Des masques pour tous : n’oublions pas les déficients auditifs et autres handicaps invisibles …

Une partie de la population a besoin de voir le visage pour pouvoir communiquer.

Pour elle, il faut donner accès à des masques transparents et former les soignants.

Des masques pour tous : n'oublions pas les déficients auditifs et autres handicaps invisibles

Le 11 mai, la France débutera son déconfinement progressif, après cinquante-cinq jours au ralenti où les uns œuvrèrent pour maintenir le pays à flot tandis que les autres se consacrèrent chez eux au télétravail, aux études, aux exercices de sport ou à l’art de la coupe de cheveux improvisée.

Mais le 11 mai, nous le savons, ne sera pas un retour immédiat à la normale. Nombre de Français·es auront recours au port d’un masque, pour certains artisanal. Une fois la crise sanitaire derrière nous, il est possible que le port spontané d’un masque en cas de maladie devienne un réflexe plus répandu chez nos concitoyen(ne)s qu’avant l’année 2020. Dès à présent, l’Afnor met à disposition des citoyens un ensemble de recommandations pour la confection de tels masques. Ils sont en passe d’intégrer notre quotidien à plus ou moins long terme.

Avancée majeure

Sauf qu’une partie de la population demeure démunie face à ce bout de papier ou de tissu. Un ensemble hétérogène, composé de personnes sourdes ou malentendantes qui lisent sur les lèvres et de leurs proches, mais aussi d’orthophonistes, de l’entourage de personnes autistes, de seniors ou de très jeunes enfants ainsi que des professionnels exerçant auprès de ces publics, qu’ils soient soignants, rééducateurs ou encore enseignants.

En cette période de crise sanitaire inédite, le président de la République et le gouvernement ont accordé une importance majeure à l’accessibilité de leurs interventions. Appuyés par la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées Sophie Cluzel, ils ont veillé à la présence d’un·e interprète en langue des signes française à leurs côtés et toute la France a découvert la vélotypie permettant de sous-titrer en direct les allocutions d’Emmanuel Macron. Les Français se familiarisent avec la langue des signes et il s’agit d’une avancée majeure, qui a vocation à être rendue durable par la loi audiovisuel à venir. Quatre-vingts pour cent des handicaps sont invisibles. Il nous appartient, citoyens, élus, associations, entreprises, administration publique, d’acquérir un réflexe «handicap» visant à permettre à tous nos concitoyens de comprendre et d’être compris au quotidien.

Communiquer avec ceux qui nous entourent

Si ce réflexe doit être acquis au plus vite dans un domaine particulier, c’est bien dans le domaine de l’urgence sanitaire. A commencer par la capacité des personnes sourdes à comprendre les soignants. Impossible, quand on lit sur des lèvres masquées. Comme le souligne Sophie Cluzel, «la crise est un levier d’accélération de la transformation de l’offre proposée aux personnes en situation de handicap». Alors, tandis que la France se masque peu à peu, des initiatives fleurissent de part et d’autre de notre territoire pour développer des masques transparents permettant à la fois à tou·te·s d’être protégé·e·s et d’être compris·es. Un élan de solidarité qui se traduit sur les réseaux sociaux et par bouche-à-oreille par des prototypes, des partages d’expérience, des tuyaux sur telle ou telle matière transparente. La créativité de ces couturiers et couturières est sans limites. Il faut dire que le choix des matières et des tissus, la durabilité au lavage ou encore la limitation de la buée sur le masque incitent ces volontaires à se creuser les méninges. L’une des facettes de la France unie !

Pendant qu’avance cette recherche et développement, nous considérons que deux voies complémentaires auraient le mérite d’être explorées. Tout d’abord, l’élaboration de normes ou de recommandations propres à la confection de masques transparents répondant à l’ensemble des besoins de ces citoyens. Tous les Français n’ont pas nécessairement vocation à porter un tel masque transparent spécifique ; néanmoins, la possibilité pour les publics cible et leur entourage de s’en procurer ou de s’en confectionner soi-même est essentielle. Ainsi, même masqué·e·s, nous pourrons tou·te·s communiquer avec ceux qui nous entourent, y compris si l’on a besoin de voir le visage de notre interlocuteur en maison départementale des personnes handicapées (MDPH) ou encore à l’hôpital. Nous pourrons tou·te·s communiquer, sans exception. Par ailleurs, pourquoi ne pas envisager un module spécifique dans les facs de médecine et les formations d’infirmiers ? Le but : sensibiliser nos soignants à la communication avec des patients signant en LSF, lisant sur les lèvres ou échangeant en LfPC, à commencer par exemple par les soignants qui se destinent à une carrière d’urgentiste.

