Archéologie : De l’amputation à la prothèse, comment nos ancêtres « réparaient » leurs handicapés…

Des découvertes archéologiques confirment que les humains ont recours à l’amputation et aux prothèses depuis (très) longtemps, selon notre partenaire The Conversation.

Archéologie : De l’amputation à la prothèse, comment nos ancêtres « réparaient » leurs handicapés

  • On a même établi que les hommes préhistoriques avaient recours à la trépanation au silex et que 70 % des « patients » y survivaient !
  • L’analyse de ce phénomène a été menée par Valérie Delattre, archéo-anthropologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives et à l’Université Bourgogne Franche-Comté.

Alors même que se déroulent les Jeux paralympiques de Tokyo 2020, la thématique du handicap est, depuis quelques années, un sujet de recherches qui ancre l’ inclusion, l’exclusion, l’appareillage, la compensation et la prise en charge au plus lointain qu’il est possible d’étudier l’être humain. Si les athlètes paralympiques bénéficient des technologies de pointe et des matériaux futuristes, qu’en est-il pour les sociétés du passé ?

La longue histoire des prothèses est intimement liée à celle des hommes : les premiers humains debout ont très tôt su inventer des bâtons de support, des béquilles, des cannes et des appareillages improvisés, pour remplacer un membre absent ou défaillant. Reconnue à Shanidar (Irak) il y a plus de 45.000 ans sur un sujet présentant de lourdes lésions traumatiques, attestée en France vers 4700 ans av. notre ère, l’amputation va se déployer au Moyen-Âge comme en atteste l’archéologie funéraire : elle bénéficiera, au fil des siècles, des techniques chirurgicales qui feront éclore, notamment sur les champs de bataille de la Renaissance, les savoir-faire audacieux du barbier Ambroise Paré, puis ceux des chirurgiens des Invalides, appareillant les nombreux mutilés des guerres de Louis XIV.

Dents et crânes

Le plus simple, à l’évidence, est de remplacer une dent, perdue ou arrachée : si les plus grands orthodontistes, avant les prouesses des dentistes modernes, restent les Étrusques (notamment ceux de Tarquinia) et les Égyptiens, un implant en coquillage, en place dans une mâchoire, a déjà été retrouvé dans une nécropole de 5000 av. notre ère.

Crâne de jeune fille trépanée au silex, Néolithique (3500 av. J.-C.) ; la patiente a survécu ! © Rama / Wikimedia CC BY-SA 3.0

De la même manière, la trépanation est l’un des premiers gestes intrusifs, inventoriée dès la Préhistoire, à travers le monde et dans toutes les cultures, pratiquée par de véritables neurochirurgiens : il s’agissait de percer le crâne pour soulager le cerveau lésé, car comprimé. Le prélèvement de la rondelle osseuse – parfois remplacée – s’est d’abord effectué avec un silex, par grattage ou raclage ou percement. L’issue d’une telle opération de neurochirurgie restait aléatoire, même si près 70 % des patients survivaient. Elle était souvent lourde de séquelles fonctionnelles, entraînant parfois des hémiplégies, des paralysies faciales nécessitant une aide à la personne.

La représentation des sujets appareillés

Les sujets amputés et/ou appareillés n’ont jamais été dissimulés et on les retrouve sur tout type de supports.

Skyphos italiote du IVᵉ siècle avant J.-C (peintre du Primato) représentant un satyre infirme appareillé © H. Lewandowski / RMN (via The Conversation)

L’inventaire est pléthorique et propose, par exemple, une stèle funéraire égyptienne (1000 ans av. notre ère) représentant un sujet atteint de poliomyélite utilisant une béquille en bois pour se déplacer, un skyphos grec (4e s. av. notre ère) et son satyre dont la jambe droite, atrophiée, est enroulée autour d’un bâton, un vase précolombien mochica (-200 à 600 de notre ère) figurant un petit sujet amputé emboîtant sur son moignon une prothèse engainante en céramique ou un petit infirme acrobate sur son pilon de bois dessiné sur une bible du VIIe siècle.

