'accueil des Agarrus à Bagnols-sur-Cèze, certains sont restés confinés. / © Unapei 30

Comme elle, 8 des 14 internes sont restés à l’institut. Neuf semaines sans contact physique, une première pour sa mère, Christine Pailhon. “Elle revient normalement à domicile tous les week-end. J’ai un gros sentiment de culpabilité d’avoir laissé ma fille au foyer. Mais si on l’a fait, c’est parce que son psychiatre nous l’a conseillé. Elle était mieux prise en charge d’après lui, et il a eu raison, car elle a mieux vécu la situation que moi et ma famille. Elle était entourée et mieux prise en charge. Le côté positif, c’est que j’ai compris qu’Émilie pouvait vivre sans moi”. Heureusement, pour la mère de famille, il restait le téléphone. Bientôt sa fille pourra venir chez elle.

Depuis le 13 mai, on revoit Émilie une fois par semaine, en suivant un protocole assez particulier. Étant tactile et maman poule, c’est compliqué pour moi. Pour ma fille, cela ne lui pose pas de problème. Très prochainement, je vais pouvoir la prendre dans mes bras, l’embrasser. Je suis impatiente et à la fois anxieuse.

Parmi les camarades d’Émilie Pailhon, une seule famille rencontre aujourd’hui des difficultés pour envisager le retour de son fils, resté confiné à la maison.

Adapter la reprise

Mélanie Faure-Romagnac est psychologue clinicienne, en charge de patients ayant des déficiences intellectuelles. Comme la compréhension des personnes déficientes mentales est plus complexe, elle prône un retour progressif à la vie d’avant l’épidémie.

Il faut prendre le temps qui paraît nécessaire, et surtout ne pas se précipiter. Il faut en parler le plus possible. Plus on en parle et moins on s’inquiète et plus on va mettre du sens sur ce qui arrive. Par exemple, expliquer l’intérêt de la distanciation sociale.

“Le plus difficile, dit elle, est qu’il faut à chaque fois trouver les mots adéquats et être au plus juste avec la situation, employer des termes simples et expliquer sans dramatiser. Souvent l’anxiété est importante. La déficience intellectuelle ne permet pas d’assimiler et percevoir les nuances. Certains ont vécu la période de manière sereine, d’autres au contraire ont réactivé des traumatismes, des troubles du comportement anxieux, mais comme tout un chacun. Par exemple, les questions autour de la mort sont apparues ou réapparues . La crise sanitaire a bien eu des effets sur le plan psychologique des personnes en situation de handicap mental, mais c’est aussi valable pour tout le monde. Personne ne sort de cette crise comme si rien ne s’était passé”.

L’après Covid-19

La crise sanitaire a bouleversé le quotidien des professionnels en charge des personnes atteintes de déficiences intellectuelles. Il est question aujourd’hui d’un “renouveau”.Le directeur de l’Unapei 30, Olivier Donate, travaille avec différents acteurs médicaux sociaux sur une réorganisation de la prise en charge. “On souhaite diversifier nos offres d’accompagnement. On s’est aperçu que certaines familles en avaient la capacité. L’idée aujourd’hui est d’étendre les modalités d’accompagnement et s’adapter au plus près des besoins. Les évolutions sur les modes de prise en charge devront pouvoir s’inscrire pleinement en lien avec l’autodétermination des bénéficiaires et la prise en compte de leur souhait”.

Le directeur de l’Unapei 30 participe à la réflexion et à l’élaboration du projet “Communauté 360” dans le Gard . Un dispositif national, via une plateforme téléphonique qui permettra de diriger les personnes en situation de handicap et sans solution vers des communautés territoriales d’acteurs. A ce jour, dans le Gard, 300 personnes en situation de handicap sont sans solution d’accompagnement.

Source FR3.

Allier : un clip vidéo pour remercier leurs soignants dans un foyer d’adultes handicapés…

A Saint-Pourçain-sur-Sioule dans l’Allier, les résidents d’un foyer pour adultes handicapés ont réalisé un clip vidéo pour remercier ceux qui les ont pris en charge durant le confinement.

Une période difficile, pas encore terminée car aucun d’entre eux n’est encore retourné dans sa famille.