Près de 7 % de Français souffrent d’un déficit auditif. Parmi eux, 80 000 personnes pratiquent la langue des signes française, qui s’appuie notamment sur les expressions du visage, et plusieurs dizaines de milliers d’autres citoyens ont recours à la langue française parlée complétée (LfPC) ou encore à la lecture labiale. Enfin, 700 000 Français vivent avec l’autisme, dont beaucoup s’appuient sur les expressions du visage pour comprendre les autres. Nous faisons ici le souhait que, protégés de la maladie comme leurs concitoyens, tous ceux qui en auraient besoin aient à leur disposition une solution respectueuse de leur communication propre. Ensemble, on y arrivera !

Source LIBERATION.

Une Toulousaine atteinte de surdité crée un masque transparent pour lire sur les lèvres…

Anissa, une Toulousaine de 30 ans victime de surdité, a eu l’idée de créer un masque transparent pour lire sur les lèvres et faciliter la vie des sourds.

Après avoir fabriqué un prototype, elle a lancé une campagne de financement participatif pour concrétiser la fabrication du masque.

 

L'illustration de la cagnotte en ligne créée pour le masque inclusif

Anissa, 30 ans et victime de surdité, a eu l’idée de créer un masque transparent pour permettre de lire sur les lèvres. Histoire de faciliter la vie des malentendants en cette période de coronavirus.

Un prototype déjà créé

Une idée née après une drôle d’expérience dans une pharmacie : “Je me suis rendue à la pharmacie pour acheter un médicament. J’ai remis l’ordonnance à la pharmacienne et je me suis reculée pour respecter le marquage au sol (1m). Il y avait trois employés. Les trois portaient un masque chirurgical. À un moment donné, la pharmacienne m’a posé une question, malheureusement je ne pouvais lire sur ses lèvres (j’ai une surdité moyenne bilatérale). Alors je lui ai expliqué que je suis sourde et qu’habituellement je lis sur les lèvres mais qu’avec les masques, je ne pouvais pas. Elle a fait l’effort de parler plus fort, ce que j’ai grandement apprécié”, explique-t-elle.

Anissa décide alors de confectionner un masque où l’on distingue les lèvres. “Bien évidemment il s’agit d’un prototype, c’est pourquoi, j’ai mis en place cette récolte de fond afin que l’on puisse ENSEMBLE créer ce masque qui permettra l’inclusion et l’accessibilité à 100% des personnes sourdes. Les fonds récoltés seront destinés à financer les prototypes, la production, la certification et la distribution sur le marché en France et en Europe. L’objectif, dans un premier temps, est de rendre disponible ces masques prioritairement aux personnels soignants. Et par la suite, bien évidemment, accessible à tous.

La Toulousaine a déjà récolté plus de 2.300 euros sur un objectif de 5.000 pour lancer la fabrication de ce masque. Pour l’aider, participez à la cagnotte en ligne.

Source FRANCE BLEU.

Cinéma. Le film « J’accuse » lauréat du Marius de l’audiodescription…

Le Marius de l’audio-description a été décerné mercredi au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

La lauréate 2020 est Raphaëlle Valenti pour son audio-description du film J’accuse de Roman Polanski.

Cinéma. Le film « J’accuse » lauréat du Marius de l’audiodescription

Un jury composé de 137 personnes âgées de 21 à 81 ans, essentiellement déficientes visuelles, a écouté les enregistrements des audio-descriptions pour les sept films nommés pour les César 2020 puis ont voté pour déterminer celui qui correspond le mieux à leurs attentes en matière d’audio-description.