Ainsi l’Occident médiéval va-t-il multiplier les sujets handicapés dont les prothèses sont des coques ou des arceaux en bois, parfois engainants, munis d’un pilon sur lequel le membre amputé est replié sur un textile : à l’image de ceux déployés sur les célèbres Mendiants de Brueghel (vers 1558), ils sont pleinement représentatifs des dispositifs en matériau périssable, longtemps utilisés pour pallier l’amputation tibiale.

Soins, praticiens et prothèses

L’archéologie funéraire confirme la forte présence de ce qu’il est prématuré d’appeler « handicap » au sein de sociétés dont les membres, affectés par des maladies congénitales et des accidents de vie, sont pris en charge et intégrés. C’est à Buthiers (Seine-et-Marne) que la plus ancienne amputation a été recensée en France. Un homme âgé, du néolithique ancien, inhumé en position fœtale a été amputé de son avant-bras gauche, grâce à une intervention chirurgicale, au silex, visant à couper les muscles et les tendons au niveau de l’articulation du coude.

Sépulture du sujet néolithique amputé de Buthiers © Inrap (via The Conversation)

Multiples sont les sujets amputés, mis au jour appareillés ou non, dans leur tombe, après que leur communauté d’appartenance (un clan, un village, une paroisse, une abbaye…) les eut diagnostiqués, amputés, soignés et pris en charge et ce pour toutes les périodes étudiées. Les praticiens, depuis les guérisseurs du Néolithique, incluant Gallien (chirurgien des gladiateurs de Pergame), le français Guy de Chauliac et l’arabo-musulman Albucassis, se révèlent souvent habiles et ingénieux, malgré des techniques et des instruments très disparates !

Sépulture d’un sujet amputé des deux membres inférieurs de la nécropole du haut Moyen-Âge de Serris-les-Ruelles (Seine-et-Marne) © F. Gentili / Inrap (via The Conversation)

De fait, en parallèle à l’étude paléopathologique des interventions, des soins et des techniques, une véritable archéologie des prothèses et appareillages compensatoires se développe. On le sait, les plus anciennes mises au jour in situ, ont été retrouvées sur des momies égyptiennes, tel l’orteil du Caire, articulé et fonctionnel (1069-664 av. notre ère). De façon générale, l’ingéniosité des artisans et des forgerons semble toujours avoir été sollicitée : à Capoue (Italie), au IVe siècle av. notre ère, une prothèse de membre inférieur, composée de plusieurs éléments en bronze reliés les uns aux autres par des clous en métal a même été sculptée en forme de mollet puis décorée de motifs guerriers. Une même créativité et, soulignons-le, une forme de solidarité, semble s’être exercée à Cutry (Meurthe-et-Moselle), où un homme amputé des deux mains a été doté d’une prothèse d’avant-bras droit fabriquée à l’aide d’une petite fourche bifide (à deux extrémités) en fer maintenue par des courroies en cuir, une boucle de ceinture et une boucle de chaussures recyclées.

La vraie rupture avec ces appareillages s’instaure avec l’apparition de nouvelles prothèses dites militaires, proches des armures, qui se développent en parallèle aux progrès chirurgicaux générés par les ravages des champs de bataille et l’invention de l’artillerie lourde : la guerre est la meilleure amie de la prothèse !

La prothèse des riches

Autour des puissants hommes de guerre de la Renaissance, les corps de métier se surpassent pour forger des cuirasses, des armes, coudre des baudriers… Les plus fortunés compensent avec ostentation leur mutilation en se faisant fabriquer des appareillages dits « de riches » en raison de leur coût, de leur splendeur et de leur unicité. Ces nouvelles prothèses sont calquées sur les armures de chevalerie dont elles adoptent la technologie, comme celle retrouvée à Balbronn (Alsace) dans la tombe du chevalier Hans von Mittelhausen décédé en 1564.

