Coronavirus : selon le Conseil scientifique, 30 millions de personnes seront prioritaires pour un vaccin en France, à commencer par les professionnels de santé…

D’autres professions exposées sont concernées, ainsi que les personnes âgées et vulnérables.

Parmi les populations prioritaires en France pour un vaccin, se trouvent environ 6,8 millions de personnes à risque d'exposition professionnelle.  | FRANKHOERMANN / SVEN SIMON / AFP

Il faut se préparer. La possibilité qu’un vaccin contre le nouveau coronaviruspuisse être disponible et administré à des millions de gens, en priorité les professionnels de santé, doit être anticipée dès maintenant, indiquent les membres du Conseil scientifique, du Comité vaccin Covid-19 et du Comité recherche, analyse et expertise (Care), dans un avis publié vendredi 24 juillet.

De nombreux essais sont en cours et bien que l’utilisation d’un vaccin soit soumise aux “incertitudes et inconnues scientifiques (efficacité, disponibilité à moyen ou long terme, type de vaccins…), il est dès à présent crucial d’élaborer une stratégie vaccinale nationale” pour l’intégrer efficacement dans la lutte contre l’épidémie, dès qu’il sera disponible, selon cet avis.

“Le ciblage des populations prioritaires est crucial”

“Le ciblage des populations prioritaires est crucial”, selon ce document. Parmi les populations prioritaires en France (Hexagone et Outremer), se trouvent environ 6,8 millions de personnes à risque d’exposition professionnelle avec une “priorité très élevée” pour environ 1,8 million d’entre elles, essentiellement des professionnels de santé.

Dans ce groupe, figurent autour de 5 millions de personnes à “priorité élevée” exposés par leur emploi au contact de la population (commerçants, aides à domicile, enseignants, chauffeurs de bus) ou travaillant en milieux confinés à risque (abattoirs, taxis/VTC, croisières..) ou ayant un hébergement confiné à risque (travailleurs migrants, site de construction…).

Les personnes à risque du fait de leur âge ou de leur état de santé, soit environ 23 millions de personnes en France et celles en grande précarité (environ 250 000 personnes) constituent l’autre groupe des populations prioritaires en premier lieu.

Le gouvernement français négocie (en partenariat avec ses homologues européens) des contrats de réservation de vaccins dont on ne connaît pas encore les caractéristiques (efficacité contre l’infection, la transmission, nombre d’injections, avec ou sans rappel…).

Le Conseil rejette l’idée “d’une vaccination obligatoire”

“Mais on s’attend à avoir plusieurs dizaines de millions de doses de vaccins (potentiellement correspondant à 2 à 5 produits différents) disponibles entre le dernier trimestre de l’année 2020 et le premier trimestre de 2021, qui pourraient être déployées s’il survient une seconde vague de Covid-19”, écrivent les scientifiques.

Les experts jugent “impératif de se donner le temps nécessaire à une évaluation rigoureuse” de l’efficacité et de la sécurité des candidats vaccins “avant leur utilisation à grande échelle”. Le gouvernement, selon la nature du ou des vaccins disponibles, devra déterminer “qui vacciner et comment”, souligne l’avis qui préconise d’associer les citoyens à cette démarche de préparation, afin de ne pas renouveler l’échec de la vaccination anti-grippale de 2009. Le Conseil rejette l’idée d’“une vaccination obligatoire”, préconisant une vaccination “organisée”.

Source FRANCE INFO.

Numéro unique d’accès aux soins : Les hôpitaux rappellent au gouvernement sa promesse…

La Fédération hospitalière de France ainsi que d’autres représentants de la communauté hospitalière appellent ce jeudi à la mise en place d’un service d’accès au soin, via notamment un numéro de santé unique.

Numéro unique d’accès aux soins : Les hôpitaux rappellent au gouvernement sa promesse

  • Selon plusieurs représentants de la communauté hospitalière, il y a urgence à mettre en place le service d’accès aux soins, notamment via le numéro de santé unique.
  • C’est une promesse qui avait été faite par le gouvernement et notamment par Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé.

« Il y a urgence à mettre en place le service d’accès aux soins », estiment ce jeudi la Fédération hospitalière de France (FHF) et plusieurs représentants de la communauté hospitalière, rappelant au gouvernement sa promesse de mieux réguler les urgences, notamment via un numéro de santé unique.

Après le Ségur de la Santé, il faut que « l’une des prochaines mesures urgentes du gouvernement soit la généralisation rapide du Service d’accès aux soins ainsi que du numéro unique de santé », demandent dans un communiqué la FHF (hôpitaux publics), France Assos Santé (associations de patients), et des médecins tels que le Dr François Braun, président de Samu Urgences de France, et le Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société française de médecine d’urgence.

Un numéro « indispensable pour parer à l’éventualité d’une seconde vague »

Censé répondre à toute demande de soins imprévue afin de désengorger les urgences, ce « service d’accès aux soins » (SAS) avait été annoncé en septembre par l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn après une grève sans précédent dans les services d’urgence. Il devait voir le jour à « l’été 2020 ».

Or, pour les signataires, « il y a urgence » à poursuivre cette mesure, jugée « indispensable pour parer à l’éventualité d’une seconde vague épidémique » du coronavirus. « L’ambition du service d’accès aux soins doit être de fédérer sur les territoires. En structurant l’aide médicale d’urgence et les soins de ville non programmés, il permettra à la fois d’améliorer le parcours du patient et de contribuer au désengorgement des services d’urgences », plaident-ils, appelant à « accélérer son déploiement » après des expérimentations menées « avec succès » dans certaines régions.

Le serpent de mer du numéro unique national de santé

Pour ces représentants du milieu hospitalier, ce service passe par « la généralisation d’un numéro unique national santé », un serpent de mer qui n’a jamais abouti.

Au mois de décembre, un rapport commandé par le gouvernement au député (LREM) Thomas Mesnier​ et au Pr Pierre Carli, chef du Samu de Paris, recommandait d’appuyer le SAS sur un nouveau « numéro de santé unique », le 113, qui remplacerait le 15 et le 116-117 et cohabiterait avec un autre « dédié aux secours et à la sécurité », le 112.