L’audiodescription la plus plébiscitée est celle du film J’accuse de Roman Polanski. Mercredi 26 février au CNC, le trophée Marius a été remis à Raphaëlle Valenti auteure de l’audiodescription pour le compte du laboratoire Hiventy.

En 2018, le Prix, né à Rennes, avait été remis au film Petit paysan, audiodécrit par Morgan Renault pour Titra Film, relu par Marie-Pierre Warnault. L’an dernier, le film Pupille, dont l’audiodescription a été écrite par Dune Cherville, avait été récompensé.

Aide à la compréhension du film

L’audiodescription est une technique consistant à insérer, lorsque cela est possible et pertinent, la lecture d’un texte descriptif en vue d’améliorer la compréhension de l’action du film par un déficient visuel.

Cette description sonore s’intercale entre les dialogues et vise à rendre compte d’informations essentielles qui ne peuvent être perçues par le seul sens de l’ouïe, les décors, les paysages, les costumes, les sous-titrages.

Elle s’attache également à restituer les atmosphères, les bruits non aisément identifiables ainsi que les expressions de visage résultant du jeu des acteurs.

Source OUEST FRANCE.

Jura : Une mère de famille se voit refuser des aides pour sa fille malentendante, elle écrit au Chef de l’Etat… Vidéo…

Le 11 février, Emmanuel Macron promettait d’aider la scolarisation des enfants en augmentant le nombre d’accompagnants à l’école.

Le même jour, Sandra Verjus, la mère d’une petite fille en situation de handicap dans le Jura, se voyait refuser cette aide.

Elle écrit au Président de la République.

Jura : Une mère de famille se voit refuser des aides pour sa fille malentendante, elle écrit au Chef de l'Etat © Laurent Brocard

“Aucun enfant en situation de handicap ne sera déscolarisé au mois de septembre prochain”,

c’est la promesse qu’a formulé le président de la République dans un discours prononcé pendant la conférence nationale du handicap, le 11 février 2020.

Le chef de l’Etat a promis 11 500 postes d’accompagnants scolaires supplémentaires d’ici 2022.

En attendant, certains parents se voient toujours refuser cette aide.
Une famille jurassienne en a fait la douloureuse expérience. A Bonlieu, non loin de Lons-le-Saunier, chez Sandra Verjus, les dossiers médicaux et les courriers s’accumulent.

Sa fille Apolline, âgée de 7 ans est malentendante. Malgré plusieurs demandes auprès de la MDPH, la maison départementale des personnes handicapées, elle n’a droit à aucune aide. Lorsque la mère de famille reçoit les lettres de refus, elle a d’abord du mal à y croire.
La famille a effectué plusieurs démarches pour sa fille : une demande d’accompagnement en classe par le biais d’un AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap), l’intervention du CEEDA, organisme spécialisé dans l’éducation pour enfants déficients auditifs, ainsi qu’une allocation pour enfant handicapé.

Le MDPH a refusé toutes les demandes, expliquant que la présence d’un AESH, n’est pas adaptée. De, même le CEEDA ne serait pas en adéquation avec les besoins d’Apolline.

“Aujourd’hui, Apolline a des difficultés dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Malgré son appareillage, elle ne parvient pas à percevoir certains sons”,

explique sa maman.

Refusant de se résigner, elle décide d’écrire à Emmanuel Macron, Président de la République ainsi qu’à plusieurs autres élus.
Recevant des retours encourageants à ses courriers, Sandra espère trouver les aides nécessaires avant la rentrée prochaine d’Apolline, qui entrera en CE2.

Selon le Président de la République, “le nombre d’enfants qui étaient en attente d’un accompagnant a été divisé par près de deux entre 2018 et 2019”, de 15 000 à 8 000, mais “on doit réussir à tomber à zéro”, insiste-t-il.

 

Source FRANCE BLEU.

Emmanuel Macron n’a pas totalement convaincu le monde du handicap…

Ecole, diagnostic, allocation, retraite…

Le président de la République a fait des annonces mardi 11 février, à mi-mandat, lors d’une conférence nationale sur le handicap, qui touche 12 millions de Français.