Main articulée (et sa reconstitution) datée XVIᵉ siècle du chevalier Hans von Mittelhause (Balbronn) conservée au musée historique de Strasbourg © M. Bertola – Musées de Strasbourg (via The Conversation)

Le tournant décisif est initié par Ambroise Paré (1510-1590) : orthopédiste et chirurgien de formation, il parcourt les champs de bataille et constate les ravages sur le corps humain engendrés par l’introduction de nouvelles armes à feu. Humaniste et ingénieux, il développe des techniques réparatrices, œuvrant aux progrès de la ligature des vaisseaux et en concevant « des moyens artificiels pour ajouter ce qui fait défaut naturellement ou par accident ». Ses prothèses de mains, notamment, réalisées par le serrurier Le Lorrain, amorcent les temps modernes de l’appareillage : les doigts sont indépendants, mobiles et articulés. Paré abandonne le lourd métal, pour privilégier le cuir bouilli, la laine, la peau ou le velours. Sa « jambe des pauvres » est un cuissard en bois peu coûteux offert au plus grand nombre. Il veut que ces appareils servent « non seulement à l’action des parties amputées, mais également à l’embellissement de leur aspect… »

Les Invalides

Après la guerre de Trente Ans (1618-1648) les soldats estropiés grossissent les rangs des mendiants des quartiers insalubres parisiens. Louis XIV crée en 1670 l’hôtel des Invalides pour « ceux qui ont exposé leur vie et prodigué leur sang pour la défense de la monarchie [pour qu’ils] passent le reste de leurs jours dans la tranquillité ». Il peut accueillir 4.000 militaires que l’on appareille et qui devront encore servir l’État en travaillant dans des ateliers de confection de vêtements, de broderie, de calligraphie. Aujourd’hui encore, il accueille les militaires gravement blessés en opérations extérieures et ceux dont la vie a été à jamais figée, par exemple, sur la terrasse d’un café ou au Bataclan dans la soirée d’un funeste 13 novembre

Loin des épidémies dévastatrices, des guerres meurtrières et des dérèglements climatiques qui déstabilisent la nécessaire solidarité des sociétés et ostracisent les vulnérables dépendants, parfois avec cruauté et barbarie, l’histoire des hommes est aussi un long récit de comportements, souvent organisés en solidarité. Conformément au vieil adage « selon que vous êtes puissant ou misérable… », le handicap, et surtout le handicap de manque en ce qu’il suppose des appareillages compensatoires parfois sophistiqués et onéreux, est toujours un marqueur social et économique : atteint de la même manière, le rescapé d’un tremblement de terre à Haïti ne bénéficiera pas de la même technologie de pointe qu’un champion paralympique équipé de lames en carbone !

Cette analyse a été rédigée par Valérie Delattre, archéo-anthropologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives et à l’Université Bourgogne Franche-Comté.

Source 20 MINUTES.

En Seine-et-Marne, des adolescents créent des prothèses de main en 3D pour des enfants handicapés…

Huit jeunes de l’École de la 2e Chance à Meaux (Seine-et-Marne) et à Montereau-Fault-Yonne ont créé un prototype de prothèses articulées imprimées en 3D pour les enfants nés sans doigts.

Grâce à l’association e-Nable, ces prothèses vont être offertes aux enfants atteints d’agénésie de la main.

Après la validation de leur prototype, les élèves attendent désormais leurs premières commandes. PHOTO D'ILLUSTRATION.

 

Depuis avril dernier, huit élèves de l’École de la 2e Chance à Meaux et à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne) travaillent sur la création d’une prothèse articulée imprimée en 3D. Elles sont destinées à des enfants atteints d’agénésie de la main, c’est-à-dire nés sans doigts. Après un premier prototype validé au mois de juin, la production et la distribution gratuite de ces prothèses devraient commencer prochainement, rapporte La Marne.

Pour les épauler dans ce projet, ils ont contacté l’association e-Nable qui met en contact les producteurs de prothèses (les « makers ») avec ceux qui en ont besoin. Grâce au soutien des membres de l’association, les élèves ont eu à disposition des plans et ont pu imprimer les pièces. Ils ont ensuite réalisé le montage du premier prototype, indiquent nos confrères.