Séance de montage pour mettre au point les derniers détails. / © Christian Darneuville - France 3 Auvergne

Les 36 résidents de la Maison Bleue à Saint-Pourçain-sur-Sioule dans l’Allier ont passé tout le confinement imposé par le coronavirus Covid 19 dans leur foyer d’accueil pour adultes handicapés. Alors que début juin tout le monde expérimente le déconfinement, ils n’ont pas encore eu la possibilité de rentrer dans leurs familles. De là est née une grande complicité avec les soignants qui les ont accompagnés durant cette période. Et pour le leur dire, ils ont réalisé un clip vidéo.

On a été très touchés et vraiment émus que les résidents aient voulu nous remercier de cette manière-là parce qu’on n’était pas au courant, ça a été une surprise. On est très fiers d’eux, qu’ils aient pris cette initiative et surtout qu’ils aient réussi à tenir le secret jusqu’au bout” dit Margaux Simon, agent de service hospitalier.

Une suite de remerciements qui s’enchaînent et qui en disent long sur leur reconnaissance comme le résume Brandon Eluin, un des résidents devenu acteur : “Heureusement qu’ils étaient là pour s’occuper de nous et nous faire faire des activités parce que c’est vrai que c’était un peu long“.

Pour réaliser le clip, ces adultes handicapés ont utilisé le matériel vidéo mis à leur disposition tout au long de l’année. Pour se mettre en scène chacun a imaginé l’endroit où il aimerait se trouver s’il pouvait quitter le foyer, le tout a été filmé sur un fond vert pour permettre le trucage et l’incrustation des images d’un aquarium géant, d’une virée en side-car, d’un match au stade Marcel Michelin ou sur un lac gelé pour une partie de pêche. “Mon rêve c’est de voyager pour partir, pour prendre des vacances” dit Sophie Enguerrand.

Ces résidents, toujours confinés ne voient leur familles qu’à un mètre de distance et pour certains d’entre eux, plus fragiles uniquement par internet.  Marielle Faure, la directrice-adjointe de l’hôpital Cœur de Bourbonnais espère un rapide changement : “La situation sanitaire s’améliore donc on peut penser que les mesures d’assouplissement vont se poursuivre. A fin juin je pense qu’on y verra plus clair s’il n’y a pas d’autre foyer épidémique“.

Le mot de la fin est pour Christel Barakat, une des résidentes : “J’ai vraiment hâte que ça se termine, et puis retrouver maman et ma famille aussi“.

Source FR3.

Coronavirus : Un numéro vert pour donner du répit aux familles confrontées au handicap et « épuisées »…

Ce numéro, 0 800 360 360, va être activé à titre expérimental dans sept régions.

Coronavirus : Un numéro vert pour donner du répit aux familles confrontées au handicap et « épuisées »

Deux mois de confinement ont épuisé les personnes handicapées et leurs familles. Sophie Cluzel​, la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, a annoncé ce vendredi la création d’un numéro vert pour les épauler. Il sera disponible dans 25 départements.

Ce numéro, 0 800 360 360, activé à titre expérimental dans sept régions, permettra aux familles de « trouver des solutions pendant la crise, parce que ça va être beaucoup plus long pour les personnes en situation de handicap de retrouver une vie normale », a déclaré Sophie Cluzel lors d’un point presse à Bordeaux.

Accompagner les aidants

La secrétaire d’Etat s’est notamment arrêtée au Café joyeux, une chaîne de restauration employant des équipiers ayant un handicap mental ou des troubles cognitifs, qui a ouvert son cinquième établissement à Bordeaux mardi, après Rennes et Paris.

« Les professions du médico-social ont répondu présent pendant la crise à domicile, mais pour autant il faut travailler différemment » et « amplifier cette coopération », a souligné la secrétaire d’Etat. « Pour trouver des solutions de répit, accompagner les aidants, réaccompagner dans l’accès au soin », cette plateforme, présentée comme « une porte d’entrée unique », renverra vers des équipes territoriales d’écoutants. Prévue pour être lancée en 2021, elle a de fait été adaptée au contexte.

Des réponses peu adaptées

« Aujourd’hui, les familles au bout de deux mois et demi de confinement sont pour beaucoup épuisées » et ont « besoin de soutien » à l’heure d’une reprise des écoles et établissements médico-sociaux « très progressive », a relevé Sophie Cluzel.