Certaines mesures sont appréciées, mais toutes les associations ne sont pas convaincues que le quotidien des handicapés va en être amélioré.

En France, douze millions de personnes sont en situation de handicap.

« Le chemin n’est pas terminé », a admis ce mardi 11 février 2020 Emmanuel Macron concernant l’amélioration de la vie des 12 millions de personnes handicapées en France. Devant 500 personnes (associations, chefs d’entreprises, élus…) invitées à l’Élysée pour cette conférence nationale sur le handicap, il a salué les actions engagées par son gouvernement et annoncé une série de mesures applicables d’ici la fin de son mandat.

Aucun élève sans solution

C’était déjà la promesse du gouvernement à la rentrée 2019, or 8 000 enfants n’avaient pas d’accompagnant pour leur scolarité (AESH) à la rentrée dernière (contre 15 000 en 2018). Il n’empêche. Emmanuel Macron a redit ce mardi qu’« aucun enfant ne sera sans solution de scolarisation en septembre prochain. Le 8 000 doit passer à zéro. On ne doit rien lâcher. » Il a ainsi annoncé l’embauche de 11 500 AESH supplémentaires d’ici à 2022 et « un contrat digne » pour ces professionnels trop souvent à temps partiel et payés au Smic. « Nous devons travailler à leur stabilisation pour leur donner au moins 35 heures par semaine. » Jusque-là inexistant, un module sur le handicap sera aussi intégré dans la formation initiale des professeurs de l’Éducation nationale dès septembre.

Elargir le diagnostic de l’autisme et des troubles du comportement

Existant pour les enfants de moins de 6 ans, le forfait précoce du diagnostic de l’autisme et de sa prise en charge (ergothérapeute, psychologue…), sans reste à charge pour les familles, sera étendu aux enfants jusqu’à 12 ans et aux troubles dys (dyslexie, dyspraxie…) à compter de 2021. Une maison de l’autisme, lieu de ressources pour les familles et les professionnels, sera aussi créée.

Un numéro unique

Pour éviter la « montagne administrative » et « l’errance de guichet en guichet », un numéro de téléphone (le 360) dédié à l’appui des adultes et enfants handicapés sera mis en place en 2021. Il sera relayé par 400 équipes locales qui seront créées d’ici à 2022. Emmanuel Macron, conscient qu’il y a « trop de différences » selon les départements, souhaite aussi associer les Maisons France service, afin de définir un lieu unique d’accès. Concernant, le temps de traitement des dossiers, très variables selon les territoires (de 2 à 8 mois pour une réponse de l’AAH), le Président a affirmé qu’au 1er janvier 2021, « aucune demande ne doit être traitée en plus de trois mois ».

Pour Jean-Luc Duval, du collectif Citoyen handicap (celui qui monte dans les grues pour réclamer des accompagnants scolaires), ces mesures ne changeront rien au quotidien des personnes handicapées. Il ne croit pas au numéro unique : Nous avons l’habitude de ceux qui ne répondent plus : Aide handicap école, ceux des maisons du handicap…

1 000 places supplémentaires

Afin d’éviter les exils vers la Belgique, 1 000 places supplémentaires seront créées dans les établissements spécialisés dans trois régions prioritaires (Île-de-France, Hauts-de-France, Grand-Est), en plus des 2 500 places déjà programmées pour 2021-2022 sur tout le territoire. Son objectif ? Il ne souhaite « d’ici fin 2021, plus aucun départ contraint vers l’étranger » et veut permettre des retours vers la France.

Pas touche à l’allocation adulte handicapée

Le président a affirmé clairement que l’allocation adulte handicapée (AAH), actuellement versée à 1,2 million de personnes, ne serait pas « diluée » dans le futur revenu universel d’activité (RUA). Le RUA doit fusionner plusieurs allocations : RSA, prime d’activité, allocations logement. Une réponse à l’inquiétude d’associations qui avaient claqué la porte des négociations sur le RUA, la semaine dernière, pour marquer leur refus de voir l’AAH intégrée dans ce dispositif. Cette clarification sur l’AAH a été saluée par Alain Rochon, de l’APF France handicap, qui pointe toutefois l’absence de chiffre sur les financements.