Des jeunes sans diplôme

La création de cette prothèse a ainsi permis aux élèves de développer leurs compétences tout en les sensibilisant à la cause du handicap. Une opération réussie donc pour l’École de la 2e Chance qui propose aux jeunes de 16 à 25 ans sans diplôme de s’insérer dans le monde professionnel tout en les invitant à réaliser leurs projets, résume l’hebdomadaire départemental. 74 % d’entre eux trouvent un emploi après leur alternance.

Source OUEST FRANCE.

Des prothèses low-cost en 3D pour aider les personnes en situation de handicap ?…

Créée par un jeune entrepreneur indien, la start-up Inali fabrique des prothèses légères, faciles à porter et accessibles.

Il vise principalement le marché indien, où de nombreuses personnes amputées n’ont pas les moyens de s’offrir de coûteuses prothèses importées.

La prothèse ne pèse que 450 grammes et se remplace aisément. © Inali

 

Environ 22 millions de personnes dans le monde souffrent d’un handicap, dont 8 millions d’enfants. « Rien qu’en Inde, 40.000 personnes perdent leur avant-bras chaque année et 85 % restent sans solution. La majorité de ces patients n’ont hélas pas accès à des prothèses modernes, ces dernières coûtant des dizaines de milliers d’euros », témoigne Prashant Gade, le fondateur de la start-up indienne Inali. Le jeune entrepreneur de 27 ans a décidé de s’attaquer au problème avec une prothèse low-cost en 3D. Légère, facile à porter et abordable, cette dernière coûte entre 250 et 3.400 euros et s’adapte à la morphologie des patients.

Une prothèse contrôlée par les impulsions cérébrales

Les produits sont testés et modélisés en 3D en amont grâce aux outils du 3DEXPERIENCE Lab. © Dassault Systèmes

 

« Contrairement aux prothèses contrôlées par les mouvements des muscles, notre bras robotique se base sur l’impulsion cérébrale. Des capteurs enregistrent les signaux nerveux et envoient au processeur l’action à déclencher. Cela rend le bras plus précis, car les mouvements musculaires peuvent être mal détectés chez les personnes souffrant de brûlure, avec beaucoup de graisse corporelle ou même par la transpiration », indique Prashant Gade. La prothèse est fabriquée en silicone et polyéthylène pour la légèreté et l’aspect esthétique, avec un mécanisme interne acier. D’un poids total de 450 grammes, elle permet de soulever des charges jusqu’à 10 kg, d’agripper des objets ou de bouger les doigts individuellement.

Inali est aujourd’hui le plus grand fournisseur de bras électroniques en Inde, avec plus de 2.000 prothèses distribuées dont 700 gratuitement. Elle vise aussi le Bangladesh et l’Afrique. Son principal atout est bien entendu son accessibilité par rapport aux prothèses importées. Comme elle est fabriquée localement, la prothèse bionique d’Inali se remplace aussi facilement. La start-up promet un délai d’intervention de deux jours pour une réparation et un remplacement court (le bras a une durée de vie d’environ trois ans).

Chaque bras modélisé en 3D avant sa fabrication

« Grâce au 3DEXPERIENCE Lab, nous avons pu tester tous nos produits et vérifier le bon fonctionnement, comme les interférences entre les doigts ou les problèmes d’assemblage. Nous avons ainsi pu modéliser chaque bras avant de fabriquer une unité physique, ce qui a économisé beaucoup de temps, d’énergie et d’argent », explique Prashant Gade. L’entrepreneur a ainsi pu effectuer de nombreux tests auprès de patients qui lui ont permis d’améliorer son design. Une première version comprenait par exemple deux lourdes batteries, ce qui était pénible à supporter au-delà d’un certain temps. « J’ai donc utilisé une batterie de téléphone portable, et lorsque le patient n’utilise pas son bras, il peut même recharger son portable dessus ! ».

