Handicap : les familles en colère contre le manque d’enseignants dans les instituts médico-éducatifs…

Pour l’Unapei, principale association de familles de personnes avec handicap intellectuel ou psychique, de nombreux enfants « sont toujours privés de scolarisation adaptée à leurs besoins ».

Handicap : les familles en colère contre le manque d’enseignants dans les instituts médico-éducatifs

 

Porteur d’un handicap intellectuel, Bastien, 15 ans, n’a bénéficié l’an dernier que de deux heures de classe par semaine dans son institut médico-éducatif (IME). Une situation anormale, dénoncent les associations qui, à l’approche de la rentrée, demandent davantage d’enseignants pour les enfants « à besoins particuliers »

Comme chaque année, le gouvernement aborde cette rentrée scolaire en vantant les progrès de « l’école inclusive », qui accueille plus de 400 000 élèves handicapés (en hausse de 4 % en un an et de 19 % en cinq ans), épaulés par 125 500 accompagnants (AESH). Cependant, pour l’Unapei, principale association de familles de personnes avec handicap intellectuel ou psychique, le compte n’y est pas : de nombreux enfants « sont toujours privés de scolarisation adaptée à leurs besoins », dénonce le mouvement, qui a recueilli et publié sur un site web dédié 675 témoignages de familles en colère.

Les difficultés, pointe du doigt l’Unapei, ne concernent pas que l’école proprement dite, mais aussi les IME : dans ces structures dépendant du ministère de la Santé, l’Éducation nationale doit en théorie détacher des enseignants pour faire classe aux enfants handicapés qui, le reste du temps, sont pris en charge par des ergothérapeutes, kinés et autres orthophonistes.

Mais à l’IME René-Coutant d’Évreux, où est accueilli Bastien, une seule enseignante doit faire classe à 34 enfants et adolescents, se désole Jacques Serpette, le directeur général de l’Adapei 27, qui gère la structure. Pour être efficace, les cours ne peuvent avoir lieu que par petits groupes, si bien que les enfants ne voient l’enseignante que quelques heures par semaine.

« Les derniers servis »

L’Éducation nationale est certes constamment sollicitée, reconnaît-il, « mais nous, on est toujours les derniers servis. Comme si l’administration pensait que ces enfants ne peuvent pas apprendre, ou que ce n’est pas si grave que ça », enrage-t-il. « Ce sont des enfants qui ont besoin d’être stimulés plus que les autres », souligne Florence Alavin, la mère de Bastien, inquiète que son fils « perde ses acquis ». « J’aimerais qu’il puisse se débrouiller au moins pour la lecture et l’écriture, mais je sens que ça va être compliqué ».

Dans l’ensemble du pays, l’Éducation nationale déploie un peu plus de 3 500 enseignants dans les IME, pour environ 70 000 enfants et adolescents, selon le ministère. Des chiffres qu’il faut remettre en perspective, relève l’Unapei, puisque l’enseignement ne peut avoir lieu qu’en petits groupes.

L’administration « a une vision d’éducation de masse, mais pour ces enfants (handicapés), il faut faire du cas par cas », souligne Jean-Baptiste De Vaucresson, responsable de cinq IME dans le Val-de-Marne, qui comptent huit enseignants pour 450 enfants. « Bien sûr que ces jeunes ne pourront pas aller jusqu’au bac. Mais ils sont capables d’apprendre, il ne faut pas les ostraciser », insiste-t-il.

Pour beaucoup de familles, l’entrée à l’IME est certes souvent vécue comme un soulagement, après des années sans solution de prise en charge. Ce qui ne les empêche pas d’être « en colère » face au manque d’enseignants, observe Sabine Calarnou, dont le fils Titouan, 14 ans, atteint d’une maladie génétique, est accueilli dans un IME de Saint-Maur, dans le Val-de-Marne.

« Je n’attends plus qu’il sache lire et écrire, mais au moins qu’il acquière une autonomie fonctionnelle : aller acheter seul sa baguette, se débrouiller dans les transports en commun », résume la mère de famille, convaincue que son fils « aurait pu apprendre plus de choses » s’il avait bénéficié d’un temps d’enseignement plus conséquent.

« Tous les enfants ont le droit à la scolarisation, en milieu ordinaire ou pas », estime Sonia Ahehehinnou, de l’Unapei. Ce problème du manque d’enseignants, doublé d’une « disparité territoriale anormale », « ça fait longtemps qu’on le fait remonter à l’Éducation nationale, mais ça ne bouge pas beaucoup », se désole-t-elle.

Source SUD OUEST.

Rentrée scolaire : « Nous avons normalisé le chemin des élèves handicapés vers l’école », affirme Sophie Cluzel…

La secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, nous a accordé son interview de rentrée et fait le bilan de l’action du gouvernement depuis cinq ans.

Rentrée scolaire : « Nous avons normalisé le chemin des élèves handicapés vers l’école », affirme Sophie Cluzel

 

  • A quelques jours de la rentrée scolaire, Sophie Cluzel, fait le point, dans une interview accordée à 20 Minutes, sur la scolarisation des élèves en situation de handicap.
  • La secrétaire d’Etat annonce que 4.000 accompagnants (AESH) supplémentaires ont été recrutés cette année, ce qui porte leur nombre à 125.000. La formation à « l’école inclusive » devient obligatoire cette année pour tous les nouveaux enseignants.
  • Elle annonce également que des élèves polyhandicapés vont être accueillis cette année dans des établissements ordinaires.

La rentrée, c’est un moment crucial pour eux. En septembre, plus de 400.000 élèves en situation de handicap ​ prendront le chemin de l’école, ce qui correspond à une augmentation de 19 % en cinq ans. Un progrès dont se félicite la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel. Elle a accordé à 20 Minutes son interview de rentrée et détaille les grandes nouveautés qui seront mises en place dès septembre. Un entretien en forme de bilan, puisque son mandat ministériel s’achève dans quelques mois.

L’Unapei (qui regroupe 550 associations défendant les intérêts des personnes handicapées) relance l’opération « #jaipasecole » pour recenser les élèves privés de solution de scolarisation adaptée à leurs besoins. Comment allez-vous limiter ces cas en cette rentrée ?

Cette opération est anxiogène pour les familles et peu constructive. Je ne nie pas qu’il existe des soucis d’inscription, parce que des familles ont déménagé, parce que des dossiers MDPH (Maisons départementales des personnes handicapées) n’ont pas été traités à temps… Mais nous sommes prêts à étudier toutes les situations individuelles pour résoudre les problèmes. Depuis deux ans, je réclame en vain à l’Unapei de me transmettre les coordonnées des personnes pour trouver des solutions ensemble. En vain, donc je m’interroge sur le sens profond de cette campagne.