Pari sur l’apprentissage

D’ici à 2021, 10 000 places en apprentissage seront réservées aux personnes handicapées. L’idée est d’atteindre le cap de 6 % de recrutement de personnes handicapées. Aujourd’hui, il n’est qu’à 3,5 %.

Retraite anticipée garantie

Dans le cadre du système universel, la retraite anticipée à partir de 55 ans sera simplifiée pour les travailleurs handicapés, qui pourront bénéficier d’une bonification de points. Emmanuel Macron s’est aussi dit favorable à une retraite progressive dès 55 ans pour les travailleurs handicapés et à une majoration spécifique pour la retraite des parents d’enfants handicapés. Enfin, les congés de proches aidants ouvriront des droits.

Réactions : des satisfactions et des déceptions

Regroupant 48 associations, le collectif Handicaps a salué l’humilité dans le bilan des actions passées et des engagements qui répondent pour certaines d’entre elles aux attentes. Néanmoins, il pointe le manque de débats. On a beaucoup entendu parler les ministres et les associations étaient juste là pour applaudir, regrette Jean-Louis Garcia, président de l’Apajh, premier mouvement regroupant tous les handicaps. Dénonçant des discussions difficiles avec la secrétaire d’État Sophie Cluzel et son mépris, il est satisfait du discours ferme et engagé du Président.

Mais davantage de mesures concrètes étaient sans doute attendues. Marie-Jeanne Richard, présidente de l’Unafam (Union de familles de handicapés psychiques), est en colère. Elle déplore que lors de la conférence, il n’y ait pas eu un mot sur le handicap psychique, qui touche trois millions de personnes. Il est grand temps de rendre visible le handicap lié aux troubles bipolaires, aux troubles obsessionnels compulsifs, à la schizophrénie…

Source OUEST FRANCE.

À Poitiers, le parcours du combattant d’une famille face au handicap… Vidéo.

Difficile de concilier la surdité profonde d’un enfant avec une scolarité ordinaire : la famille Bourdet en sait quelque chose.

Après plusieurs périodes de galère et un déménagement, elle s’est installée à Poitiers où la petite Cléa est inscrite dans une école classique.

Aurélie et sa fille Cléa, scolarisée sur Poitiers, peuvent enfin souffler. / © Thomas Chapuzot / FTV

De Toulon à Poitiers, le chemin a été long pour Aurélie, Benoît et leur petite fille Cléa, atteinte de surdité profonde depuis sa naissance. Car un tel handicap est difficile à concilier avec une scolarité classique. Aujourd’hui, la famille peut se réjouir : à neuf ans, Cléa est inscrite en CE2 à l’école Paul Blet où elle suit un enseignement standard en compagnie d’élèves entendants.

De Toulon à Poitiers

Lorsque le diagnostic tombe, elle n’a un an et demi. “À ce moment, on s’est sentis très seuls, se souvient Aurélie Bourdet. J’ai fondu en larme et j’ai appelé ma famille pour chercher du réconfort.” Sur Toulon, le couple ne parvient pas à trouver une école adaptée qui le satisfait. Après un an de galère, la famille emménage sur Poitiers à la faveur d’une mutation de Benoît.

L’occasion de prendre un nouveau départ, mais aussi l’obligation d’apprendre la langue des signes. Un apprentissage qui ne s’improvise pas du jour au lendemain.

C’est très long à apprendre, reconnaît la maman de Cléa, j’ai beau faire tout mon possible, je rame. J’aimerais vraiment pouvoir échanger avec elle comme je voudraisC’est également compliqué pour communiquer quand elle est dans sa chambre, il faut qu’on monte. Mais ce sont des habitudes qu’on prend et qui se font facilement au quotidien.

Des classes bilingues pour échanger

Pour autant, le couple reste convaincu d’avoir trouvé la bonne solution pour leur fille comme pour toute la famille. À Paul Blet, Cléa reçoit le même enseignement que les enfants entendants, doublé d’un apprentissage de la langue des signes. Dans cette école, où des co-enseignants sourds participent directement en classe, l’accent est mis sur l’échange entre les élèves sourds et les autres.