« Ce que la crise nous a enseigné, c’est l’isolement des familles, c’est que parfois il n’y a pas de réponses adaptées (ou pas encore) de services d’accompagnement et là, nous mettons les acteurs tous ensemble avec la maison départementale des personnes handicapées, en cœur du réacteur et la coopération des territoires, des communes », a détaillé la secrétaire d’Etat.

Selon elle, la crise a révélé les difficultés de personnes « à la maison, avec des besoins excessivement importants, notamment d’accès aux soins », rendu « complexe » pendant la crise et faisant aujourd’hui redouter des « pertes d’acquis ».

Source 20 MINUTES.

Une Youtubeuse se sépare de son enfant autiste adopté il y a trois ans et suscite l’indignation…

Dans une vidéo de sept minutes, le couple adoptif revient sur cette étape douloureuse de leur vie.

Un acte qui fait polémique sur la toile.

La vidéo a atteint près de trois millions de vues en trois jours

  • La Youtubeuse américaine Myka Stauffer et son mari ont adopté un petit garçon autiste il y a trois ans.
  • Le couple a annoncé avoir donné son fils à une autre famille, se sentant dans l’incapacité de subvenir à ses besoins médicaux.
  • Sur les réseaux sociaux, les critiques pleuvent et accusent la Youtubeuse d’avoir profité de cette adoption pour gagner en notoriété.

« C’est de loin la vidéo la plus difficile que nous ayons jamais eue à faire. » C’est avec ces mots que commence un discours de plus sept minutes publié sur la chaîne de Myka Stauffer. Cette vidéaste américaine, suivie par plus de 700.000 personnes sur YouTube, a posté le 26 mai une vidéo qui suscite la controverse. Accompagnée de son mari, la mère de famille explique avoir dû « trouver une nouvelle famille » à leur fils, adopté trois ans auparavant en Chine.

D’après les parents, le petit Huxley avait souffert d’une tumeur au cerveau et d’une attaque cérébrale in utero. « Avec l’adoption internationale, il y a parfois des inconnues et des choses qui ne sont pas transparentes dans les fichiers. Une fois que Huxley est rentré, il y avait beaucoup plus de besoins spéciaux que nous ne le savions et on ne nous l’a pas dit », commente James, le mari de la Youtubeuse.

En pleurs, Myka et James expliquent que le petit garçon autiste avait besoin d’un soutien médical adapté après avoir passé plusieurs évaluations. « Aujourd’hui, il est heureux, il va très bien, sa nouvelle maman est une professionnelle médicale et elle lui correspond très bien », précisent-ils.

Entre 1 % et 5 % d’enfants « réadoptés » aux Etats-Unis

Cumulant près de trois millions de vues, la vidéo suscite de vives réactions sur le Web. Dans des tweets partagés des dizaines de milliers de fois, certains internautes s’en prennent à la mère de famille, accusée d’avoir adopté Huxley uniquement pour entretenir sa notoriété sur Internet.

L’adoption du petit garçon a été un véritable fil conducteur sur la chaîne YouTube de la maman, habituée à poster des moments de sa vie de famille sur le Net. Au total, 27 vidéos ayant pour thème « le chemin vers l’adoption » ont été postées depuis le 6 juillet 2016. Pendant plusieurs années, Myka Stauffer a donc raconté le processus d’adoption de Huxley, ainsi que les différentes étapes de sa nouvelle vie.

Aux Etats-Unis, cette affaire soulève un problème inhérent au système d’adoption américain : le « rehoming ». D’après une étude menée outre-Atlantique, entre un et cinq pourcents des enfants adoptés l’ont déjà été une fois dans le passé. Un business lucratif se crée alors sur Internet, les bambins devenant de simples marchandises publiées sur des sites de petites annonces.

Source 20 MINUTES.

VIDÉO. Déconfinement : des familles retrouvent leurs enfants handicapés placés en Belgique après trois mois sans se voir…

3000 enfants et adultes handicapés des Hauts-de-France sont accueillis dans des structures belges en Wallonie.

Avec la fermeture des frontières, ils n’ont pas pu se voir pendant trois mois.

Depuis deux semaines, l’heure est aux retrouvailles, chargées en émotions.