Source 20 MINUTES.

 

Toulouse : Pourquoi 25 urgentistes du CHU veulent-ils démissionner en bloc ?…

Dans un courrier retentissant, 25 urgentistes du CHU de Toulouse annoncent leur démission parce qu’ils disent ne plus avoir les moyens d’exercer correctement.

Leur responsable assure que de nouvelles dotations vont arriver.

Toulouse : Pourquoi 25 urgentistes du CHU veulent-ils démissionner en bloc ?

  • Jeudi, dans un courrier rendu public par « Libération », 25 urgentistes du CHU de Toulouse ont annoncé pour lundi leur démission en bloc.
  • Ils dénoncent le retrait des moyens supplémentaires mis en place pour traverser la crise du Covid-19 et l’impossibilité dans laquelle ils se trouveraient d’assurer la sécurité de leurs patients.
  • La direction indique de son côté qu’une négociation de longue haleine, interrompue par la crise sanitaire, vient d’aboutir sur l’octroi de nouvelles dotations.

Un grand coup de gueule après un énorme coup de pompe. Au CHU de Toulouse, le répit ménagé par la crise sanitaire a viré à la crise tout court. Dans un courrier dévoilé jeudi dans une chronique de Libération, 25 médecins urgentistes de l’établissement – soit près d’un tiers de l’effectif – annoncent qu’ils démissionneront en bloc lundi prochain. Pas de leurs fonctions administratives, comme le font régulièrement les soignants toulousains. De leur job tout simplement. Ils vont aller voir ailleurs si les standards sont moins surchauffés et les oreilles plus réceptives.

« Nous choisissons de quitter nos fonctions dans une institution où la seule de nos revendications, celle de la sécurité de nos patients, est traitée avec le plus grand des mépris », écrivent les médecins rebelles aux prises avec « un quotidien intenable ». Et dans leur épuisement, ils se font caustiques : « Ah, ils étaient bruyants les applaudissements, tous les soirs à 20 h. Elles étaient larmoyantes, les déclarations comme quoi nous faisions un travail formidable… »

« Travailler dans la peur »

Alors qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres ? Les démissionnaires, déjà mobilisés avant le coronavirus, expliquent que, la crise passée, tous les moyens imaginés dans l’urgence pour passer le cap ont été retirés. Exit, les « lignes de garde » supplémentaires, en fait des équipes complètes de six médecins et six infirmiers, exit le précieux dispositif de « véhicules léger de médecine générale » (VLMG) qui permettait à un tandem médecin généraliste/infirmier d’intervenir la nuit à domicile avec une ambulance tout équipée. « La direction du CHU de Toulouse a décidé de suspendre la totalité de ces moyens, nous contraignant à travailler dans la peur, dit le courrier. La peur permanente de ne pouvoir assurer nos missions face aux besoins de la population. »

La direction du CHU et l’agence régionale de Santé (ARS) n’expliquent pas tout à fait la même chose. Elles indiquent que des discussions sur les moyens du Pôle de médecine d’urgence ont effectivement été interrompues par la crise sanitaire. Mais qu’elles ont repris depuis le 4 juin et abouti justement jeudi à des mesures concrètes. La création d’un binôme médical et infirmier notamment et le retour des fameux VLMG « à compter du 15 septembre », après évaluation du dispositif par un groupe de travail.

« Ils ne se battent pas pour de l’argent mais pour leurs patients »

Alors, les choses peuvent-elles encore s’arranger ? Vincent Bounes, le patron des urgences et du Samu 31 l’espère, pointant surtout un problème de timing, entre des négociations de longue haleine, effectivement suspendues pendant des mois, et les moyens de crise. « Je m’attendais à ce que l’équipe soit fatiguée mais j’ai probablement sous-estimé leur épuisement après des mois de travail sans un jour de repos, confie-t-il à 20 Minutes. Des moyens ont effectivement été retirés il y a deux semaines mais après une grosse semaine négociations nous avons obtenu hier [jeudi] des moyens qui vont nous soulager. »

Le responsable assure ne pas mal prendre cet étalage public. « Ce sont des gens adorables, des soignants qui ne se battent pas pour de l’argent, mais pour leurs patients », souligne-t-il. Vincent Bounes remarque aussi au passage que les malades se montrent plus exigeants, moins compréhensifs, maintenant que le pire est passé, contribuant à une grande fatigue générale. Le médecin espère qu’il ne recevra pas ces fameuses lettres de démission. Verdict lundi.

Source 20 MINUTES.

Ségur de la Santé : Derrière les grandes annonces, cinq sujets qui crispent les soignants…

Après sept semaines de discussions, le Ségur de la santé prend fin vendredi 09 juillet et les syndicats ont jusqu’à lundi pour se prononcer sur la proposition d’accord qui prévoit une enveloppe de 7,5 millions pour les hôpitaux publics et privés.

Ségur de la Santé : Derrière les grandes annonces, cinq sujets qui crispent les soignants

Des ouvriers installent les portraits de soignants réalisé par l’artiste JR sur l’Opéra Bastille pour l’opération #ProtegeTonSoignant . — AFP

Cette fois, c’est fini. Enfin, pour le moment. Le Ségur de la santé touche à sa fin ce vendredi 9 juillet. En effet, dans la nuit de mercredi à jeudi, les syndicats et le ministère ont trouvé un accord à 1h du matin, après une négociation marathon de neuf heures. La version définitive de ce protocole a été reçu par les syndicats ce jeudi après-midi. Proposition qu’ils sont censés étudier et faire voter à leur base, s’il y a accord, ce qui n’est pas gagné. Le tout avant lundi soir. Veille de l’intervention d’ Emmanuel Macron, qui devrait ce 14 juillet faire des annonces pour l’hôpital. Si beaucoup se félicitent d’avoir obtenu un montant conséquent pour les paramédicaux, d’autres préviennent que cette avancée risque d’être insuffisante.