Inali a développé en moins de huit jours un prototype de respirateur intelligent durant la crise de la Covid-19. © Dassault Systèmes

 

Sur tous les fronts, la start-up a développé un prototype de respirateur intelligent en moins de dix jours durant la crise de la Covid-19. Ce dernier permet d’ajuster le débit et la pression de l’oxygène en fonction de la respiration du patient. Il donne aussi l’alerte lorsque le volume d’oxygène est trop bas ou la pression trop élevée. Plusieurs exemplaires ont été envoyés gratuitement à des hôpitaux durant la pandémie. À l’avenir, Prashant Gade envisage de créer différents types de prothèses à bas coût. Le marché étant très compétitif, la vitesse de développement est primordiale.

Article réalisé en partenariat avec les équipes de Dassault Systèmes. 

Source FUTURA SANTE.

Handicap : Il ne faut pas que les améliorations techniques aboutissent à la relativisation du handicap, voire à son invisibilisation …

Il y a lieu de se réjouir de toutes les améliorations techniques utiles qui rendent la vie de tous les jours plus facile aux personnes en situation de handicap.

Handicap : Il ne faut pas que les améliorations techniques n’aboutissent pas à la relativisation du handicap, voire à son invisibilisation ...

 

Il faut toutefois prendre garde à ce que ces aides précieuses n’aboutissent pas à la relativisation du handicap, voire à son invisibilisation, escamotant par là l’attention qui lui est due.

Les apports indéniables de la techno-science

François Matheron est un philosophe français qui a eu un accident vasculaire cérébral en novembre 2005. Ce qui l’a sauvé pour continuer à penser, ce sont les outils d’aujourd’hui de la techno-science. Dans son livre, L’homme qui ne savait plus écrire, le philosophe déclare :

« Un jour, j’ai appris l’existence de machines permettant d’écrire par la voix, sans autre intermédiaire : il suffisait de parler, la machine faisait le reste. J’étais entré dans l’univers de la reconnaissance vocale ; j’ai pu, alors, réécrire sans pour autant savoir écrire. J’écris “L’homme qui ne savait pas écrire” avec mon appareil, le résultat est immédiat […] Si j’avais vécu à l’époque d’Althusser, je n’aurais pas pu écrire ce texte ni aucun autre : je bénis donc les dieux, et mes parents, de m’avoir permis d’exister aujourd’hui, c’est-à-dire dans un temps inconnu d’Althusser, et de Benjamin : celui de l’informatique, de l’ordinateur et de ses dérivés. »

Nous trouvons de multiples autres développements techno-scientifiques qui aident face aux différents handicaps : des smartphones pour malvoyants, l’adaptation du Web aux personnes déficientes, des logiciels pour compenser les troubles « dys » : dyslexiques, dysorthographiques, dyspraxiques. Des logiciels accompagnent les enfants autistes dans leur développement grâce à des applications ludo-éducatives. L’explosion de l’utilisation des systèmes d’information numériques (Internet et tous les réseaux sociaux ou d’information) a eu un impact considérable dans la vie des personnes jusque-là isolées physiquement et psychiquement et a de ce fait augmenté leurs possibilités de corps et d’esprit.

Gare au fantasme d’éradication du handicap

Ces innovations technologiques ont contribué à la relativisation même du concept de handicap. Or, le fait organique du handicap peut être bien peu de chose par rapport à l’impact d’un contexte culturel, techno-scientifique et social qui lui donne des effets invalidants ou qui permet leur compensation effective.

Cela va jusqu’au point où le progrès médical fait miroiter des guérisons qui n’étaient pas envisageables jusque-là : la cécité, la surdité, dans un certain nombre de cas ne seraient plus des identités définitives mais pourraient être « guéries » par des nanopuces, des implants cochléaires, etc. Et l’on imagine déjà que des paraplégiques se remettront à marcher à l’aide d’exosquelettes appropriés. Le corps augmenté en viendrait à faire disparaître le handicap.