Depuis le 1er juillet 2020, un numéro vert unique – 0 805 805 110 ou le 0 800 730 123 (accessible aux personnes malentendantes) – permet aux parents de nous soumettre leurs difficultés. Et dans chaque département, des commissions d’affectation ont été ouvertes en juin afin de proposer une solution de scolarisation à chaque élève. Je répète aux familles : « N’ayez pas d’angoisse, tout le monde est mobilisé pour résoudre les problèmes à la rentrée. »

La fermeture de classe dès le premier cas de Covid-19 en primaire pourrait pénaliser davantage les élèves handicapés, pour lesquels l’école à distance est parfois difficile à suivre. Quelles solutions avez-vous prévues pour eux ?

Nous avons recruté 4.000 accompagnants (AESH) en plus cette année, ce qui porte leur nombre à 125. 000. Ils peuvent intervenir à domicile pour aider les élèves dans l’enseignement à distance, tout comme les professionnels de la rééducation.

Vous souhaitiez raccourcir les délais de traitement des dossiers au sein des Maisons départementales des personnes handicapées. Y êtes-vous parvenue ?

Il existe une vraie iniquité territoriale dans ce domaine. Nous voulons que ce grand service public s’améliore. Et c’est la feuille de route que nous avons fixée aux MDPH pour 2022, avec l’objectif de parvenir à un traitement du dossier dans les 3 mois, contre 4 aujourd’hui. Un baromètre publié chaque trimestre fait désormais le point sur les délais de traitement des dossiers observés dans chaque département. Et l’on constate que peu à peu, les délais se réduisent. Et même si ce sont les départements qui sont en responsabilité sur la gestion des MPDH, l’Etat a versé 10 millions pour aider à embaucher des agents afin de réduire les délais.

Les notifications des MDPH concernant le nombre d’heures d’accompagnement par un AESH auxquelles ont droit les élèves ne sont pas toujours respectées, faute de moyens humains. Comment améliorer la situation ?

Nous avons augmenté de 35 % le nombre d’accompagnants entre 2017 et 2021. L’effort a été colossal ! Mais il manque encore parfois des AESH, car les notifications arrivent au fil de l’eau pendant l’année. Pour que l’organisation soit optimisée, nous avons aussi mis en place les Pial (Pôles inclusifs d’accompagnement localisés) qui coordonnent les AESH et les affectent aux élèves en fonction des besoins du terrain. Aujourd’hui, il y a deux sortes de notifications : soit un AESH mutualisé qui accompagne plusieurs enfants en même temps, soit un AESH individuel parce que l’enfant a un besoin soutenu.

Les AESH sont encore trop souvent à temps partiel, mal rémunérés et en CDD. Ce qui rend difficile leur fidélisation. Que faire ?

Sous le précédent quinquennat, 60 % AESH étaient en contrat aidé et leur contrat s’arrêtait au bout de 10 mois. Il n’y en a plus aucun sous ce statut aujourd’hui. Tous sont en CDD renouvelable une fois ou en CDI au sein de l’Education nationale. En moyenne, ceux qui exercent en primaire travaillent 24 heures, ceux qui sont affectés en collège, 30. Et la proportion de ceux qui travaillent à temps complet est en augmentation. Une grille indiciaire va être créée pour les AESH afin d’améliorer leur rémunération. Et à partir de cette rentrée, les AESH bénéficieront d’une formation d’adaptation à l’emploi de 60 heures.

La formation à « l’école inclusive » devient obligatoire cette année pour tous les nouveaux enseignants. Mais pourquoi ne pas la rendre aussi obligatoire pour tous les enseignants déjà en poste ?

Impossible d’obliger les enseignants à se former en cours de carrière, mais s’ils le souhaitent, des formations à l’école inclusive sont à leur disposition. Quant à la formation des nouveaux enseignants, c’est une grande avancée. Car ils auront tous 25 heures d’enseignement obligatoire sur le sujet.

De nouvelles classes « polyhandicap » vont ouvrir à cette rentrée, de quoi s’agit-il ?

Elles accueilleront des élèves polyhandicapés dans des établissements ordinaires, alors que ces enfants sont habituellement scolarisés en IME (institut médico-éducatif). Cela va leur permettra d’être visibles, de grandir au milieu des autres. Et cela contribuera à ce que les autres élèves acceptent mieux la grande différence. Les futures générations vont ainsi peu à peu changer leur regard sur le handicap.

Où en est la généralisation des équipes mobiles d’appui à la scolarité prenant en charge les élèves ayant des troubles du comportement, mais qui n’ont pas eu de diagnostic posé ?

Elles ont été généralisées à l’ensemble du territoire et il y en a plus d’une par département désormais. Et à cette rentrée, il y en aura 166 supplémentaires pour permettre l’intervention d’équipes pluridisciplinaires (par exemple un ergothérapeute ou un psychomotricien et un éducateur spécialisé ou un psychologue), afin qu’il n’y ait pas de rupture de parcours scolaire pour les enfants qui n’ont pas encore de dossier MDPH.

Bien souvent, les élèves en situation de handicap décrochent au moment du secondaire. Comment comptez-vous agir sur ce phénomène ?

C’est un vrai sujet. Un enfant doit pouvoir poursuivre en lycée Ulis (unités localisées pour l’inclusion scolaire) pro et en Ulis générale. Il n’y a pas de raison qu’un collégien qui a été scolarisé en milieu ordinaire, bifurque en IMPRO (Institut médico-professionnel). Nous y travaillons avec le ministre de l’Education nationale.

Vous avez été nommée secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées en 2017. De quoi êtes-vous la plus fière concernant la scolarisation des élèves handicapés ?

Depuis cinq ans, nous avons normalisé le chemin des élèves handicapés vers l’école. Il est perfectible, mais on regarde désormais les élèves handicapés comme des élèves en capacité d’apprendre avec les autres. On ne me pose plus la question du « pourquoi », mais du « comment ».

Source 20 MINUTES.

Déceptions après le comité interministériel du handicap…

Les associations sont loin d’avoir été convaincues par le comité interministériel du handicap, qui s’est tenu à Matignon le 5 juillet 2021.

Un appel à manifester en septembre a même été lancé.

Déceptions après le comité interministériel du handicap

 

En réaction à « l’obstination [du gouvernement] dans son refus de la déconjugalisation de l’AAH », APF France handicap appelle à une manifestation le 16 septembre. La déception des associations vis-à-vis des annonces du 5comité interministériel du handicap, qui s’est tenu le 5 juillet, se traduira dans la rue, à quelques mois des élections présidentielles.