Une enveloppe trop limitée

Le projet d’accord propose un montant important : 7,5 milliards d’euros. « Je me félicite de cet effort inédit pour l’hôpital en termes de volume financier », a salué Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France. Une enveloppe qui devrait financer une augmentation salariale de 180 euros mensuels nets pour les professions paramédicales (infirmières, aides-soignantes…), mais également pour les non médicaux (techniciens, brancardiers, etc.) des hôpitaux et des Ehpad publics.

Une avancée, saluée par certains syndicats… mais au goût amer. Depuis des mois, ces derniers exigeaient 300 euros net mensuels supplémentaires. Car les professions sanitaires sont très en deçà de la moyenne de l’OCDE et il s’agit d’un rattrapage d’années sans augmentation, plaident ces soignants. « Bien sûr, ce protocole n’est pas parfait, a reconnu Didier Birig, secrétaire général de FO-Santé auprès de l’AFP. Mais on a été au bout de ce qu’on pouvait faire. Et 7,5 milliards d’euros, ce n’est pas une petite somme : on ne repart pas avec quelques centaines de millions d’euros ».

D’autres ne cachent pas leur déception.

« C’est assez loin de ce qu’on demandait, à savoir un plan d’attractivité fort, tranche Olivier Milleron, cardiologue à Bichat et membre du Collectif inter-hôpitaux (CIH). Deuxième problème : cette revalorisation salariale interviendra en deux temps : d’abord 90 euros en septembre, mais qui ne sera versé qu’en janvier de façon rétroactive (soit 450 euros) et une seconde de 90 euros en mars 2021. Une augmentation progressive, qui repousse un mieux-être tant attendu à 2021… Et agace Patrick Bourdillon, secrétaire fédéral  CGT santé : « Olivier Véran avait promis une revalorisation pour le 1er juillet, puis pour septembre et finalement elle ne sera touchée qu’en janvier. J’espère que la deuxième vague n’aura pas tué tout le monde d’ici là ! »

Les perdants et les gagnants

Dans son communiqué, Force Ouvrière assure que le gouvernement ne voulait faire bénéficier de ce coup de pouce qu’à une partie des équipes soignantes. Mais qu’ils ont obtenu que cette revalorisation touche également les personnels administratifs, ouvriers et techniques. Et le projet écrit a levé un doute : les agents du secteur social ne seront pas concernés. Pour Patrick Bourdillon, il est regrettable d’exclure « une partie de la psychiatrie, de l’aide sociale à l’enfance, les centres de prise en charge des personnes handicapées, soit 35.000 salariés. »

Si une issue semble se dessiner pour le personnel médical et paramédical, les choses semblent en revanche compromises pour les médecins hospitaliers. En effet, aucun projet d’accord n’a été présenté à ce stade, les discussions menées mercredi avec les syndicats de praticiens hospitaliers étant restées bloquées faute d’avancée sur l’enveloppe promise par le gouvernement. La semaine dernière, Olivier Véran avait proposé 600 millions d’euros pour leurs rémunérations, dont 400 millions pour les médecins et 200 pour les internes et étudiants. Les médecins n’ont pas caché leur déception. Et préviennent que beaucoup de praticiens risquent de partir dans le privé…

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Justement, ce qui met le plus en rogne certains syndicalistes, c’est que, depuis le début, cette enveloppe intègre le privé. Ils ont estimé que les paramédicaux du privé toucheraient environ 1,6 milliards. Une enveloppe qui pourrait financer une hausse de rémunération de l’ordre de 160 à 170 euros net. Des réunions devront être menées avec les syndicats dans les établissements concernés pour en fixer les modalités. « Le gouvernement a inclus et refuse d’enlever les salariés du privé lucratif, tempête Patrick Bourdillon. L’hôpital public devait être la cible de ce plan, finalement, le privé qui a les moyens de payer ses actionnaires va profiter des cotisations des citoyens. »

Les effectifs

Le Premier ministre Jean Castex est intervenu par surprise dans ces rencontres mardi et a insisté « pour que les questions d’emploi soient également intégrées à la négociation ». C’est chose faite. En effet, l’accord prévoit 15.000 postes supplémentaires. Une avancée saluée par les syndicats, qui regrettent néanmoins que ces effectifs soient financés sur les 7,5 milliards d’euros proposés par Matignon. Ce qui conduit nécessairement à réduire la somme disponible pour les hausses de rémunérations. Mais si on regarde de plus près, il s’agit en réalité de 7.500 créations de postes et de 7.500 des recrutements de personnels sur des postes qui n’étaient jusque-là pas pourvus. Ce qui semble problématique. « Aujourd’hui à l’hôpital Bichat, il y a 100 postes d’infirmières vacants, budgétés mais personne ne veut venir travailler ici, insiste Olivier Milleron. Le problème n’est pas de créer des postes, mais d’attirer les gens… » Deuxième réserve, de la part du cardiologue : « il paraît difficile de se satisfaire d’un chiffre, ce qui compte, c’est le ratio entre soignants et patients en fonction de l’hôpital. Tous n’ont pas tous les mêmes besoins d’infirmières. Aujourd’hui, les ratios sont les mêmes partout. On demande une discussion avec les équipes de chaque hôpital pour mettre en adéquation les moyens et la charge de travail. »

Des zones d’ombre

Les syndicats et collectifs ne cachent pas leur vigilance face à de grandes annonces non détaillées. « Pendant les négociations, on a eu l’occasion de s’affronter pour avoir un fléchage clair : combien pour les effectifs supplémentaires ? Pour le privé lucratif ?, reprend Patrick Bourdillon. Ils refusent de nous répondre. » Et le document définitif n’entre toujours pas dans les détails, au regret de ce dernier.