Au milieu de ce flot du discours sur le progrès scientifique et technique, il nous faudrait cependant nous méfier d’un fantasme qui est celui de l’éradication définitive du handicap, fantasme issu d’une médecine de réparation et d’augmentation. Dans le transhumanisme, la souffrance, la maladie, le handicap, le vieillissement sont peu à peu décrits comme inutiles et indésirables. Il faudrait maîtriser cette obsolescence de notre espèce. Mais il n’y a ici aucune vraie réflexion sur la condition humaine, aucune compréhension de la richesse qu’a toujours apporté à une société la confrontation à la vulnérabilité humaine.

Le risque de l’invisibilisation

Le plus grave semble être ici la focalisation sur autre chose que l’attention au handicap. Les récits d’une techno-science de réparation et d’augmentation sont un miroir aux alouettes, car des types de handicaps il y en a beaucoup et ceux pour lesquels il n’y aura pas de remédiation resteront sur le bas-côté. Gavé de grands récits transhumanistes, le public aura été par là même anesthésié face aux difficultés réelles du handicap. Quand le transhumanisme appelle à un homme augmenté, la philosophie appelle donc à une compréhension augmentée de l’homme.

La personne en situation de handicap ne pâtit pas d’un problème physique ou psychique, mais surtout d’une contamination de son sentiment d’identité et d’une perte dramatique de confiance en soi. Dans l’existence nous ne sommes pas isolés psychiquement mais vivons dans l’intersubjectivité, c’est-à-dire dans l’échange permanent des regards et des idées, dans la réciprocité des consciences. C’est de cette réalité qu’il faut rigoureusement rendre compte.

Plus nos déficiences sont grandes, plus les structures spatiales et architecturales peuvent être déterminantes dans leur prévention, leur réduction ou leur aggravation. Mais dans tout cela, nous sommes encore trop souvent focalisés sur le technologique et nous oublions l’importance de l’accessibilité relationnelle.

Les déboires décrits par toute personne handicapée qui se retrouve à un colloque ou une salle de spectacle où « exceptionnellement » l’ascenseur est en panne, doivent attirer notre attention sur les dangers d’une habitude à l’invisibilisation du handicap grâce à l’accessibilité technique universelle. Car dès que la technique est mal pensée ou défaillante, le handicap réapparaît violemment au sein d’un modèle social qui pensait en être venu à bout.

La lutte pour une réduction du handicap sera donc en réalité une lutte relationnelle : par son attitude, chacun d’entre nous peut avoir une influence sur l’augmentation ou la diminution du handicap de l’autre. Pour cette raison, nous appelons à démédicaliser et détechniciser la question du handicap.


Pour aller plus loin : Bertrand Quentin, « Les invalidés. Nouvelles réflexions philosophiques sur le handicap », Edition érès, Prix Littré de l’Essai 2019.

Source THE CONVERSATION.

Toulouse : Pour payer le bras robotisé de Johann, des graffeurs sortent les bombes…

Une exposition était organisée ce week-end à Toulouse pour collecter des fonds pour financer un bras robotisé pour Johann, atteint d’une myopathie.

Toulouse : Pour payer le bras robotisé de Johann, des graffeurs sortent les bombes

« On s’était dit qu’on aurait pu aussi appeler l’exposition “Pas de bras pas de chocolat”. Finalement, on a choisi “Bras cassés” parce qu’il s’agit de me payer un bras et parce que les artistes ont un côté foutraque ». Johann Chaulet, cloué dans un fauteuil depuis ses 11 ans, a perdu l’usage de ses bras, mais sa myopathie est loin de l’avoir privé de son humour.

Entouré d’une trentaine d’artistes, parmi lesquels des graffeurs de renom, il organise une exposition à partir de ce vendredi soir et durant tout le week-end à la friche Vannerie*, à Toulouse. Une cinquantaine d’œuvres sera vendue et les bénéficies serviront à payer une partie du bras robotisé qui doit permettre à ce chercheur en sociologie de 39 ans de retrouver un peu d’autonomie.