« Plus que quelques mois pour une politique du handicap enfin à la hauteur des enjeux », interpelle APF France handicap dans un communiqué de presse. L’association déplore « fortement l’absence de dispositions ambitieuses pour l’effectivité des droits fondamentaux » et estime que « les mesures déjà mises en œuvre et celles à venir sont loin d’être suffisantes au regard des situations dramatiques vécues par les personnes en situation de handicap et leurs familles ».

Ainsi de la PCH dont trop de personnes sont exclues « du fait de critères d’éligibilité trop restrictifs et encore inadaptés », de la PCH « parentalité » « encore loin d’être opérationnelle et adaptée aux besoins des parents en situation de handicap » et des mesures pour l’emploi « à concrétiser ». APF France handicap reconnaît la prise en compte de la vie affective et sexuelle et demande d’autoriser la création de services d’accompagnement à la vie sexuelle en France. Idem pour l’habitat inclusif et la montée en puissance de l’aide à la vie partagée, une « bonne nouvelle », pour laquelle « la coconstruction avec les personnes comme avec les associations est indispensable ».

« Rendez-vous manqué »

L’Apajh regrette un « rendez-vous manqué » et égrène les sujets de mécontentement : pas d’amélioration du statut et de la formation des AESH, pas de déploiement à grande échelle des Pial intégrant les équipes mobiles d’appui à la scolarisation, pas de revalorisation de tous les professionnels du secteur social et médicosocial ni de réponses concrètes pour mieux accompagner les jeunes en situation de handicap confiés à l’aide sociale à l’enfance…

Surtout, l’Apajh se dit « consternée quant aux choix faits notamment sur la PCH dont de trop nombreuses personnes en situation de handicap mental ou psychique sont exclues, ou le déni de démocratie lorsque le gouvernement a fait le choix de l’obstruction avec un vote bloqué, interdisant le débat, ne permettant pas la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé, et de ce fait l’autonomie des personnes en situation de handicap ».

La transformation des Esat saluée

Cependant, les associations sont unanimes quant au plan de transformation des Esat. L’Apajh estime que ce sont des « mesures qui vont parfaitement dans le bon sens, d’autant plus qu’elles proviennent d’une réelle concertation menée avec les acteurs engagés ». Paralysie cérébrale France se félicite des « avancées positives qui concourent à la sécurisation et aux dynamiques des parcours professionnels des personnes en situation de handicap ». Tout en regrettant que le gouvernement n’ait « pas retenu sa proposition de plateforme de parcours rassemblant tous les acteurs favorisant/accompagnant l’emploi sur chaque bassin de vie ».

Alors que le comité des droits de l’ONU examinera en août la politique du handicap de la France et à quelques mois de la présidence française de l’Union européenne, les associations restent « attentives ». Rappelons qu’une réclamation collective pour violation des droits fondamentaux des personnes handicapées, portée par plusieurs d’entre elles (APF France handicap, Clapeaha, Fnath, Unafam, Unapei), sera examinée cet automne par le Conseil de l’Europe.

Source LA GAZETTE DES COMMUNES.

 

Rentrée 2021 : Quelles mesures sont prévues pour la scolarité des enfants handicapés ?…

EDUCATION – Le nombre d’accompagnants d’enfants en situation de handicap a beaucoup augmenté sous cette mandature, mais des soucis demeurent sur le terrain.

Rentrée 2021 : Quelles mesures sont prévues pour la scolarité des enfants handicapés ?

 

  • Autour de Jean Castex, une dizaine de ministres, mais aussi des représentants d’associations, se sont réunis ce lundi pour le 5e comité interministériel du handicap (CIH) de cette mandature.
  • L’occasion d’aborder les conditions de la rentrée scolaire pour les enfants concernés.
  • Le gouvernement se félicite d’avancées sur les recrutements d’accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) et sur la formation des enseignants dans ce domaine, mais les associations en demandent davantage.

« Va-t-il trouver sa place à l’école ? », « Sera-t-il aidé au quotidien ? »… Telles sont les questions que se posent les parents d’élèves en situation de handicap à chaque rentrée. La scolarisation de ces enfants a été abordée ce lundi, une dizaine de ministres s’étant réunis à Matignon autour de Jean Castex, pour le 5e comité interministériel du  handicap (CIH) de cette mandature.

En septembre, plus de 400.000 élèves en situation de handicap seront scolarisés. Et ils disposeront de 125.500 accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), puisque 4.000 supplémentaires seront recrutés. Un chiffre dont se félicite le ministère de l’Education, soulignant que leur nombre a augmenté de 35 % entre 2017 et 2021. Mais selon Nicolas Eglin, président de la Fédération nationale des associations au service des élèves présentant une situation de handicap (Fnaseph), cette hausse des AESH ne se perçoit pas toujours sur le terrain : « Les notifications des maisons départementales des personnes handicapées [courriers qui spécifient le nombre d’heures d’accompagnement auxquelles l’élève à droit] ne sont pas toujours respectées. Car les AESH sont parfois en arrêt maladie et de nouvelles demandes d’accompagnement d’élèves tombent tout au long de l’année ».

Le nombre d’heures d’accompagnement encore trop variable

Même son de cloche chez Arnaud de Broca, président du Collectif HandicapS, qui représente 49 associations : « On peut saluer l’effort inédit, mais la scolarisation reste encore un leurre pour des enfants handicapés à chaque rentrée », souligne-t-il. « Certains feront encore leur rentrée en décalé, faute d’accompagnant », anticipe aussi Jean-Louis Garcia, président de la fédération APAJH (Association pour adultes et jeunes handicapés). Pour Caroline Boudet, mère de Louise, porteuse de trisomie 21*, le compte n’y est pas non plus : « Nous aimerions réellement comprendre pourquoi le nombre d’heures d’aide humaine pour les élèves avec un même handicap peut différer énormément entre départements – ce que tous les parents concernés savent très bien ».

Et si les AESH ont changé de statut – ils sont passés de contrats aidés à des CDD de trois ans renouvelables une fois et transformables en CDI –, seulement 5 % sont pour l’heure en CDI. Leur rémunération est toujours peu attractive, ce qui ne permet pas toujours de les fidéliser. Quant aux Pial (Pôle inclusif d’accompagnement localisé), qui organisent le travail des AESH pour les répartir en fonction des besoins et des emplois du temps des élèves concernés, ils vont encore être développés. Mais ne font pas l’unanimité. « Leur fonctionnement est très disparate. Nous plaidons pour qu’ils soient à taille humaine et qu’ils ne gèrent qu’une trentaine d’AESH », indique Nicolas Eglin.