En France, on estime à un milliers le nombre de nouveau-nés atteints de surdité chaque année, soit 0,25 % des naissances. Selon un rapport de la Drees, ils sont environ 216.000, âgés de 6 à 25 ans, à être scolarisés et 70 % d’entre eux suivent, comme Cléa, un parcours scolaire ordinaire. À Poitiers, où la première classe bilingue a ouvert ses portes en 1984, ils étaient 80 jeunes sourds scolarisés en 2018.

Heureuse, la famille Bourdet peut respirer. Le parcours de Cléa est assuré jusqu’à la terminale. La question se posera néanmoins à nouveau pour les études supérieures.

Reportage d’Alain Darrigrand, Thomas Chapuzot et Christophe Pougeas :

Source FR3.

 

Rouen : il réalise des vidéos de cuisine… en langue des signes…

À Rouen, Sean Lemercier réalise des tutoriels vidéos de cuisine à destination des sourds.

Il montre la réalisation de ses recettes en langue des signes.

Le youtubeur JackiSigne en train de réaliser la recette de la mousse au chocolat / © Baptiste Galmiche - France Télévisions

Trépied, téléphone portable, contrôle de la lumière, fermeture des volets… La cuisine, prêtée par une des amies de Sean pour ses tournages, prend des allures de studio d’enregistrement. Et pour cause : Sean Lemercier s’apprête à tourner une nouvelle vidéo de recette pour sa chaîne Youtube.

Ce jour-là au programme : la mousse au chocolat. Dans cette vidéo, vous ne l’entendrez pas parler, car “JackiSigne Cuisine” (son pseudonyme) s’exprime en langue des signes.

Au départ, ma première passion, c’était la cuisine. Jusqu’à ce que je rencontre cette amie sourde qui m’a appris la langue des signes. C’est devenu ma deuxième passion“, raconte-t-il. Il se consacre alors à la langue des signes, mais la cuisine le manque. “C’est mon métier de cœur, ce que j’aime faire depuis mes 10 ans. Alors j’ai marié mes deux passions, la cuisine et langue des signes, pour faire ces tutos !

“C’est important pour nous”7

Sa chaîne Youtube n’en est qu’à ses balbutiements, mais plusieurs centaines de personnes ont déjà vu ses vidéos. Quiche lorraine, pâte brisée, tarte aux citrons meringuée… “J’ai trouvé cette idée de tutos intéressante“, affirme Pierre Braun, un des amis de Sean, atteint de surdité. “On aime regarder des vidéos sur Youtube. Mais quand on lit les sous-titres, on s’ennuie très rapidement et on ne comprend rien. Le fait que Sean s’exprime dans notre langue nous donne une accessibilité et c’est important pour nous.

Car Sean, étudiant en langue des signes, a bien cerné la demande des sourds. “Nous, entendants, on est contents de regarder une vidéo en français. Eux, c’est pareil, une vidéo dans leur langue, c’est plus intéressant à regarder“, conclut le youtubeur, qui mitonne d’ores et déjà trois autres recettes.

Source FR3.

Nantes. Dans ce restaurant bilingue en langue des signes, on dit merci avec la main…

La Papotière, premier restaurant nantais bilingue en langue des signes, a ouvert en centre-ville.

On y déjeune du lundi au vendredi, des produits bios et locaux cuisinés maison.

Nantes. Dans ce restaurant bilingue en langue des signes, on dit merci avec la main

Presque deux ans qu’elles attendaient ça. Imane Gourire et Kanyaman Brossaud accueillent leurs clients derrière le comptoir. En décembre, elles ont ouvert la Papotière, le premier restaurant bilingue français langue des signes de Nantes.

« Trouver un local en centre-ville a été compliqué, confie Kanyaman. Celui-ci était idéalement placé, sur le parcours de la ligne verte, mais il y avait tout à refaire. » Aidées de bénévoles, elles ont retapé l’intérieur, du sol au plafond.

Au menu, des produits bio et locaux.