Autre question : cette enveloppe de 7,5 milliards chaque année s’ajoute à l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam), qui est décidé par le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), discuté en ce moment et voté à l’automne. « Revaloriser les salaires, c’est essentiel, mais il faut augmenter les finances de l’hôpital public de façon pérenne, assure Olivier Milleron. Donc sortir du tout T2A (tarification à l’activité), qui ne permet pas d’adapter les soins aux besoins, et d’un Ondam raboté chaque année. Si on augmente les salaires sans en augmenter le mode de financement est-ce qu’on risque de nous dire qu’il faut augmenter l’activité pour financer ça ? »

Ne pas oublier les autres sujets

« La revalorisation salariale, c’est l’aspect le plus visible de ce Ségur, mais il ne peut pas se limiter à ça, prévient Patrick Chamboredon, président de l’ Ordre des infirmiers, qui n’a pas participé aux négociations. Les attentes sont plus larges de tous les acteurs. Il y avait quatre piliers, le seul qui devait se solder par un accord, c’est celui-ci, mais les autres doivent encore être travaillés. » En effet, il y a beaucoup à faire sur le front de la gouvernance de l’hôpital, de la simplification de l’organisation, de la collaboration entre soignants… D’ailleurs, une consutation citoyenne organisée du 15 mai au 24 juin sur l’hôpital de demain par le Conseil économique, social et environnemental a fait émerger plusieurs consensus notamment sur la gouvernance et de la gestion administrative des hôpitaux (mieux associer le personnel soignant aux décisions et les pré́server des tâches administratives) », détaille un communiqué que le Cese publié ce jeudi.

Reste un angle mort : le gel des fermetures de lits, troisième demande des Collectifs inter-urgences et inter-hôpitaux avec les salaires et les effectifs, sur lequel il n’y a pas de déclaration précise. « Olivier Véran a dit que les grands projets de restructuration étaient arrêtés le temps du Ségur », reprend le cardiologue. Mais quid de l’après ?

 

L’infirmière avait dû quitter son logement pendant le confinement : ses propriétaires relaxés…

Le procureur, fustigeant un «véritable harcèlement» à l’encontre de la soignante, avait pourtant réclamé de la prison avec sursis à l’encontre de ce couple âgé héraultais.

Julien Denormandie, ministre chargé du Logement, avait estimé début avril que cette affaire montrait «ce que la crise révèle de plus sombre chez certains»

En avril, en pleine pandémie de coronavirus, Mélina, une soignante héraultaise de 37 ans, avait déclaré avoir été obligée de quitter son logement car ses propriétaires la harcelaient en raison de son métier. Ce lundi 29 juin, le tribunal correctionnel de Montpellier a pourtant relaxé ses anciens propriétaires. Le couple, une femme de 76 ans et son compagnon de 80 ans, a simplement été condamné à 50 euros d’amende avec sursis pour «dégradation» légère d’un bien.

L’ex-employée de banque et le représentant à la retraite, au casier judiciaire vierge, étaient poursuivis pour «emploi de voies de fait ou contrainte pour forcer des personnes à quitter leur lieu d’habitation», «harcèlement moral», «atteintes à l’intimité de la vie privée» et «dégradations volontaires légères».

S’ils ont reconnu un conflit avec leur locataire, notamment autour du nombre de personnes occupant leur logement de Montarnaud, une petite commune située au nord de Montpellier, ils ont nié toute relation avec le métier de Mélina. Le tribunal n’a pas non plus retenu ce lien et n’a pas reconnu la constitution de partie civile du CHU de Montpellier et de l’ordre départemental des infirmiers.

«Un emballement médiatique et judiciaire»

Devant la presse, Me Jean-Christophe Legros, l’avocat des propriétaires, s’est déclaré satisfait de la relaxe qu’il avait réclamée, dénonçant dans cette affaire un «emballement médiatique et judiciaire» et «une information déformée». Le dossier avait provoqué beaucoup d’émoi dans le pays au moment où les soignants étaient en première ligne dans la lutte contre la pandémie. «Ce qu’ont fait ces gens est abject», avait ainsi déclaré Julien Denormandie, le ministre chargé du Logement, à La Provence .

Selon le procureur, la situation avait «dégénéré» lorsque l’infirmière anesthésiste du CHU de Montpellier avait installé dans son appartement sa fille, sa mère et son compagnon, elle-même choisissant d’occuper le studio de sa fille pour se rapprocher de son lieu de travail. Fustigeant «un véritable harcèlement», il a requis trois mois de prison avec sursis et 2000 euros d’amende contre la septuagénaire et un mois de prison avec sursis contre son compagnon octogénaire.

«Au départ, c’était dirigé contre ma mère et ma fille», a expliqué à la barre Mélina, en évoquant une altercation initiale le 23 mars entre sa mère, venue d’une résidence seniors, et la propriétaire, à propos de la présence d’un chien et du nombre d’occupants du logement. «Il m’a fallu aller déménager en plein confinement, en pleine nuit», a-t-elle expliqué, affirmant avoir ainsi «accumulé de la fatigue» alors qu’elle était sollicitée pendant de longues heures en raison de la crise sanitaire liée au coronavirus.

Source LE FIGARO.

Coronavirus : Vocation confirmée, choc… Des étudiants volontaires racontent leur expérience en première ligne aux côtés des soignants…

Certains étudiants en cursus de santé, qui se sont portés volontaires pour prêter main forte pour lutter contre le coronavirus, expliquent l’impact de cette expérience hors du commun sur leur choix d’orientation.

Coronavirus : Vocation confirmée, choc... Des étudiants volontaires racontent leur expérience en première ligne aux côtés des soignants

  • Pendant l’épidémie, certains étudiants en médecine, en soins infirmiers, se sont mobilisés pour aider les soignants sous l’eau.
  • Certains ont accepté de répondre à notre appel à témoignage.
  • Ils racontent comment ils ont vécu cette mission si particulière. Et comment elle a pu changer ou renforcer leurs choix de carrière.

Aller au front sans arme, ni formation. Certains étudiants infirmiers ou à la faculté de médecine se sont portés volontaires pour épauler leurs futurs collègues dans les couloirs des hôpitaux, dans les chambres des Ehpad, au téléphone pendant l’épidémie de coronavirus. Un plongeon précoce et singulier qui peut s’avérer formateur, mais aussi délicat. Certains d’entre eux nous ont confié leur ressenti et comment cette expérience hors du commun a joué dans leurs choix d’avenir.