Un effort de formation qui reste à confirmer

Pour le gouvernement, le mois de septembre devrait signer une autre amélioration : à partir de la rentrée, « tous les nouveaux enseignants seront systématiquement formés à l’école inclusive (soit un module de 25 heures) », a rappelé Jean-Michel Blanquer. Par ailleurs, une formation de 60 heures est prévue pour tous les nouveaux AESH, et les enseignants déjà en poste pourront, comme chaque année, être formés à cette thématique. Selon le ministère, le nombre de stages de formation continue sur la scolarisation des élèves handicapés a d’ailleurs été multiplié par deux et demi depuis 2017.

Un effort qui est tout de même à tempérer, selon Caroline Boudet : « Les mentalités n’évoluent pas aussi vite que les discours officiels. En ce qui concerne notre fille, par exemple, qui est seulement en grande section de maternelle, on a déjà pu ressentir une forte pression pour l’orienter en milieu spécialisé, alors même que nous envisageons un dispositif de scolarisation en Ulis ». Nicolas Eglin reste également prudent : « Certaines formations dispensées aux AESH ne sont pas toujours de qualité. Et il va falloir être vigilant sur le contenu de la formation proposée par les Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) aux nouveaux enseignants. Quant à la formation continue, il faudrait imposer un minimum d’heures consacrées à l’école inclusive et non attendre que ce soit l’enseignant qui en fasse la demande ». Car cette rentrée encore des enseignants se retrouveront devant des élèves en situation de handicap, sans savoir comment les accompagner au mieux.

Source 20 MINUTES.

De Grabels à la Tour Eiffel, une maman et son âne vont traverser la France pour parler de l’autisme…

Parties de Grabels vendredi 2 juillet, Alizée Casail et son ânesse Clémentine vont parcourir plus de 800 kilomètres.

Loin d’une promenade de santé, la mère de famille veut faire de cette épopée un acte politique en faveur de l’autisme.

Grabels - Tour Eiffel : une maman et son âne vont traverser la France pour parler de l'autisme

 

On pourrait croire à un remake d’Antoinette dans les Cévennes, sauf qu’Antoinette s’appelle Alizée, et qu’elle ne court pas après l’amour, mais vers une meilleure prise en charge de son fils, autiste. Dans le rôle principal de la maman, il y a donc Alizée Casail, ex-monitrice d’équitation devenue assistante auprès d’élèves en situation de handicap (AESH). Sa vie, et celle du père de ses enfants, basculent lorsque que leur cadet, Mathieu, est diagnostiqué autiste à 2 ans.

Commence alors un parcours du combattant pour donner à son fils les meilleures chances de vivre le plus normalement possible. Mathieu a aujourd’hui 11 ans, il a déjà franchi de nombreux obstacles au prix d’importants efforts et de sacrifices pour ses parents.

Pour mettre en valeur ce travail accompli et alerter les autorités sur la nécessité de mieux encadrer les enfants atteints de troubles autistiques, Alizée Casail a donc décidé de se rendre à Paris. Mais plutôt que d’aller rencontrer un parlementaire en TGV, c’est avec une ânesse qu’elle va parcourir les 850 kilomètres qui séparent sa ville, Grabels, de la Tour Eiffel.

Le top départ de la première étape a été donné le vendredi 2 juillet au matin, devant l’école primaire Pierre Soulages de Grabels. L’objectif est d’atteindre le cœur de Paris le 26 août prochain. Après deux ans de préparation, les premiers pas sont donc chargés en émotions pour Alizée Casail :

« Je suis très émue car je me dis que le chemin est encore long, mais en même temps ce départ est un aboutissement. »

Top départ pour Alizée Casail et son ânesse Clémentine

Dans les sacoches endossées par Clémentine, l’ânesse, un carnet servira à Alizée Casail de recueil de témoignages. Elle y consignera également les bonnes idées glanées auprès des familles touchées par l’autisme : « J’espère que notre cahier de doléances sera bien plein et que j’aurais plein d’idées à partager au gouvernement. » A minima, l’Héraultaise espère être reçue dans un ministère « ne serait-ce que pour parler de ce que c’est que l’autisme au quotidien ».

« Suivre la route tracée par Mathieu »

Regard furtif dans le rétroviseur. Lorsque Mathieu a 4 ans, un médecin spécialiste de l’autisme indique à ses parents qu’il « ne parlera sans doute jamais ». Une « sidération » pour Alizée Casail qui a toujours eu à cœur de « prendre les choses comme elles viennent ».

Suite à cette rude nouvelle, la famille redouble d’efforts pour aider Mathieu. Le petit garçon enchaîne ainsi les séances chez l’orthophoniste, l’ergothérapeute et le psychomotricien. Des rendez-vous qui reviennent cher pour ce foyer aux revenus modestes. A tel point qu’Alizée se résout finalement à vendre sa maison. Et pour être disponible pour Mathieu, elle change également de métier. Ce qui lui importe, raconte-t-elle, c’est de « suivre la route tracée par Mathieu ». De se mettre à sa portée en quelque sorte.

Mathieu, 11 ans, a reçu le soutien de plusieurs personnalités à l'instar de l'équipe de France de volley

Un engagement du quotidien, qui pèse sur tous les membres de la famille. D’autant plus que les démarches administratives sont longues et fastidieuses. Malgré de multiples dossiers, « Mathieu n’a toujours pas obtenu sa notification MDPH », soupire Alizée Casail, inquiète car son fils entre au collège en septembre. Or, les recommandations de la Maison départementale des personnes handicapées déterminent les aménagements et moyens humains mis à la disposition de Mathieu dans sa future scolarité.

A travers son épopée, Alizée Casail tient donc à mettre en valeur le combat de Mathieu et le sien. Son fils n’étant pas éligible à une des (rares) places en centre spécialisé, il a été scolarisé dans une école ordinaire. Très tôt, il a donc fait face aux regards des autres et au poids de la différence.

Si Mathieu ne marchera pas sur l’intégralité du parcours, il retrouvera régulièrement sa maman afin de témoigner. Parmi ses victoires sur la vie, il a par exemple à cœur de raconter que : « Quand j’étais petit, je ne pouvais rien faire. On a diagnostiqué que je ne parlerai pas. Je me suis battu et j’ai réussi. Et pour ça, je tiens vraiment à remercier mes parents. »

La première rencontre avec les CE1 de l’école primaire Pierre Soulages a en tout cas porté ses fruits, à entendre Anna : « On n’est pas tous pareils. Il ne faut pas se moquer de l’apparence d’un autre et il ne faut pas rigoler s’il a un problème. » Un regard bienveillant qui découle également d’un travail pédagogique de fond, mené dans cette classe, sur la tolérance.

Des revendications

Si le premier objectif de cette marche est donc de faire tomber des préjugés sur l’autisme, le second est en revanche de montrer les manquements du système français dans la prise en charge de ce handicap invisible. Pour Sylvie Casail, la grand-mère de Mathieu, il est notamment essentiel que toutes les consultations paramédicales soient remboursées par la sécurité sociale.

