“Le handicap doit entrer dans le droit commun” : portrait de Damien Abad, premier (et seul) député handicapé…

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Il est le seul parlementaire en situation de handicap.

Damien Abad, bientôt 40 ans, président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, se bat pour un monde politique plus inclusif.

Quinze ans après la loi Handicap, le chantier reste colossal.

Damien Abad dans l’hémicycle en octobre 2012

Nous le rencontrons dans son bureau, à l’Assemblée nationale. Le jeune président du groupe LR, récemment nommé, nous reçoit entre deux interventions à la télévision. Très sollicité sur la réforme des retraites, il a pourtant accepté de bonne grâce de prendre quelques minutes pour parler de son handicap, une arthrogrypose, maladie congénitale qui bloque ses articulations et crée une atrophie musculaire.

Un handicap qui ne l’empêche pas de mener une carrière politique éclair. Élu au Parlement européen en 2009, il est à l’époque le plus jeune député français. Il rejoint ensuite l’Assemblée nationale en 2012. Réélu en 2017, il devient en 2019 le plus jeune des présidents de groupe. Seul parlementaire en situation de handicap, le premier de toute la Ve république.

“Vous savez, déjà, vivre avec un handicap, c’est complexe. Et la vie politique française est rude”, explique Damien Abad. “Alors, forcément, les personnes handicapées ont tendance à se mettre des barrières et à ne pas franchir le pas, compte tenu de la dureté politique. Je pense que c’est le rôle des partis politiques, le rôle du gouvernement, que de faire un recensement clair des personnes handicapées engagées en politique, et ensuite de les attirer. Aujourd’hui, force est de constater que le handicap est le grand absent des institutions, des partis politiques et du Parlement.”

“Une vie comme les autres”

Damien Abad, lui, a franchi le pas. Grâce à une famille très présente, une scolarité normale, le sport (“ping pong et football”), le jeune passionné de politique renverse une à une les barrières. Faisant l’éloge de la différence, lui qui, enfant, ne supportait pas la pitié. “Dans les manèges, ce que je détestais, c’est qu’on me donne le pompon, je voulais l’attraper tout seul. Une personne handicapée ne veut pas susciter de la compassion. Elle attend de la dignité, elle veut une vie comme les autres.”

Bien sûr, il y a eu quelques embûches. Les regards inquisiteurs lors d’un premier tractage sur un marché, la fatigue des déplacements. L’accessibilité aussi, et ce mobilier classé de l’hémicycle à l’Assemblée, qu’il a fallu casser pour lui permettre de s’asseoir.

“Ce qui m’a frappé, c’est la différence de culture. Au Parlement européen, d’autres députés étaient handicapés, et il y avait beaucoup de facilités, d’aménagements. On voyait que c’était dans le droit commun ! Le grand combat en France, c’est que le handicap rentre dans le droit commun.”

Le handicap, combat de tous

Damien Abad, qui refuse l’idée de quotas, a en revanche proposé une loi lors de la dernière mandature, pour que dans chaque texte, des dispositions spécifiques existent pour les personnes handicapées. Mais aujourd’hui, il refuse d’être le seul à se battre pour ces sujets d’inclusion et d’accessibilité.

“Bien sûr que j’ai une compréhension de ces enjeux-là qui est plus forte, car c’est mon quotidien. Mais je pense qu’il est sain que d’autres députés, d’autres élus s’engagent sur la question du handicap. Ce n’est pas le combat des handicapés contre tous, c’est le combat de tous pour les handicapés.”

Damien Abad, fier de faire des émules. Dans sa circonscription, deux candidats aux municipales sont en fauteuil, dont son ancien assistant parlementaire, Serge Gomes, à Douvres. Un petit pas vers un monde politique plus inclusif.

Damien Abad en 5 dates

  • 1980. Naissance à Nîmes.
  • 2009. Élu député européen, c’est le plus jeune député français de la mandature.
  • 2012. Élu député de l’Ain à l’Assemblée nationale.
  • 2013. Examen de sa proposition de loi, pour que dans chaque texte soient intégrées des dispositions adaptées aux personnes handicapées. Le texte sera rejeté.
  • 2017. Réélection à l’Assemblée nationale.

Source FRANCE INTER.

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