Vanessa n'avait pas vu ses parents depuis trois mois. / © FRANCE 3 HDF

En tant que maman c’est très difficile d’être coupée de ses enfants, même si elle est adulte maintenant“, s’émeut la mère de Vanessa. La jeune femme est pensionnaire d’une maison d’accueil spécialisée à Vaulx près de Tournai, où elle vit avec 36 Français, tous en situation de handicap.

Mesures sanitaires obligent, les week-ends en famille ont tous été suspendus au début du mois mars. Depuis le week-end dernier, les parents vivant de l’autre côté de la frontière peuvent récupérer leurs enfants pour quelques heures de bonheur ensemble.

Aucun cas de coronavirus depuis le début de l’épidémie

Cet assouplissement des règles sanitaires a été possible après que tous les résidents de la maison spécialisée ont été testés négatifs au coronavirus. Le port du masque des parents est obligatoire et ils se sont engagés à signaler toute suspicion de Covid-19 dans leur entourage 15 jours avant et après les visites.

Parmi les six personnes à rentrer voir leur famille ce week-end, Kristina retrouve sa maman. “Embrasser ma fille maintenant ce n’est pas possible mais bientôt j’espère“, témoigne-t-elle, tout de même très heureuse de la revoir.

Si tout se passe bien, le centre prévoit de rétablir de droit de visite sur place dès la semaine prochaine.

Source FR3.

Retour à l’école des élèves handicapés : “On m’a demandé de laver les roues du fauteuil de ma fille”…

La rentrée post-confinement concerne aussi les élèves en situation de handicap, considérés comme prioritaires par le gouvernement.

En réalité, le retour à l’école n’est pas toujours si simple.

Illustrations en Ille-et-Vilaine avec Titouan et Clara*.

Titouan, 11 ans, porte un masque en classe, sur les recommandations de son médecin rééducateur

“Il s’adapte, même si c’est un peu frustrant.” Estelle est la mère de Titouan, âgé de 11 ans. Atteint d’un handicap moteur, en fauteuil roulant électrique, il va à l’école de Courtoisville, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Comme ses camarades, il a fait la rentrée après deux mois de confinement, une rentrée bienvenue pour lui mais aussi pour ses parents qui avaient besoin de reprendre le travail. “On a eu beaucoup d’échanges avec les enseignants et la direction pendant le confinement, pour préparer le retour.” 

Un peu plus isolé que d’habitude

Habituellement, Titouan partage son temps. Le matin, il reste dans la classe ULIS (unités localisées pour l’inclusion) puis l’après-midi il rejoint celle des CM2. Pas de gros changements dans cette organisation depuis le 12 mai, sauf que les déplacements sont limités : “Titouan reste dans la classe ULIS toute la journée car les élèves sont peu nombreux à avoir repris le chemin de l’école. Il est pris en charge par l’institutrice spécialisée et son auxiliaire de vie scolaire (AVS, désormais appelés AESH) le matin. L’après-midi, c’est l’institutrice de CM2 qui lui donne du travail à faire mais physiquement, il reste en classe ULIS.“Il voit moins ses camarades du coup” explique Estelle.

Titouan porte un masque à l'école par précaution / © DR

Pour les récréations, elles ont désormais lieu par petits groupes, pas forcément avec les copains de Titouan. “Ce n’est pas facile de les voir et de ne pas pouvoir leur parler. Comme pour tous les enfants, c’est aussi embêtant de ne pas aller et venir où l’on veut dans la cour, pour se défouler.” 

Titouan passe au final beaucoup de temps avec Marine, son AVS et se retrouve un peu plus isolé que d’habitude. “A la cantine, il mange avec son AVS car personne à droite et à gauche, ni en face. La communication est plus limitée du coup.”

Alors que le port du masque n’est pas obligatoire à l’école primaire, Titouan en met un, sur les conseils de son médecin rééducateur. Il lui tient chaud. “C’est contraignant mais il le garde”, souligne Estelle.

Titouan appréhende son nouveau quotidien, pas toujours évident. Estelle se souvient : “Lorsqu’il est revenu de l’école le 12 mai, Titouan était vraiment déçu et triste de cette journée passée. Il ne voulait plus y retourner. Il n’a pas retrouvé “l’école d’avant”Malgré tout, la direction de l’école, les institutrices et l’AESH mettent tout en œuvre pour que tout se passe au mieux. C’est une situation compliquée pour tout le monde et chacun fait comme il peut.” 