Autre volet, la tendance à la mutualisation des AESH, ces personnels qui aident l’enfant handicapé dans sa scolarité. Selon Alizée Casail, ces aidants constituent « un repère » pour l’enfant. En changer en permanence « nuirait beaucoup » à son accompagnement. Tout au long de leur aventure, Alizée Casail et Clémentine tiennent en outre une cagnotte en ligne. La moitié des fonds récoltés sera reversée à l’association Autisme France à l’issue du périple. Et pour suivre leur progression, rendez-vous est donné sur les réseaux sociaux.

Source FRANCE BLEU.

Handicap : Des progrès « inédits » mais pas perçus par le terrain…

« On a des progrès inédits. Mais sur le terrain, la perception de certaines situations reste mitigée ».

Présentant le 23 juin son rapport sur la mise en oeuvre des recommandations de la commission d’enquête sur l’inclusion des élèves handicapés dans l’école et l’université, la députée Jacqueline Dubois (LREM) a vanté les progrès faits mais sans cacher tout ce qui va mal.

Handicap : Des progrès "inédits" mais pas perçus par le terrain...

 

Et ce qui va mal c’est le terrain, qu’il s’agisse du statut des AESH, de leur gestion, des places en ULIS ou de la prise en compte des élèves handicapés pour la DHG ou pour le travail des enseignants. L’écart est manifeste entre les intentions déclarées, les textes et leur application concrète. Cerise sur la gâteau : faute de professionnaliser les AESH, la député LREM Cécile Rilhac propose de leur confier le suivi des enfants ayant des problématiques familiales et sociales…

16 ans après la loi de 2005

Sans aucun doute l’école inclusive c’est la passion de Jacqueline Dubois. Ancienne professeure spécialisée, elle a présidé la commission d’enquête sur l’inclusion des élèves handicapés 14 ans après la loi de 2005 qui a donné lieu au rapport de Sébastien Jumel (PCF) en 2019. Ce 23 juin 2021, il s’agit de voir quelles propositions du rapport Jumel sont réellement appliquées deux ans plus tard.

Le rapport Jumel avait pointé d’importantes insuffisances dans la mise en place de la loi de 2005. D’abord le simple fait que l’éducation nationale soit incapable de chiffrer le nombre d’élèves handicapés et l’écart important entre le nombre d’élèves handicapés scolarisés dans le primaire et le secondaire.

Il avait soulevé aussi la question du nombre, du statut et de la rémunération des AESH. Son rapport faisait 57 recommandations. Parmi celles ci : avoir des statistique sur les élèves handicapés, prendre en compte ces élèves dans le calcul de la DGH et dans le temps de travail des enseignants, augmenter le nombre de places en ULIS, améliorer le statut des AESH et leur gestion, former les enseignants, améliorer la médecine scolaire, relancer les rased.

Des évaluations positives…

Pour Jacqueline Dubois, sur les 57 recommandations du rapport Jumel, « les trois quarts sont soit mises en oeuvre, soit encours, soit partiellement mises en oeuvre ». Elle souligne des progrès qualitatifs dans la diversification des accueils et l’attention portée aux enfants et leur famille et parle « de progrès inédits ». « On a franchi le gué mais des efforts restent à accomplir pour que chaque élève puisse accéder à l’école et y faire un parcours épanouissant ».

Cette évaluation très positive est immédiatement compensée par un constat que tous ceux qui s’intéressent à la question ont fait : » sur le terrain, la perception de certaines situations reste mitigée. Il est donc illusoire de croire que toutes les difficultés sont résolues ».

Qu’est ce qui a vraiment évolué ? Sur le pilotage « 90% des recommandations sont mises en oeuvre ou encours » dit J Dubois. Effectivement des comités nationaux de pilotage ont été mis en place et les MDPH réformées. Mais rien n’a changé pour les données statistiques sur les élèves handicapés, l’éducation nationale étant incapable de donner des données complètes.

Sur la scolarisation en milieu ordinaire : « 80% des propositions sont mises en oeuvre »sur la simplification des parcours estime J Dubois. Elle cite l’entretien d’accueil,le livret parcours inclusif, et , plus concret, le décret sur l’aménagement des examens qui veut que l’élève handicapé puisse retrouver l’environnement qu’il utilise toute l’année le jour de l’examen.

Sur la formation des enseignants , elle dresse « un constat positif » suite à la réforme du Cappei, accessible maintenant par la VAE et allégé, parce que cela évite de nommer des enseignants pas formés du tout sur des postes d’enseignant spécialisé. Parce que pour le reste des formations continues « le plan de formation est élaboré mais en pratique pas explicité ».

Que les classes ne voient pas…

Cela nous permet d’aborder tous les points ou aucun progrès, ou très peu, ont été faits. Pour J Dubois ils pèsent peu. Mais pour les enseignants , les élèves et leur famille, ils pèsent terriblement lourds. Ce sont ceux du terrain.

Sur le terrain, parmi les mesures phares du rapport Jumel, il y avait la prise en charge réelle par l’éducation nationale des élèves handicapés dans le travail des enseignants. Le rapport demandait que les élèves handicaps soient pris en compte pour la calcul de la DHG et que les enseignants aient un temps de concertation pris sur leur temps de travail en fonction du nombre d’élèves handicapés.

« Les recommandations sur l’inclusion dans le temps de service ne sont pas assez suivies », dit pudiquement J Dubois. Quand à la prise en compte pour le calcul de la DHG « en fait cela dépend des départements » dit J Dubois. Compte tenu du manque d’enseignants , comme rien ne leur est imposé, on est très loin du compte. Et la présence d’un nombre important d’élèves handicapés dans des classes déjà chargées devient  souvent souffrance pour les enseignants et ces élèves.

Et les AESH non plus

Sur le terrain, le sort des AESH reste scandaleux. « Le constat est mitigé, les recommandations pas toutes mises en oeuvre », estime J Dubois qui évoque « une réflexion sur la reconnaissance du métier » mais « une revalorisation salariale et l’amélioration des  contrats à revoir ».

Si des contrats plus solides ont remplacé les différents types de contrats sociaux qui régissaient les AESH, leur rémunération reste très faible, en dessous du seuil de pauvreté. Leur gestion s’est largement dégradée avec la mise en place des PIAL. Cette gestion collective des moyens conduit à réduire le temps de suivi de chaque enfant et à multiplier le nombre d’enfants pris en compte par chaque AESH et parfois sur des territoires géographiques vastes.

Cette dégradation de leur condition de travail pour un salaire très faible génère de nombreuses démissions qui annulent la « professionnalisation » claironnée.