L’ambiance est épurée : murs blancs, comptoir en bois brut, cuisine ouverte, deux salles (dont l’une avec un espace enfants). Aux fourneaux, Lila Bensebaa ; au service, Imane Gourire. Toutes les deux sourdes. « Les gens avaient un peu peur au début, ne sachant pas trop comment réagir quand ils comprenaient qu’Imane n’entend pas, raconte Kanyaman, qui reste toujours en retrait, en cas de besoin. Ils voient vite que tout se passe bien. Ça apprend à se regarder. »

Pour aider ceux qui le souhaitent, des cartons représentant les mots les plus utiles en langue des signes (bonjour, merci, entrée, plat, dessert, etc.) ont été placés sur le comptoir. « Ici, tout le monde doit être à l’aise, entendant comme mal entendant,  assène Kanyaman Brossaud. C’est la vocation de La Papotière : être accessible à tous, aux personnes signantes ou non, aux familles, aux travailleurs qui cherchent un endroit où se poser le midi. »

Des dessins en langue des signes pour apprendre à commander en signant.

Dans les assiettes, les deux cogérantes ont fait le choix du bio et du local. Deux entrées (4 €), deux plats (7 €) et trois desserts (3,50 €) sont proposés chaque midi, du lundi au vendredi. Le menu change chaque semaine. « On commence à avoir des habitués, se réjouissent Imane et Kanyaman. Et certains se mettent à signer. »

La Papotière , 16, rue Saint-Léonard, à Nantes, de 10 h à 18 h, du lundi au vendredi (sur réservation le soir) ; formules déjeuner à 10 € (entrée-plat ou plat-dessert) et 13 € (entrée-plat-dessert).

Source OUEST FRANCE.

Nantes : Elles créent un resto en langue des signes pour faire entendre la voix des sourds…

INITIATIVE Kanyaman, entendante, et Imane, sourde, viennent d’ouvrir leur propre restaurant en centre-ville de Nantes.

Kanyaman, entendante (à gauche) et Imane, sourde, ont monté leur propre restaurant à Nantes.

  • La Papotière est un nouveau restaurant bilingue en langue des signes, ouvert dans le centre-ville de Nantes.
  • Ses créatrices veulent sensibiliser le grand public et améliorer l’insertion professionnelle des personnes atteintes de surdité.

Elle prévient, avec humour : elle s’occupe de tout mais ne comptez pas sur elle pour la playlist. Depuis quelques semaines, Imane est la cogérante d’un nouveau resto un peu particulier situé rue Saint-Léonard, dans le centre-ville de Nantes. Cette jeune femme de 28 ans, sourde de naissance, a monté avec Kanyaman, une amie entendante, un restaurant bilingue français/langue des signes. C’est d’ailleurs samedi soir qu’aura lieu l’inauguration officielle de la Papotière.

Pour passer commande, directement au comptoir, les clients peuvent pointer du doigt, à travers la vitrine, le mets qui les a séduits. Tous les plats (entrées et desserts) exposés sont faits maison. A côté, un petit dessin donne la traduction en langue des signes. « Je leur montre comment on fait, lentement pour qu’ils comprennent bien, comme à un touriste qui parle une langue étrangère, indique Imane, seule à l’accueil. C’est sûr qu’on n’est pas les plus rapides à servir, mais les clients sont en général curieux et jouent le jeu ! L’objectif est que l’on arrive à communiquer ensemble, que les gens n’aient plus peur quand ils se retrouvent face à une personne sourde. »

Un accès difficile au monde du travail

S’il ne s’agit pas d’un handicap visible, les difficultés sont pourtant bien réelles lorsqu’on est atteint de surdité. Et notamment dans le milieu professionnel, raconte la jeune restauratrice, qui a dû attendre de créer sa propre affaire pour travailler. « Pendant les entretiens d’embauche, on me disait que je n’allais pas pouvoir m’intégrer, ou que prendre un interprète n’entrait pas dans le budget », se souvient Imane, qui a obtenu un diplôme de prothésiste dentaire.