« Ma maladie est évolutive, grâce à ce bras je vais pouvoir faire des choses que je ne pouvais plus faire. Je suis photographe et depuis vingt ans je n’ai plus de force pour les bras, je prends mes photos à hauteur de hanche, là je pourrai faire comme tout le monde à hauteur d’œil », explique Johann. Il espère que les œuvres vendues entre 100 et 700 euros de Mademoiselle Kat, Tilt, Tober, Der ou encore Ceet lui permettront d’avoir une partie des 15.000 euros qui lui manque aujourd’hui.

C’est ce dernier artiste, rencontré à Marrakech lors des vacances de février, qui lui a permis de concrétiser son projet en mettant à disposition son carnet d’adresses. Et pour ceux qui n’auraient pas l’opportunité de s’y rendre, une cagnotte leetchi a été mise en place pour se payer ce bras qui coûte… Un bras.

* 1 bis chemin Neuf.

Source 20 MINUTES.

A 13h15 ce samedi 13 Juin sur FRANCE 2 . Nicolas HUCHET – L’homme bionique….

La vie de Nicolas Huchet bascule en 2002.

A 18 ans, il est ouvrier spécialisé sur une chaîne de travail et sa main droite est arrachée par une presse industrielle.

A 13h15 ce samedi 13 Juin sur FRANCE 2 . L'homme bionique....

Le jeune homme se retrouve alors avec prothèse en forme de pince cachée sous un gant en plastique avant de découvrir, en 2012 aux Etats-Unis, des prothèses électroniques beaucoup plus performantes mais valant plus de… 40 000 euros.

A cette époque, les imprimantes 3D et les Fab Labs (laboratoires de fabrication) commencent à voir le jour un peu partout en France. Nicolas se fait prêter une telle machine et se fabrique une main pour l’équivalent de… 300 euros ! Et cette première main bionique est aujourd’hui exposée au Musée de l’Homme, à Paris.

Faire avancer la vision du handicap et son acceptation dans la société

Pour ce document, signé Bertrand Basset, Henri Desaunay et Anthony Santoro, le magazine “13h15 le samedi (Facebook, Twitter, #13h15) est allé à la rencontre de celui qui, entouré de quelques personnes, fonde à Rennes l’association My Human Kit “visant à développer la santé pour tous à travers l’invention, le partage et la fabrication d’aides techniques aux handicaps réalisables pour et avec les personnes concernées”.

Motorisation de fauteuils roulants, manettes de jeux vidéo et autres équipements adaptés, le projet s’est rapidement développé pour compter huit salariés en 2020. Avec ce “Human Lab” et son combat plus personnel pour une prothèse de main accessible, fiable et réparable facilement, il fait avancer la vision du handicap et son acceptation dans la société.

Source FRANCE 2.

Ces Bretons fabriquent des prothèses colorées qui ont enfin du style…

À la pointe de la technologie, la société Algo Orthopédie basée à Briec, dans le Finistère, propose des prothèses esthétiques.

Depuis quelques années, jambes et bras de substitution se montrent et sont devenus des accessoires de mode colorés.

Ces Bretons fabriquent des prothèses colorées qui ont enfin du style

Fini les membres inertes et les prothèses couleur « vieux bas » de grand-mère. Chez Algo Orthopédie, entreprise basée dans la zone artisanale de Lumunoc’h à Briec (Finistère), Alain Le Guen et son équipe conçoivent des appareillages fun, colorés, fonctionnels et légers. De véritables œuvres d’art que l’on prend plaisir à montrer, un peu comme un tatouage.

Redonner une autonomie

Si l’appareillage a pour but de soulager la douleur et de redonner une autonomie, il y a toujours une phase d’acceptation. Le patient pense à ce membre rigide en fibre de carbone, en résine ou en fibre de verre qu’il va falloir intégrer. Au regard qu’il va devoir affronter. Et c’est souvent la mine renfrognée et poussé par des proches qu’il se rend chez un prothésiste.