Une députée cite en exemple les Bouches du Rhône où le Dasen a publié une circulaire limitant à 5 heures hebdomadaires maximum le temps d’accompagnement pour chaque élève. Pour J Dubois c’est « un dérapage qui n’est pas admissible ». Mais le Dasen suit une circulaire qui recommande une moyenne de 8 heures. Certains AESH se retrouvent avec 12 élèves.

Remplacer les éducateurs spécialisés par les AESH ?

C’est dans ce contexte que la députée LREM Cécile Rilhac fait une proposition que les éducateurs spécialisés apprécieront : « dans le cadre du volume horaire des AESH ne serait-il pas possible que les AESH participent à l’éducation spécialisée de certains enfants », ces enfants étant « ceux qui ont des problématiques familiales et sociales ». Un nouveau gisement d’économies et de postes semble prêt à s’ouvrir rue de Grenelle.

Pour J Dubois, le gouvernement a du mérite car « y a une hausse constante des notifications de handicap ». Effectivement depuis 2005, le nombre connu d’élèves handicapés a été multiplié par plus de trois. J Dubois parle « d’un puits sans fond ». Mais c’est aussi une façon de gérer l’Education nationale en médicalisant les problèmes scolaires.

On calme les familles par des aménagements qui les poussent à déclarer leur enfant plutôt qu’affronter les problèmes de l’Ecole qui sont pédagogiques mais aussi des problèmes de société. Aujourd’hui il vaut mieux des AESH sous payés que des Rased. Demain il vaudra mieux des AESH sous payés que des éducateurs spécialisés.

Source LE CAFE PEDAGOGIQUE.

Handicap. 40 à 60 millions pour revaloriser le salaire des accompagnants scolaires…

Les AESH gagneraient entre 27 € et 41 € de plus chaque mois, propose le ministère de l’Éducation nationale, dans la foulée du Grenelle de l’Éducation.

Une « première étape » pour la CFDT.

Un accompagnant d’élèves en situation de handicap ( AESH ) auprès d’un élève handicapé.

Mobilisés depuis des mois pour obtenir une meilleure reconnaissance de leur travail, les 121 000 accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) semblent avoir été entendus par le ministère de l’Éducation nationale.

Actuellement, ces agents, la plupart du temps en CDD, interviennent en classe en concertation avec l’enseignant pour aider les élèves à écrire ou manipuler le matériel travaillent en général 24 heures de travail, pour un salaire moyen de 800 €, ce qui les place en dessous du seuil de pauvreté (855 €, selon l’Insee).

« Une première marche »

Lors d’une réunion avec les syndicats, organisée mardi 16 juin dans la foulée du Grenelle de l’Éducation, le ministère a annoncé qu’il entendait débloquer une enveloppe de 40 à 60 millions d’euros ​pour revaloriser leurs salaires.

Si la totalité de l’enveloppe budgétaire alimentait cette grille, les AESH gagneraient de 27 à 41 € de plus par mois. Il s’agirait là d’une première étape de revalorisation, celle de 2022​, se félicite le Sgen-CDFT. Pour le syndicat, cette première marche doit toutefois absolument être suivie d’autres mesures et actée sur plusieurs années​.

Augmenter le temps de travail

Les syndicats réclamaient également le statut de fonctionnaire de catégorie B pour les AESH. Le ministère ne semble pas vouloir satisfaire cette revendication. Le groupe de travail, qui doit se réunir dans les quinze jours, a fait plusieurs propositions pour augmenter le temps de travail des AESH : intervention au sein des accueils collectifs de mineurs (ACM) en tant qu’animateurs ou directeurs, des services de restauration ou périscolaires.

Source OUEST FRANCE.

« Nous sommes méprisés » : les accompagnants d’élèves handicapés en grève…

Manque de reconnaissance, précarité, suivi décousu des élèves, les accompagnants d’élèves en situation de handicap sont à bout.

Pour redorer l’image d’une profession qui peine à susciter des vocations, les grévistes réclament une hausse de salaire, des formations et un suivi plus individualisé des élèves.

Mobilisés le 11 février et le 8 avril, les AESH manifestent à nouveau leur mécontentement ce jeudi 3 juin.

 

L’intersyndicale nationale CGT Éduc’action, FNEC-FP-FO, FSU, SNALC, SNCL-FAEN, SUD éducation, appelle à une nouvelle mobilisation ce jeudi. C’est la troisième journée de grève des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) depuis le début de l’année. Ces personnels, 110 000 au total, soit 10 % des agents de l’Education nationale, réclament une hausse de salaire, un « véritable statut de la Fonction publique » et une amélioration de leurs conditions de travail.

En 2017, Emmanuel Macron promettait une école « plus inclusive » en donnant un accès à « un auxiliaire de vie scolaire à tous les enfants qui ont besoin pour avoir une scolarité comme les autres ». Mais les efforts n’ont pas été suffisants en matière de recrutement.

D’autant que le nombre d’enfants en situation de handicap dans les établissements scolaires augmente. Il a même triplé depuis la mise en œuvre de la loi de 2005 sur l’égalité des chances en faveur des personnes handicapées, atteignant 385 000 élèves accueillis. En conséquence, 35 000 élèves handicapés n’ont pas d’AESH au sein de l’éducation nationale, selon le collectif citoyen handicap.

Des contrats précaires… sans grande perspective d’évolution

La difficulté à recruter des AESH ne surprend pas Anne Falciola qui exerce ce métier depuis 13 ans. « Le métier n’est pas attractif », affirme la représentante syndicale à la CGT Éduc’action qui a démarré en 2006, en contrat aidé. A l’époque, « on nous promettait une professionnalisation rapide avec une possibilité de carrière, mais aujourd’hui on est toujours précaire et on n’a toujours pas de statut », déplore-t-elle.

Elle a obtenu un CDI en 2018, « mais sur ma fiche de paye, j’ai eu une augmentation de seulement 4,5 euros », se souvient Anne Falciola, amère. Au bout de « tant d’années d’expérience, j’ai un salaire de 854 euros par mois pour 26 heures d’accompagnement par semaine », s’indigne-t-elle. Un faible salaire qui la contraint à cumuler les emplois, en réalisant du soutien scolaire.

Une formation insuffisante

« Zéro reconnaissance, nous sommes méprisés, malgré les compétences acquises dans un métier qui mériterait de véritables formations », juge Anne Falciola. La formation initiale ne dure que deux semaines et elle se déroule « après la première prise de poste ». « On jette les AESH dans les classes sans formation », estime l’accompagnante qui a payé de sa poche une formation pour suivre des élèves autistes.