Marine, l’AESH, connaît Titouan depuis sept ans. Pour elle aussi cette rentrée a été particulière. “On a eu une réunion avec tout le personnel. J’avais des appréhensions les premiers jours. On se demandait où on allait…” “Avec Titouan, on est en contact très proche : je porte une blouse de protection, un masque. Je mets des gants dans certaines situations. On se lave les mains régulièrement. Je lave les miennes et ensuite je l’aide à laver les siennes. On passe des coups de lingettes sur son ordinateur.” 

“La directrice m’a demandé de laver les roues du fauteuil à chaque entrée dans l’école”

Sandrine est la maman de quatre enfants, dont Clara * une petite fille de 7 ans, handicapée moteur et se déplaçant en fauteuil manuel. Scolarisée en CP en Ille-et-Vilaine, un auxiliaire de vie scolaire l’accompagne, comme Titouan, pour les gestes du quotidien, toute la journée. Pour elle, après le confinement, pas de retour à l’école. “La direction m’a appelée au dernier moment et m’a demandé de laver mon véhicule à chaque fois que je dépose ma fille, de laver son fauteuil et ses roues, son ordinateur, son matériel etc…” Sandrine s’interroge : “Est-ce qu’on demande aux autres enfants de laver leurs semelles de chaussures ?” Elle remarque que la situation sanitaire accentue des relations déjà complexes avec la direction qui “cherche constamment la petite bête depuis deux ans.”

Du côté de l’auxiliaire de vie, elle n’a pas eu de contact avec lui pour une éventuelle reprise. Là aussi, elle aurait aimé en savoir plus notamment sur l’adaptation des gestes barrières. “Avec ma fille, pour l’aider il faut forcément la toucher, la porter.” Faute de mieux, elle continue donc d’assurer elle-même l’enseignement auprès de ses enfants, avec l’aide de la maîtresse. La rentrée de septembre reste floue, Sandrine n’a aucune idée des conditions dans laquelle elle va se dérouler. Pour le moment, on lui a seulement parlé de “classe virtuelle”.

Des consignes et du matériel de protection

Le rectorat n’est pas en mesure de préciser des chiffres, sur le retour à l’école des élèves en situation de handicap car “chaque cas est particulier.” Cette reprise fait l’objet d’une organisation dédiée, depuis le 11 mai jusqu’au 2 juin.

“Les élèves en situation de handicap font partie des élèves prioritaires pour reprendre leur scolarité en école ou établissment” précise-t-on. Le rectorat ajoute : “Les parents et responsables légaux d’élèves en situation de handicap sont informés des dispositions prises pour favoriser un retour à l’école ou en collège par l’intermédiaire des enseignants référents.”

“Des moyens spécifiques de protection des personnels sont prévus compte tenu de la difficulté pour certains élèves en situation de handicap de respecter la distanciation physique. Pour l’aide humaine portant sur les gestes de la vie quotidienne une dotation spécifique en gants, gel désinfectant, visières ou lunettes de protection est mise en place.”

Les chiffres sur la scolarité des élèves en situation de handicap en Bretagne

Selon le rectorat et à la rentrée 2019, l’académie de Rennes comptait 17 454 élèves scolarisés dans les écoles et établissements publics et privés relevant du ministère de l’Éducation nationale : 8 998 dans le premier degré et 8 456 dans le second degré. Selon les situations, la scolarisation peut se dérouler sans aide spécifique (humaine ou matérielle) ou avec des aménagements lorsque les besoins de l’élève l’exigent.

L’académie de Rennes compte actuellement 11 476 AESH. Les élèves présentant des besoins plus importants sont scolarisés avec l’appui d’unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS). Ces dispositifs sont encadrés par un enseignant spécialisé et bénéficient d’un accompagnant des élèves en situation de handicap-collectif. 188 ULIS-école, 129 ULIS-collège, 38 ULIS-lycée professionnel sont en place dans l’académie de Rennes.

Lors des annonces sur la phase 2 du déconfinement, Jean-Michel Blanquer a réaffirmé l’engagement du gouvernement sur la scolarité des élèves en situation de handicap. Il a annoncé que 100 % des ULIS seraient ouvertes la semaine prochaine.

*Le prénom a été modifié

Source FR3.