Grève aux urgences: trois raisons qui annoncent une rentrée musclée…

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SOCIAL Depuis mars, certains paramédicaux dans des services d’urgences sont en grève, un mouvement social inédit qui pourrait s’élargir encore car certains médecins menacent de rejoindre la mobilisation.

Grève aux urgences: trois raisons qui annoncent une rentrée musclée...

  • Certains paramédicaux sont en grève depuis la mi-mars pour demander plus de moyens pour les urgences.
  • Malgré des promesses d’Agnès Buzyn, une mission qui doit rendre ses conclusions à l’automne et les vacances d’été, ce mouvement social perdure et même s’accroit.
  • A leur tour, des médecins, par le biais de l’Association des médecins urgentistes de France font entendre leurs revendications et menacent de se mettre à leur tour en grève.

Les vacances d’été n’ont pas sonné la fin de la mobilisation dans les urgences de France… bien au contraire. Entamé mi-mars, le mouvement de grève des infirmières, aides-soignants, brancardiers, parti de l’hôpital Saint-Antoine à Paris a essaimé en régions pour atteindre 217 services d’urgences ce lundi 12 août. Si les paramédicaux continuent de clamer leur colère, affiches et brassards « en grève » au bras (étant tenu à un service minimum, ils assurent leur travail mais avec un brassard en grève), mais aussi via un tout nouveau site internet du collectif Inter-Urgences, c’est au tour des médecins urgentistes de menacer de rejoindre la fronde. Tous et toutes promettent à la ministre de la Santé une rentrée musclée…

Pourtant, Agnès Buzyn avait espéré calmer la colère en juin, en promettant 70 millions d’euros dans l’immédiat. Une enveloppe qui devait permettre d’augmenter les effectifs pendant l’été (15 millions d’euros) mais aussi d’assurer une prime de 100 euros net par mois pour les paramédicaux sous l’eau. Loin des revendications du collectif Inter-urgences, qui structure la mobilisation depuis mars, qui demandait 10.000 postes supplémentaires et 300 euros de prime mensuelle.

Les paramédicaux toujours mobilisés

La ministre s’était aussi engagée à prendre des mesures concrètes à l’automne, après qu’une mission pilotée par Thomas Mesnier, député LREM et ancien urgentiste et Pierre Carli, président du Conseil national de l’urgence hospitalière et chef du Samu de Paris aura rendu ses conclusions. Une mission à laquelle des représentants du collectif Inter-Urgences doivent participer, avec une réunion le 2 septembre.

« Ils veulent nous écouter, très bien, mais nous on souhaite de vrais échanges, pas des effets d’annonce, se méfie Abdel Dougha, aide-soignant aux urgences de l’hôpital Saint-Antoine. Les revendications sont les mêmes depuis le début et resteront les mêmes. On veut du concret, du lisible. Et savoir comment et où les moyens seront affectés. Pour cet été, la ministre nous avait promis des renforts, or, sur le terrain, dans certains endroits, on n’a pas vu de changement. Mais peut-être que la période estivale dure longtemps pour la ministre… », ironise le trésorier du collectif Inter-Urgences. L’été n’a pas essoré ce mouvement inédit, parti de la base et de plus en plus structuré. Dans certaines communes, le ras-le-bol des soignants est relayé et soutenu par la population. Ainsi, médecins, paramédicaux et citoyens s’activent pour demander la réouverture de la maternité du Blanc ou celle  des urgences de Sistéron fermées toutes les nuits à partir de 20h30 depuis le 15 juillet.

« C’est l’espoir qui alimente la mobilisation »

Mais les situations ne sont pas semblables dans tous les services d’urgences. Ainsi, localement, certaines situations s’améliorent. A Paris, sept services d’urgence ont levé la grève après avoir obtenu des postes de l’AP-HP, même s’ils restent solidaires de leurs compagnons. « Au niveau national, on est loin d’avoir obtenu gain de cause, regrette Abdel Dougha. Et avec certaines Agences régionales de santé, on se heurte à un mur. » Pourquoi, selon lui, ce mouvement social perdure ? « On fait face à une maltraitance institutionnelle, c’est l’espoir de faire changer les choses par le biais du collectif qui alimente la mobilisation », assure Abdel Dougha.

Les médecins vont-ils rejoindre le mouvement ?

Mais ce mouvement social pourrait vivre un tournant à la rentrée pour deux raisons. La première, c’est que Thomas Mesnier, député chargé de cette mission sur les urgences, assure chez nos confrères du Parisien que des mesures pourraient être annoncées dès septembre. Surtout, les médecins pourraient venir grossir les rangs des grévistes. Vendredi dernier, l’Association des médecins urgentistes (AMUF) a publié un communiqué en ce sens.

Afin d’éviter la fuite de nombre de médecins urgentistes vers le privé, l’association demande deux mesures : aligner l’indemnité de garde des praticiens hospitaliers sur celles des universitaires, soit la passer d’environ 265 euros à 480 euros. Deuxième pan : l’octroi systématique de la prime d’activité multisites dont le montant est d’un peu plus de 400 euros. « Aujourd’hui la notion de site n’est plus pertinente avec la fusion des hôpitaux et la mise en place des Groupements hospitaliers de territoire (GHT), justifie Christophe Prudhomme, porte-parole de l’AMUF. Par exemple, quatre hôpitaux sont regroupés dans le GHT Nord-Seine-et-Marne, vous pouvez donc travailler à Meaux et à Coulommiers sans toucher cette prime multisites. »

Des exigences ambitieuses ? « On a bloqué les rémunérations à l’hôpital public depuis 2010, il y a une concurrence forte du privé et de l’intérim, les médecins s’en vont, prévient Christophe Prudhomme. On ne peut pas continuer comme ça. L’argent, il y en a, mais pas pour les services publics ! » Et l’urgentiste de souffler une solution pour financer ces mesures : supprimer la taxe sur les salaires, qui rapporterait 4 milliards aux hôpitaux publics, selon lui. Un amendement dans ce sens devrait être déposé lors du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) à l’automne. Une piste que ne manqueront pas de suggérer les représentants de l’Amuf qui doivent rencontrer le directeur adjoint d’Agnès Buzyn fin août.

Une rentrée tendue

La ministre de la Santé risque donc d’avoir une rentrée assez mouvementée. Avec, déjà, une journée de grève prévue le 11 septembre à l’appel de la CGT Santé Action Sociale. D’ici là, le collectif Inter-Urgences, qui prévoit une assemblée générale le 10 septembre, saura si l’hypothèse d’une grève des médecins se vérifie. « On a accompagné le mouvement des paramédicaux, leurs revendications nous paraissaient prioritaires et on ne voulait pas leur faire concurrence, assure Christophe Prudhomme. Mais devant le blocage du gouvernement, l’ampleur des enjeux, la colère de nos collègues et la dégradation de la situation ces derniers mois, nous avons décidé de nous faire entendre. Si pour se faire comprendre, il faut mettre le souk, on le fera ! », tempête l’urgentiste.

De son côté, le collectif Inter-Urgences espère qu’un éventuel mouvement social des médecins urgentistes accroisse leur légitimité et visibilité. Et Abdel Dougha de prévenir : « On ne refuse aucun soutien, mais il ne faudrait pas que la colère des paramédicaux soit effacée par les médecins, souvent plus écoutés par la hiérarchie, alors qu’on est à l’origine de la contestation. »

Source 20 MINUTES.

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