« Me retrouver dans le grand bain a été une expérience très enrichissante »

Thomas, 21 ans et étudiant en deuxième année de médecine à la faculté de Paris-Saclay a voulu se rendre utile pendant l’épidémie. Sa faculté l’a mobilisé à l’hôpital de Melun (Seine-et-Marne), qui a lancé Terr-e Santé, une cellule de télémédecine dédiée au Covid-19. Une mission qui consistait à rappeler les patients qui sentaient leur état de santé se dégrader. D’un coup, il a collaboré avec des infirmières, médecins coordinateurs, des externes… Et cette expérience, loin des bancs bondés de la fac, lui a beaucoup appris. « Après le concours si difficile de première année, me retrouver dans le grand bain a été une expérience très enrichissante, qui m’a montré les différentes facettes des professions médicales. J’y ai vu de nombreux bons côtés (richesse du raisonnement, de l’interrogatoire médical, confiance des patients…), mais aussi certains aspects que j’avais sous-estimés (certaines personnes minorant notre rôle, ce qui pouvait rester un peu en travers de la gorge lorsqu’on est volontaire).

Ilona, 19 ans, poursuit, elle, un cursus pour devenir infirmière. Elle est envoyée dans un Ehpad dès le lendemain de sa proposition d’aide. Ce n’est pas une découverte pour elle car elle avait déjà réalisé des stages et des boulots d’été dans cet univers. « J’ai été confrontée directement à mon arrivée à la mort d’une résidente. Je me suis dit que pour le coup, je rentrais dans le bain directement. » Avec de nouvelles directives drastiques et des équipes très sollicitées, Ilona n’a pas vraiment eu le temps d’apprendre sereinement le métier. « On m’a indiqué les chambres des résidentes que je prendrai à charge pour la toilette, seule, l’aide à la prise des repas… Je n’ai pas eu de semaine d’adaptation et j’ai surtout suivi les aides-soignantes, alors que je suis étudiante infirmière. J’étais très autonome. » Pour beaucoup d’entre eux, cette mission a pris des allures de formation express. « J’ai appris beaucoup de choses sur l’hygiène, reprend la jeune femme. C’est une formation exigeante pour un métier méticuleux. »

Urgence et solidarité

Ce qui l’a marquée, également, c’est l’urgence. « J’aime prendre le temps de bien connaître les résidents avant de faire leur toilette, mais là ce n’était pas possible. » Surtout que la crise du Covid a modifié les conditions de travail des soignantes. « Les résidents devaient se sentir tellement seuls, en plus on ne voyait plus notre visage entre le masque, les lunettes, on ne pouvait pas les toucher, vu qu’il fallait respecter une certaine distance. C’était plus difficile d’accompagner dans la mort. » Surtout avec des proches éloignés et particulièrement inquiets.

Malgré les difficultés, c’est aussi la fierté qui ressort de ces témoignages. « Ma première semaine était vraiment dure, porter un masque pendant douze heures avec la chaleur était compliqué, explique encore Ilona. J’avais de grosses migraines, j’étais épuisée, mais je rentrais avec le sourire, pensant que pendant cette période de confinement, je ne me tournais pas les pouces mais que je servais à quelque chose. »

Et beaucoup ont pu compter sur une équipe investie et une solidarité précieuse. « A chaque fois que je fais des stages, on me dit qu’il faut avoir une bonne cohésion avec l’équipe, c’est ce qui me plaisait dans ce métier, reprend Ilona. Je l’ai vu encore plus dans cette situation. » Mais certains ont été choqués de voir l’état de l’hôpital public. Car en passant de la théorie à la pratique, « j’ai pu aussi me confronter à la réalité du monde hospitalier : peu de moyens pour le personnel qui se sent oublié, des heures de travail à rallonge, souligne Thomas, étudiant en médecine. J’espère qu’à l’avenir la condition des personnels de santé sera améliorée. »

« J’ai pris conscience que ce métier est ma vocation »

Les défis, déjà nombreux en temps normal, ont été accentués par cette épidémie. « Le manque de matériel obligeait des soignants à travailler en continu pour ne pas changer de protections 7 heures d’affilée », pointe Eliot, étudiant en première année en soins infirmiers dans le Nord Franche-Comté.

Stress, décès des patients, pénurie de masques… Découvrir son futur métier dans des conditions aussi exceptionnelles risque de fausser un premier aperçu. Au point de baisser les bras ? Pour Suzanne, volontaire également, c’est la douche froide. « J’ai vu l’horreur, la panique pour trouver du matériel, le découragement, les pleurs, la colère, déplore-t-elle. Je n’ai pas vu de gens heureux, fiers de leur métier. Je les gênais car je ne savais encore rien faire. Je vais changer d’orientation, sauve qui peut. » Ilona, elle, n’a pas prévu de se réorienter. « C’était une période compliquée, on comptait énormément sur les infirmières, il fallait qu’elles soient encore plus réactives que d’habitude, souligne-t-elle. J’en ai vu pleurer, rentrer chez elles plus tôt car elles n’en pouvaient plus. Je me suis dit ce métier, c’est une charge importante. Mais j’ai quand même envie de continuer dans cette formation. »

Pour Eliot, ces cinq semaines dans un service de rééducation traumatologique n’ont fait que renforcer sa motivation. « J’ai pris conscience que ce métier est ma vocation et que j’ai adoré participer à l’effort national, nous confie-t-il. La médecine de crise est mon domaine, je veux vivre des journées remplies de suspense et d’inattendu. Je vise un poste dans l’armée ou en soins intensifs. » Cette première expérience sur le terrain a donné envie à Thomas de modifier son futur métier. « Cela m’a bien fait réfléchir sur mes futurs choix de spécialité, je souhaiterais me tourner vers une spécialité médicale, et non chirurgicale, car j’ai beaucoup apprécié le contact avec les patients, le côté humain du métier. »

Source 20 MINUTES.

Ségur de la santé. La Mutualité française propose de baisser la rémunération des soignants «isolés»…!