Lindsey Barlet, AESH depuis 2008, s’est aussi sentie « livrée à [elle]-même ». « La formation n’est pas très concrète, plutôt théorique, on n’approfondit pas les différents handicaps auxquels on sera confrontés », décrit-elle. Elle s’est elle aussi formée en autodidacte à l’accompagnement d’élèves autistes, « en lisant des livres et en participant à des réunions ».

Un suivi décousu des élèves

Pour 950 euros par mois en réalisant 30 heures par semaine, Lindsey Barlet ne se ménage pas. Elle suit actuellement quatre lycéens. En école élémentaire, il lui est arrivé d’en suivre jusqu’à six. Elle s’inquiète du nombre croissant d’élèves qu’elle sera amenée à accompagner, avec la mise en place progressive des « pôles inclusifs d’accompagnement localisés » (Pial), depuis 2019.

Avec la réorganisation en Pial, les AESH ne sont plus affectés auprès d’élèves, mais à de secteurs, où il peuvent exercer dans plusieurs établissements et auprès de plusieurs élèves. « On va intervenir sur un périmètre pour combler les demandes d’école en école, ce qui va amener à réduire le nombre d’heures d’accompagnement des élèves », projette Lindsey Barlet.

« On nous dit qu’ils peuvent être aidés à temps partiel, mais le handicap, lui, est à temps plein. »

L’objectif étant d’accompagner le plus d’élèves handicapés possible, le nombre d’heures consacrées à chacun d’eux diminue, en raison de la pénurie de personnels. En une semaine, Nicolas Martinot, AESH depuis 11 ans, suit six collégiens. L’un de ces élèves alterne entre trois accompagnants différents dans son établissement. « Je ne le vois que deux heures toutes les trois semaines », regrette-t-il.

Le fils de Natacha, 9 ans, a subi les conséquences de la réorganisation des emplois du temps des AESH. L’élève de CM2, autiste, est aidé depuis plusieurs années à temps plein par une accompagnante, avec laquelle il a « tissé des liens très forts ». Mais depuis novembre 2020, elle ne peut lui consacrer qu’un temps partiel dans la classe.

Résultat : « Il a eu une énorme perte de compétences, souligne Natacha, il n’arrive plus à se défendre face à l’environnement de la classe, le bruit… Il passe ses journées dans le couloir ». Le risque pour elle, c’est de perdre tous les progrès que son fils a réalisés « depuis la grande section ». La mère de famille n’a pas l’intention de renoncer. Elle a déposé un référé au tribunal pour obtenir le rétablissement de son accompagnement à plein temps, car « on nous dit qu’ils peuvent être aidés à temps partiel, mais le handicap, lui, est à temps plein ».

Source FRANCE INTER.

 

Handicap à l’école : des parents d’élèves veulent attaquer l’État pour manque de prise en charge de leurs enfants…

Une dizaine de parents d’enfants handicapés d’une école de Plan-de-Cuques (Bouches-du-Rhône) se mobilise pour créer un collectif et engager une procédure judiciaire contre l’État.

Ils déplorent le manque de personnel exerçant des missions d’accompagnement d’élèves en situation de handicap (AESH).

Illustration. L'accompagnement scolaire des enfants ayant un handicap, un casse-tête pour les parents faute d'auxiliaires de vie scolaire.

 

« J’ai gardé mon fils à la maison jusqu’au mois de novembre ». Anissa est maman de deux enfants handicapés, un garçon en maternelle et une fille à l’école primaire. Tous deux sont scolarisés à Marseille et bénéficient d’un accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH).

Après la rentrée scolaire en septembre, ses enfants ont dû être déscolarisés. Leur auxiliaire de vie était en arrêt maladie mais il n’a pas été remplacé. « Si cet AESH a été notifié ce n’est pas pour rien, l’enfant est pénalisé. Ma fille elle a besoin qu’on écrive à sa place. Et au final, c’est moi qui est dû faire l’AESH », raconte Anissa.

Pour son fils, c’est finalement un accompagnant de l’école primaire qui remplace le poste manquant de l’école maternelle.

Mais pour sa fille, aucune solution. Anissa ne peut pas se contenter de cette réponse, elle engage une procédure judiciaire avec un avocat et ouvre un dossier avec un défenseur des droits.  Elle obtient gain de cause. Le 4 mai, un recrutement est fait, sa fille a un nouveau une accompagnante.

De cette histoire, Anissa  en ressort « fatiguée, épuisée et dégoutée ». Puis elle ajoute, « personne ne peut rien faire, l’Éducation nationale est intouchable, on se trouve seule avec les difficultés de nos enfants et c’est horrible. »

Un cas parmi tant d’autres

À la rentrée scolaire, Séverine Gil, présidente de l’association des parents d’élèves MPE13, a reçu des centaines d’e-mails et d’appels de parents d’élèves, comme Anissa, mais aussi des enseignants désespérés de devoir gérer seuls des élèves handicapés.

Laetitia, maman de deux enfants autistes et elle est aussi membre de l’association MPE13. Ses enfants bénéficient de 18h d’accompagnement individuel mais dans les faits, ils réalisent seulement 12h de présence à l’école, faute de personnels.

Laetitia et dix autres parents d’élèves de cette même école à Plan-de-Cuques ont décidé de monter au créneau et d’organiser une action en justice collective contre l’État et l’Éducation nationale. « On est encore en pleine organisation, le but est d’élargir ce groupe et de toucher le plus de personnes possible. »

Aucune réponse des représentants de l’État

« On a exprimé nos inquiétudes dès la rentrée en septembre, au directeur de l’Académie et nous n’avons pas eu de retour, on a écrit un deuxième courrier en novembre, pas de réponse »,  affirme Luce Nocera de l’association DFD13, qui représente les personnes atteintes de dyspraxie, une forme de handicap.

Après des négociations acharnées, 130 postes d’AESH ont été ouverts dans le département des Bouches-du-rhône, un nombre insuffisant selon une AESH marseillaise : « De plus en plus d’enfants ont la notification de la maison départementale du handicap, mais il n’y a toujours pas assez de recrutements. »

Le 3 juin prochain, les AESH organisent une grève intersyndicale pour exiger une revalorisation de leur salaire et plus de moyens et de temps pour s’occuper des jeunes handicapés.

L’école plus que jamais inclusive selon l’Éducation nationale

Réuni en novembre sous la présidence, de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, et Sophie Cluzel, la secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargée des personnes handicapées, le comité national de suivi de l’école inclusive n’a pas tout-à-fait la même lecture du suivi des enfants scolarisés.

Selon lui, le nombre d’enfants scolarisés en milieu ordinaire a augmenté à la rentrée 2020, à près de 385.000, contre 361.200 à la rentrée 2019, soit une progression de 7%.