Les amputations ne sont pas toutes dues à des accidents. 90 % sont des conséquences de pathologies vasculaires. « Les évolutions technologiques permettent de concevoir des prothèses discrètes, explique Alain Le Guen. Mais nous avons un tiers de demandes d’objets customisés. Le prix d’un appareillage va de 2 500 € à 130 000 € pour une prothèse bionique. »

C’est grâce à la chanteuse Viktoria Modesta, en 2014, que la prothèse est devenue un atout esthétique. La jeune Anglaise a osé mettre en avant son appareillage en forme de pic dans un clip qui a fait le buzz.

Stickers unijambistes

Chez Algo, pas de locaux aseptisés ni de murs blancs. On oublie le milieu médical. L’espace a été peint en vert, la couleur de l’espoir. Bénédicte Vedel, la secrétaire, est aussi équipée d’une jambe de substitution. Et on ne peut se retenir d’esquisser un sourire en découvrant les stickers unijambistes des portes des toilettes. Ici la prothèse règne en maître.

L’équipe a toujours mis l’humain au cœur de son métier, essayé de répondre aux attentes des blessés de la vie. « Nous sommes en bout de chaîne après le médecin. Les patients viennent souvent pour des réglages alors, forcément, des liens se créent. On les appelle par leur prénom. Ils prennent le café avec nous. »

Façon marinière Armor-lux

Évelyne Briand est appareillée d’un genou C-Leg. Grâce aux microprocesseurs, le genou sait sa position en temps réel. Son choix ? Une jambe rayée bleu et blanc façon marinière Armor-lux.

« Je l’ai montrée à Jean-Guy Le Floch, le PDG de la société, l’espacement des rayures est le même, annonce-t-elle avec fierté. Les gens ne détournent plus le regard. C’est même devenu un moyen d’engager une conversation. »

Evelyne Briand prend la pose avec sa prothèse rayée façon Armor-lux. (Photo : Vincent Mouchel / Ouest-France)

Evelyne Briand prend la pose avec sa prothèse rayée façon Armor-lux. (Photo : Vincent Mouchel / Ouest-France)

Tout commence par un moule en bande plâtrée pour former l’emboîture. Un travail précis. « Il permet de déterminer la hauteur, le diamètre », explique Mathieu Prouille, prothésiste-orthésiste et orthoprothésiste. La pièce ressemble à un atelier de bricoleur. Au mur, tournevis, limes, pinces, clé Allen côtoient visseuses et scie à métaux.

Une plaque thermoplastique transparente chauffée est posée sur la coque. Fondue, elle devient malléable. Elle permet de fabriquer une coque d’essai qui épousera le moignon. Le patient la teste une semaine, avant que ne soit fabriquée la prothèse définitive.

Ces Bretons fabriquent des prothèses colorées qui ont enfin du style

Mise en beauté

La partie finition appartient à Olivier Colleoc, le spécialiste de la mise en beauté. « Nous avons un nuancier de 250 motifs lycra différents : pois, rayures, imitation bois, bambou, noyer, treillis, cuir… Le patient peut aussi venir avec un dessin. »

« Le soutien psychologique est important. L’acceptation de la prothèse est un long cheminement », confie la secrétaire. Ici ce n’est pas le rendement qui compte. « On essaie, on fait et refait, mais il y a aussi les retouches placebo : parfois c’est juste la non-acceptation. »

Prothèses customisées

« Nous réalisons un bon tiers de prothèses customisées et ce n’est pas une question d’âge, avance Alain Le Guen. Une de nos patientes de 75 ans, fan de foot, a choisi Kylian Mbappé pour le décor. Un autre a découpé le dessin d’un tee-shirt À l’Aise Breizh… »

Permettre à une personne amputée d’intervenir dans la conception de sa prothèse, cela bouscule les idées reçues. La couleur aide à accepter son état, suscite de la curiosité. Un bon moyen de repartir du bon pied.

Source OUEST FRANCE.