La Mutualité française a dévoilé ses propositions dans le cadre du Ségur de la santé. Parmi celles-ci, la baisse de la rémunération des soignants « isolés » pour pousser les médecins de ville à se regrouper.

La Mutualité française veut lutter contre l'exercice isolé de la médecine de ville (photo d'illustration).

Baisser la rémunération des soignants isolés pour les pousser à se regrouper, retirer aux agences régionales de santé (ARS) leur compétence en matière de prévention, renforcer la médicalisation des Ehpad : la Mutualité française a dévoilé mercredi ses propositions dans le cadre du « Ségur de la santé ».

Parmi les 24 pistes avancées, celle-ci risque de braquer bien des soignants libéraux : pour mettre fin à l’exercice isolé des professionnels de santé du premier recours, la Mutualité préconise une minoration sensible de (leur) rémunération.

L’objectif est le même que celui affiché par Emmanuel Macron lors de la présentation du plan « Ma Santé 2022 », qui souhaitait que l’exercice isolé de la médecine de ville disparaisse d’ici la fin de son quinquennat.

«Balkanisation des professionnels de ville»

Le président de la République en parlait il y a deux ans, mais il ne s’est pas passé grand-chose. Il y a eu des incitations qui n’ont pas eu les effets escomptés, a déclaré le président de la Mutualité, Thierry Beaudet, durant un entretien avec des journalistes.

Depuis, le Covid est passé par là et on a fait face à la pandémie avec la moitié de nos ressources, car la balkanisation des professionnels de ville fait qu’on n’a pas su les mobiliser, a-t-il ajouté.

Ce qui aurait dû être fait par les ARS, que la Mutualité veut recentrer sur leurs missions régaliennes, à savoir la sécurité sanitaire et la régulation de l’offre de soins, avec une garantie de neutralité entre l’hôpital public et le secteur privé.

«Renforcer la médicalisation des Ehpad»

Au passage, la compétence en matière de prévention et une partie du budget de la Sécu (le fonds d’intervention régional, 3,5 milliards d’euros en 2020) seraient transférés aux régions – qui n’ont cependant pas été consultées sur le sujet.

Par ailleurs, il faut renforcer la médicalisation des Ehpad, avec davantage de médecins et d’infirmières pour s’adapter aux besoins croissants des résidents, a affirmé M. Beaudet.

Alors que le gouvernement a remis sur les rails la réforme maintes fois repoussée de la dépendance, le patron de la Mutualité défend toujours le principe d’une assurance associée à la complémentaire santé, avec une cotisation obligatoire, par exemple à partir de 50 ans, pour compléter un financement public encore insuffisant et ainsi limiter le reste à charge des ménages.

Source OUEST FRANCE.

 

Hôpital : pourquoi le Ségur de la santé déçoit (déjà) les soignants…

Des rassemblements sont attendus, mardi, dans toute la France. En plein Ségur de la santé, une concertation lancée par le ministère, médecins, aides-soignants et infirmiers veulent rappeler le gouvernement à ses promesses pour l’hôpital public.

Un rassemblement des personnels soignants se tient devant l\'hôpital Tenon dans le 20e arrondissement à Paris, jeudi 4 Juin 2020.

“Finis les applaudissements, place aux rassemblements” : après trois mois de crise sanitaire, médecins, aides-soignants et infirmiers battent le pavé, mardi 16 juin, un peu partout en France. Ils veulent rappeler le gouvernement à ses promesses, alors que se déroule, depuis le 25 mai, un Ségur de la santé (du nom de l’avenue où se situe l’une des entrées du ministère de la Santé). Le personnel soignant reste très méfiants vis-à-vis de cette concertation, craignant une opération de communication qui tourne à la mascarade. Explications.

“Pas de discussion”

Premier grief fait au Ségur de la santé : l’absence d’échanges constructifs. Avec quelque 300 participants représentant les différents syndicats et organisations de santé, les réunions se succèdent, en groupe et en sous-groupe, pour partie en présence et pour partie en visioconférence. Pourtant, rien ne sortirait de ce tourbillon de rencontres. “Il n’y a pas de discussion”, explique à franceinfo la docteure Anne Gervais, représentante du Collectif inter-hôpitaux (CIH), fer de lance des revendications de l’hôpital public. Selon elle, les pilotes du chantier (…) servent un peu de boîte aux lettres et on ne sait pas si la lettre parvient au destinataire élu et quelle décision en découle”.

Le Collectif inter-hôpitaux pointe aussi, dans un communiqué, un “problème de méthodologie” et “l’absence de transparence dans la conduite des travaux”. Il égrène : “absence de compte rendu des réunions, absence d’échange des textes proposés, réunion de deux heures à 40 intervenants (…) Ce manque d’organisation empêche de réelles discussions”.

Aucun engagement sur les augmentations…

Les soignants qui participent au Ségur de la santé dénoncent aussi l’absence de tout engagement précis sur les augmentations de salaires. En lançant cette concertation, fin mai, Edouard Philippe avait promis des hausses de salaires “significatives”. Depuis le 25 mai, aucun chiffre n’a été mis sur la table, alors que les syndicats demandent une “revalorisation générale des salaires”, de l’ordre de 300 à 400 euros. “L’une des demandes principales, à savoir le fait qu’on puisse revaloriser les plus bas salaires, notamment des personnels paramédicaux, n’est absolument pas acquise”, assure François Salachas, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et aussi membre du CIH, interrogé mardi sur franceinfo.

Je rappelle au passage qu’on est au 28e rang de l’OCDE et à 10% en dessous du salaire moyen français pour les infirmières.François Salachas, membre du CIHà franceinfo

Interrogé sur cette revalorisation espérée, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait botté en touche, la veille, sur LCI : “D’ici à début juillet, ils auront toutes les réponses aux questions qu’ils posent et aux revendications qu’ils portent légitimement.” 