Parmi eux, 220.000 enfants bénéficient d’une aide humaine à la rentrée 2020, soit une hausse de 18% sur un an. Ces enfants accompagnés étaient à peine 25.000 en 2006.

Du côté des enseignants, les objectifs sont de former au moins 4.000 enseignants par an en stages d' »adaptation scolaire et scolarisation des élèves handicapés » à compter de la rentrée 2021, précise le comité.

Source FR3.

Haute-Vienne : la famille d’une élève dyslexique dans l’incompréhension…

Une mère de famille de Haute-Vienne, dont la fille de 15 ans bénéficie d’aménagements durant l’année scolaire justifiés par son handicap, ne comprend pas pourquoi ils lui sont en partie retirés pour le brevet des collèges.

Une situation déstabilisante, qui est loin d’être unique.

Les 28 et 29 juin 2021, 7675 collégiens du Limousin vont passer le brevet des collèges

 

Quand Delphine a reçu la notification du rectorat, ça a été la douche froide. Sa fille est scolarisée en classe ULIS, (Unité localisée pour l’inclusion scolaire) au collège Maurice Genevoix de Couzeix. Elle profite donc d’un enseignement adapté à son handicap, la dyslexie.

Une scolarité adaptée

Tout au long de l’année, la collégienne bénéficie d’aides particulières, comme la présence d’un AESH, commun aux élèves qui ont les mêmes besoins. Cet AESH (accompagnant des élèves en situations de handicap) lit les consignes des exercices, prend les cours en note. Sa présence est également indispensable pendant les DS, les devoirs surveillés en classe.

Car les élèves « dys » ont besoin de temps, ont parfois du mal à écrire et se fatiguent rapidement à cause de l’effort de concentration que leur demandent les cours.

Pour ne pas pénaliser les élèves handicapés lors des examens, le code de l’éducation (articles D. 351-27 à D. 351-32) prévoit un certain nombre d’aménagements.

La fille de Delphine va ainsi bénéficier de temps supplémentaire, utile pour se relire, c’est ce que l’on appelle le tiers temps. La dictée sera également adaptée, et les énoncés des épreuves seront écrits en gros.

Incompréhension

Mais ce que Delphine a du mal à comprendre, c’est que la présence du lecteur-scripteur a été refusée par le médecin scolaire. Alors que le handicap de sa fille a été jugé comme « sévère », puisqu’il lui a permis d’intégrer une classe ULIS.

« Ma fille a toujours travaillé avec cette aide, et on lui refuse le jour du brevet », s’insurge Delphine, « je ne m’explique pas pour quelle raison elle n’y a pas droit, d’autant que cette décision n’est accompagnée d’aucune motivation écrite. »

« Ma fille a consenti beaucoup de sacrifices, aujourd’hui, elle est découragée »

Delphine, mère d’une collégienne dyslexique

Une décision qui a découragé sa fille. « Elle se lève tous les jours à 6H50 et rentre le soir à 18H20 car le collège est loin de chez nous. Elle a quitté toutes ses amies pour bénéficier du meilleur enseignement pour elle, c’est beaucoup de sacrifices, et aujourd’hui, elle se demande si elle va passer son brevet, car ce sera très dur pour elle sans cette aide,  » déplore la mère de famille.

Par ailleurs, Delphine a appris que certains élèves avaient obtenu cet aménagement, elle a donc encore plus de mal, sans explication, à comprendre pourquoi il a été refusé à sa fille.

Après le choc de l’annonce, Delphine a repris son bâton de pèlerin, afin de trouver une solution. Elle a sollicité le médiateur de l’Education nationale « il nous a dit ne rien pouvoir pour nous« . Elle a donc représenté un dossier pour un recours, en espérant que cette fois, ça passe. « Nous aurons peut-être une réponse positive, mais pour le moment, nous sommes dans l’incertitude, et le brevet, c’est à la fin du mois de juin. »

Pas un cas isolé

L’injustice ressentie par Delphine n’est pas un cas isolé. Dans le même collège, une autre élève également scolarisée en ULIS, en raison de sa dyspraxie, des difficultés de coordination motrice, s’est vue refuser la présence d’une aide pour lire les énoncés et l’aider à les comprendre. Elle bénéficie pourtant de ce soutien depuis le CE1, et il figure dans son PPS, le projet personnalisé de scolarisation, mis en place en raison de son handicap.

« Ca provoque une véritable anxiété chez ma fille », indique son père, « ça la stresse pour le brevet« . D’autant que les solutions qui s’offrent à lui pour tenter d’y remédier prennent du temps « on peut saisir le défenseur des droits, le médiateur de l’éducation nationale ou le tribunal administratif », explique-t-il, sauf que le brevet commence le 28 juin.

Incohérence…

Dans un rapport de l’IGAENR, l’inspection générale de l’administration et de l’education nationale et de la recherche de 2017, l’absence de cohérence entre les mesures accordées pendant la scolarité et les aménagements décidés pour l’examen sont soulignées « La continuité entre les mesures d’aménagements prises pendant la scolarité de l’élève et celles qui sont décidées lors de l’examen constitue une difficulté majeure du système d’AE (aménagement examen). Le médiateur de l’Education Nationale est saisi chaque année par des parents d’élèves qui apprennent que les aménagements obtenus pendant la scolarité ne seront pas appliqués lors de l’examen. »

« La réglementation dans ce domaine n’impose aucune continuité entre les deux types de dispositifs » : comme le rappelle le médiateur de l’éducation nationale. « Le choix a été fait de ne pas lier l’attribution d’AE aux mesures prononcées lors de la scolarité. C’est un facteur de complexité du système mis en place et de désillusion pour les familles mais aussi et surtout un facteur d’échec et donc d’incompréhension des familles ».

… et désillusion

Et cette incompréhension, la FFDys, la fédération française des dys, la constate cette année encore. « On peut ainsi s’étonner du nombre important de jeunes qui se voient refuser des aménagements aux examens alors qu’ils ont bénéficié d’adaptations sur le temps scolaire tout au long de l’année« . La fédération souligne le stress que cette situation provoque chez les jeunes concernés et dans leur famille, avant de rappeler « Elle ne correspond pas à l’esprit de loi de 2005, à celle de 2013 sur la refondation de l’école qui prônent la non-discrimination et l’égalité des chances dans une école inclusive ».

La FFDys s’insurge également face à ce que vivent les élèves de Couzeix et leur famille et rappelle que ce n’est pas la première fois « en 2019 déjà, c’était le cas. Nous avons dû nous battre auprès des familles et l’affaire est remontée jusqu’à la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées », se souvient Nathalie Groh, de la FFDys. « Elles ont eu gain de cause, quatre jours seulement avant le brevet. »

Source FR3.