C’est après avoir rencontré Kanyaman dans un centre de formation à la langue des signes que l’idée de créer ce restaurant a germé. Un lieu, comme il en existe quelques autres en France, où n’importe qui peut être sensibilisé à la LSF, et pas uniquement les proches de personnes sourdes, disent-elles. Mais là encore, il a fallu s’accrocher. « Ça a mis deux ans, raconte Kanyaman, 27 ans. Moi, étant entendante, j’ai eu accès à toutes les formations très rapidement. Mais pour Imane, ça a vraiment été très long… » Après une campagne de financement participatif réussie, les deux associées ont aussi pu compter sur plusieurs artisans malentendants, qui ont participé bénévolement aux travaux.

« L’échange se fera, tout naturellement »

Pour le moment, à la Papotière, ça semble rouler comme sur des roulettes. Pour les réservations, les clients passent par Facebook. Et pour les fournisseurs, beaucoup communiquent de toute façon par texto. Mais la communication dans l’équipe se passera encore mieux quand le système de vibreurs sera installé entre la salle et la cuisine, pourtant ouverte. Car aux fourneaux, Lila aussi est sourde. « Je me suis formée il y a sept ans mais personne n’a voulu m’embaucher depuis », explique la cuisinière, qui a enseigné l’histoire de l’art mais qui a « toujours eu une passion pour la cuisine et les produits locaux ».

Dès les prochains jours, des ateliers seront dispensés dans une deuxième salle de l’établissement. « Ce ne sera pas des cours pour devenir bilingue mais on pourra y apprendre les bases du vocabulaire, sur différentes thématiques, explique Imane. Il y aura aussi de la couture, des ateliers pour bébé, animés par des personnes sourdes. » Kanyaman sera présente « pour rassurer ». « Mais l’échange se fera, tout naturellement », espèrent les jeunes femmes.

Source 20 MINUTES.

Rennes. Les sourds ont le sentiment d’être invisibles, ils veulent « être entendus »…!

Parce qu’ils ont le sentiment d’être invisibles, les sourds ont organisé un rassemblement, dimanche 12 janvier, à Rennes. Ils étaient près de 200 à demander à être davantage pris en considération.

Les représentants des associations de sourds avec, de gauche à droite, Gilles Crozat (APES 35), Maud Lomenech (La Compagnie des deux mains), Delphine Goëder (club sportif des sourds de Rennes) et Danièle Le Moënner (ASR35).

De toutes générations, de tout le département, ils étaient près de 200 sourds à se retrouver ce dimanche 12 janvier durant l’après-midi.

C’est la deuxième fois que les quatre associations (Association des sourds de Rennes, Club sportif des sourds de Rennes, La compagnie de deux Mains et l’association des parents d’enfants sourds d’Ille-et-Vilaine) se réunissent à Rennes pour mettre en avant leur culture et la langue des signes.

« Le dossier est sans cesse reporté »

Cette rencontre exceptionnelle a un but essentiel : « Nous voulons montrer, notamment à la mairie de Rennes, que nous existons et que nous avons besoin d’un lieu pour être entre nous », explique Danièle Le Moënner, présidente de l’ASR35, traduite par l’interprète en langue des signes.

Ce besoin, ils l’ont déjà exprimé à plusieurs reprises à Rennes. « Mais nous n’avons pas de réponse, regrette Delphine Goëder, présidente du CSSR. Le dossier est sans cesse reporté… ».

« Un enfant sur 1 000 naît sourd »

Les quatre associations lancent un appel aux élus : « On a besoin de leur soutien même si jusqu’à présent on a l’impression de ne pas être entendus. Il y a encore des problèmes d’accessibilité et de communication. Il y a un gros retard dans ce domaine. Les initiatives sont marginales. Nous avons les mêmes besoins que les entendants, la différence c’est notre langue des lignes. C’est pour cela que nous souhaitons une ville accessible à tous pour vivre en bonne intelligence. »

Les associations réclament aussi davantage d’informations. « Un enfant sur 1 000 naît sourd, rappelle Gilles Crozat. Mais les parents manquent encore souvent d’informations ».

Les associations donnent à nouveau rendez-vous à Rennes au mois de septembre 2020, à l’occasion de la journée mondiale des sourds et de la surdité.

Source OUEST FRANCE.