… ni sur les embauches

Troisième point qui fâche : les embauches. Le CIH réclame “l’arrêt de toutes les fermetures d’établissements, de services et de lits“. “Après 14 mois de mobilisation et une crise sanitaire, un retour à ‘l’anormal’ est inenvisageable”, insiste le collectif. “Il faut qu’on puisse embaucher extrêmement rapidement”, ajoute François Salachas. “Même en l’absence de deuxième vague, il y a un danger majeur, parce que je ne suis pas sûr que dans l’opinion on sache que dans de nombreuses régions l’hôpital public tourne sur deux cylindres sur quatre, c’est-à-dire à 50% de ses capacités, et que pour que ça change, il faut qu’on puisse embaucher extrêmement rapidement”, explique-t-il.

Le gouvernement pointe une autre piste : celle du temps de travail. En clair, il veut revenir sur les 35 heures. La question du temps de travail à l’hôpital “n’est pas un tabou”, avait estimé Edouard Philippe, relayé par Olivier Véran, qui juge nécessaire de remettre en cause les “carcans qui empêchent ceux qui le souhaitent de travailler davantage”.

Tel n’est pas l’avis des syndicats. “Il est incohérent de vouloir faire travailler plus des personnels qui n’ont jamais pu accéder à la réduction du temps de travail faute d’embauches”, rétorque Mireille Stivala, de la CGT Santé. “Il ne faut pas pervertir ce Ségur de la santé en brandissant un totem de remise en cause des 35 heures”, prévient le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. Faute de réponses concrètes, le syndicat Sud Santé a décidé de claquer la porte des discussions, dénonçant une “vaste opération de communication“. Ce geste n’a pas fait d’émule pour l’instant, mais d’autres organisations ont fait planer la menace d’un départ.

Source FRANCE INFO.

Soignants : après la crise, le temps des comptes…

En première ligne dans la crise du coronavirus, les soignants se mobilisent ce mardi pour réclamer, une fois de plus, de meilleures conditions de travail et des moyens pour l’hôpital.

Soignants : après la crise, le temps des comptes

Les soignants de retour dans la rue. Trois mois après le début de la crise du coronavirus, une nouvelle journée d’action nationale des personnels soignants à l’appel de syndicats (CGT, FO, SUD, Unsa…) et collectifs hospitaliers (Inter-Hôpitaux et Inter-Urgences) est prévue ce mardi.

Plusieurs dizaines de rassemblements sont annoncés tout au long de la journée, principalement devant des établissements de santé ou bien des préfectures (Caen, Bordeaux, Dunkerque, Nancy, Perpignan, Lyon, Grenoble, Clermont-Ferrand, Toulouse…). À Paris, un rassemblement est programmé en début d’après-midi devant le ministère de la Santé, selon la CGT.

Pourquoi c’est important. Les soignants, auquel le gouvernement a prévu de rendre hommage lors du 14 juillet, réclament notamment une “revalorisation générale des salaires”, un “plan de recrutement” et “l’arrêt de toutes les fermetures d’établissements, de services et de lits”.

Avec le mot d’ordre “Fini les applaudissements, place aux rassemblements”, ils entendent mettre à profit le soutien engrangé auprès de la population pendant la crise sanitaire pour obtenir des avancées pour le personnel des hôpitaux et des Ehpad.

Le “Ségur de la santé” patine

Le gouvernement a lancé, le 25 mai dernier, le “Ségur de la Santé”. Cette concertation, destinée à renflouer l’hôpital, améliorer le quotidien des soignants et la prise en charge des malades, est censée aboutir d’ici mi-juillet, afin de concrétiser le “plan massif d’investissement et de revalorisation” annoncé par Emmanuel Macron.

Mais pour l’heure, les discussions piétinent. Jugée cruciale par les soignants, la question des effectifs hospitaliers est pour l’instant peu abordée, une source d’inquiétude pour les syndicats, qui craignent que le sujet ne soit “escamoté” par le gouvernement.

Le manque d’effectifs, grand oublié des concertations ?

Parmi les piliers du “Ségur” (salaires/carrières, investissement, territorialité, gouvernance des établissements), aucun ne fait référence à la question des effectifs. Une situation paradoxale, alors que les soignants ne cessent de réclamer un “plan massif de recrutement”, centré notamment sur les infirmiers et sur les aides-soignants, afin de soulager des équipes médicales “débordées”.

“Le risque, c’est que le sujet devienne un angle mort. Pourtant, le manque de personnel est un problème depuis des années, tout le monde le sait”, insiste Jacques Trévidic, président du syndicat Action praticiens hôpital (APH).

En cause notamment : la réforme des 35 heures, entrée en vigueur en 2002, mais qui n’a jamais été accompagnée des 40 000 embauches initialement prévues pour accompagner la réorganisation du travail au sein des établissements de santé.

Un casse-tête pour l’organisation des soins, notamment dans les Ehpad et dans les services d’urgences, où les patients sont parfois mis en attente sur des brancards… faute de personnel pour les prendre en charge.

Ils s’agacent également qu’aucun chiffre n’a à ce stade été mis sur la table, notamment pour les hausses de salaires. “Les organisations syndicales ne peuvent pas travailler dans l’improvisation constante et en l’absence de moyens alloués”, ont estimé vendredi une dizaine d’organisation médicales, dénonçant un “faux semblant”.

Dans ce contexte, un syndicat, Sud Santé, a décidé de claquer la porte des discussions, dénonçant une “parodie” de concertation. Ce geste n’a pas fait d’émule pour l’instant, mais d’autres organisations ont fait planer la menace d’un départ.

Par ailleurs, la semaine dernière, infirmiers et kinésithérapeutes se sont dit surpris d’être “absents des concertations” lancées par l’exécutif et ont demandé “une intégration immédiate de sept représentants” à ces travaux. L’Ordre des infirmiers, seule émanation de la profession participant à ces concertations, a indiqué avoir lancé des “états généraux” avec 24 autres organisations afin de porter en leur nom “des proposition qui font consensus”.

Les primes Covid tardent à arriver

Et les primes promises à ceux qui étaient en première ligne dans la lutte contre le coronavirus ? Le versement d’une prime exceptionnelle défiscalisée pour les personnels hospitaliers et des Ehpad, de 1 000 ou 1500 euros net selon les départements, en récompense de leurs efforts, avait été annoncé début mai par le ministre de la Santé Olivier Véran.

Il est enfin paru samedi au Journal officiel, pour une entrée en vigueur dimanche.

Également annoncée mi-avril, la majoration des heures supplémentaires a été précisée par un décret paru dimanche au Journal officiel. Les heures supplémentaires effectuées en mars et avril par les personnels des hôpitaux et d’autres structures publiques (Ehpad, handicap, aide à l’enfance) seront surmajorées de 50% et devront être payées d’ici au 1er septembre.

Du 1er mars au 30 avril, les 14 premières heures supplémentaires sont ainsi augmentées de 87,5% (contre 25% en temps normal) et les suivantes de 90,5% (contre 27%). Ces majorations sont cumulables avec un bonus de 150% pour les horaires de nuit (contre 100% d’ordinaire) et un autre de 99% pour les dimanches et jours fériés (contre 66%).

Sont concernés les personnels titulaires et contractuels de la fonction publique hospitalière, qu’ils travaillent dans les hôpitaux, les établissements pour personnes âgées ou handicapées, ceux de l’aide sociale à l’enfance, ou dans les accueils pour familles en difficulté et demandeurs d’asile.

Lors d’une visite mi-mai à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, le président Emmanuel Macron s’est engagé à “mettre fin à la paupérisation” de l’hôpital, via une hausse des investissements et des “revalorisations” salariales pour les soignants. Ce mardi, la rue vient lui rappeler ses promesses.

Source EST REPUBLICAIN.

“On a touché le fond à l’hôpital, on ne peut pas revenir au monde d’avant” : une pédiatre décide de parler…

Manque de lits, pression sur les personnels, concurrence entre les services, cette situation n’est pas nouvelle pour les hospitaliers.

Mais alors que s’ouvrent des négociations en haut lieu, le “Ségur de la Santé”, certains médecins sortent de leur silence.

Rencontre avec une pédiatre très déterminée.

Une autre organisation est-elle possible à l'hôpital avec davantage de soins, davantage de lits, de personnels, et moins de concurrence entre les spécialités ?

Elle affiche un large sourire que l’on aperçoit derrière son masque bleu et blanc, mais son inquiétude, sa colère, surgissent rapidement lorsque l’on parle des conditions de soin et de travail. Le docteur Véronique Hentgen, pédiatre dans un hôpital d’Île-de-France, a décidé de s’exprimer pour que les choses changent. Elle nous permet de visiter son service. Dans le couloir des adolescents, certains dessinent. Les règles de distanciations sont respectées, autant que possible. Un peu plus loin, le babyfoot a été désinfecté. Tout est calme, serein. Mais l’hiver dernier, cet hôpital a tellement manqué de lits de réanimation que des bébés ont dû être transférés dans d’autres hôpitaux, loin de leur région.

Là, on a touché le fond“, se confie-t-elle, “le choc a été immense pour les pédiatres“. Ce que les adultes ont vécu lors de cette crise du Covid-19, les bébés l’ont déjà éprouvé en pédiatrie cet hiver”, se révolte-t-elle. Parce que les hôpitaux d’Île-de-France manquaient de lits, des bébés qui avaient besoin de soins de réanimation ont dû en effet parcourir des centaines de kilomètres. “C’est quoi la prochaine étape ?”, se demande-t-elle. “Si les autres hôpitaux sont pleins, on ne pourra plus les transférer ? Et on devrait les laisser mourir ? Cela n’est pas possible !”

Face à cette situation dramatique, cette pédiatre, entièrement vouée à l’hôpital public et non syndiquée, s’est engagée au sein du “Collectif Inter Hôpitaux“, et elle “ose parler”, comme elle dit, car sinon “elle aurait honte de laisser faire”.

L’espoir de pouvoir se recentrer sur le soin

Depuis cet hiver, elle se bat, mais aujourd’hui, elle se dit que des leçons peuvent être tirées de la crise du Covid-19. Durant ces longues semaines, les soignants se sont en effet concentrés sur leur métier, leur vocation : le soin de tous les malades, et ils ont laissé de côté les préoccupations financières et la pression de rentabilité qui minent leur quotidien selon eux. “Jusqu’à présent, on raisonnait en terme de coût et de budget, là on a retrouvé le sens de notre métier.” Une autre organisation est-elle alors possible ? Avec davantage de soins, davantage de lits, de personnels, et moins de concurrence entre les spécialités ?

Quand elle pense à l’avenir, le ton monte. Il y a des solutions, or l’épidémie a montré qu’on ne peut pas revenir au système d’avant, car il est pervers, on ne doit pas retourner dans une logique comptable”, s’insurge-t-elle.

Véronique Hentgen se prend à rêver d’un hôpital “plus fort“, qui accueillerait davantage de patients et qui “permettrait aux médecins de mener leurs travaux de recherche à d’autres heures que la nuit ou pendant leurs congés“. Pour cela, selon elle, il faut rompre avec la logique de “tarification à l’acte et à l’activité” qui pousse à multiplier les actes pour être rentable. Et pour elle, “considérer que certains actes rapportent et d’autres non, c’est une hérésie” en médecine.

Et le soutien du grand public ?

Concernant les salaires, comme beaucoup de médecins, elle estime que l’urgence est surtout de revaloriser les infirmières et les aides-soignantes”. Mais pour elle, c’est le mode de financement des hôpitaux qu’il faut revoir et “investir dans la santé rapportera à l’économie car une population en bonne santé, c’est positif pour toute la société“, insiste cette pédiatre, également infectiologue. En d’autres termes, si ce Ségur de la Santé ne va pas au-delà de mesures salariales, l’occasion sera ratée “pour sauver l’hôpital public”. Voilà son inquiétude.

Cette pédiatre espère enfin que le grand public saura soutenir les soignants à l’avenir, comme aujourd’hui. Quitte à engager un débat de société et à accepter, peut-être, de payer un peu plus chacun pour la santé…

Source FRANCE INTER.