Electricité : que valent les offres spéciales Linky des fournisseurs ?…

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A en croire Enedis, les économies qui seront rendues possibles par le nouveau compteur suffiront largement à compenser son coût.

En réalité, les simulations que nous avons réalisées démontrent le contraire.

Compteur LINKY.

Sur ce coup-là, on ne peut pas dire que Patrick ait tiré le gros lot. Après la pose d’un compteur Linky dans sa maison de Broons (Côtes-d’Armor), sa facture d’électricité s’est envolée comme un ballon d’hélium. Et pour faire bonne mesure, EDF lui a envoyé un rappel de 4.500 euros à payer sans délai. Au début, ce malchanceux a cru à une erreur. Mais on lui a fourni des explications, et il s’est avéré qu’elles tenaient la route : en fait, son boîtier précédent, un vieux clou qui tournait un peu au petit bonheur, sous-estimait systématiquement sa consommation. Si bien que, depuis des années, Patrick ne payait pas son dû. Avec le nouvel appareil, ce sera fini de rigoler…

Même si, pour la plupart d’entre eux, la mauvaise surprise a été moins rude, Enedis admet qu’un certain nombre d’abonnés ont connu – ou connaîtront – la même mésaventure. Et il reconnaît que, dans certains cas, Linky en a obligé d’autres à souscrire un nouveau contrat plus onéreux, correspondant vraiment à leur consommation. Le phénomène est certes limité puisque, d’après les données récoltées par le médiateur national de l’énergie au premier semestre 2018, seuls quelques dizaines de litiges auraient concerné des hausses de facture à la suite de la pose du nouveau boîtier. Mais il est suffisant pour attiser la rumeur : en plus de diffuser des ondes dangereuses et de piller nos données personnelles, Linky serait une bien mauvaise affaire pour les abonnés.

Une facture qui devrait être salée

Ce qui est sûr en tout cas, c’est que nous allons devoir en payer le prix jusqu’au dernier centime. En 2011, Eric Besson, alors ministre chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, avait pourtant promis que “le déploiement du nouveau compteur serait gratuit”. Mais ça, comme on dit maintenant, c’était avant. En fait, à partir de 2021, Enedis commencera à se rembourser son investissement (5,7 milliards d’euros) sur notre dos, par le biais d’une augmentation du Turpe (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité), une taxe que tous les clients paient via leur facture. Selon les calculs de l’UFC- Que choisir, le surcoût devrait représenter environ 15 euros par an et par foyer, payable pendant une décennie, de 2021 à 2031.

Quitte à nous faire les poches, Enedis a d’ailleurs compté large puisque, d’après un rapport de la Cour des comptes paru en février 2018, l’augmentation du Turpe lui permettra non seulement de rentrer dans ses frais, mais aussi de générer un excédent de 506 millions d’euros. De quoi financer en partie les incroyables privilèges dont bénéficie toujours le personnel sous statut de cette noble maison. Scandaleux ? Pas du tout, répond l’opérateur. A l’en croire, l’augmentation différée du Turpe sera en effet largement compensée par les économies d’énergie que le nouveau compteur nous permettra de faire. En somme, Linky serait un marché gagnant-gagnant pour lui, pour nous, et pour la planète. Vrai espoir ou propos d’ivrogne ?.

Faire des économies en adoptant les bons gestes ?

Pour le savoir, nous avons demandé aux experts de BeMove, une société spécialisée dans l’aide à l’ouverture de nouveaux contrats d’énergie, de faire les calculs, en fonction des possibilités offertes par le nouveau compteur. En plus de transmettre les relevés tout seul, Linky est en effet capable de donner une vision précise de la consommation dans le temps. Certes, son écran se contente d’afficher cette donnée en instantané, comme les boîtiers précédents. Mais les applications qui lui sont dédiées (Enedis, EDF, ou encore Direct Energie en proposent une) permettent d’en connaître l’historique, de faire des comparaisons heure par heure ou jour par jour, ou encore de comparer sa consommation avec celle d’un foyer type de même profil. Grâce à quoi, les fournisseurs d’électricité peuvent désormais proposer des contrats beaucoup plus fins que par le passé, collant parfaitement aux habitudes des clients. Ils peuvent, par exemple, faire varier les tarifs selon le jour et l’heure, proposer des réductions le week-end et les jours fériés, et même contrôler à distance l’utilisation d’un ballon d’eau chaude. D’après les calculs réalisés par la CRE (Commission de régulation de l’énergie) c’est essentiellement cela qui doit permettre aux ménages de faire des économies…

Encore faudrait-il, pour cela, que les abonnés connaissent les bons gestes et qu’ils prennent le temps de les faire. Il y a quelques années, Enedis avait promis de les y former. Mais dans deux rapports différents, la Cour des comptes et l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) ont estimé que l’électricien était loin d’en faire assez sur ce plan. Cela ne veut pas dire qu’Enedis reste les bras croisés. En partenariat avec l’association UnisCité, il a, par exemple, envoyé des jeunes en service civique expliquer aux clients comment réaliser des écogestes avec le nouveau compteur, via l’opération “volontaires de la transition énergétique”. “Nos ambassadeurs conseillent par exemple d’utiliser certains appareils électriques la nuit au vu de la consommation affichée par le compteur”, témoigne Aurore Schneekönig, coordinatrice des équipes sur la métropole bordelaise. Résultats ? A l’occasion d’un challenge organisé sur deux semaines, les clients participants ont réussi à réduire leur facture en moyenne de 8 à 10%, et même de 21% pour le gagnant du challenge. Mais ces prouesses réalisées en laboratoire sont difficilement reproductibles dans la réalité, un peu comme les consommations théoriques des voitures affichées par les constructeurs.

La plupart des nouvelles offres tarifaires ne compenseront pas le prix du compteur

Pour le moment, les contrats conçues pour Linky se comptent en effet sur les doigts de la main, que ce soit chez les acteurs historiques comme EDF ou chez les fournisseurs nés de l’ouverture à la concurrence comme Direct Energie ou Ohm Energie. Et les simulations réalisées pour Capital par BeMove – voir les 4 tableaux ci-dessous – donnent des résultats bien médiocres. En fait, l’opération ne serait rentable – et encore, très faiblement – que pour les ménages possédant une résidence secondaire et ayant opté pour un contrat heures pleines/ heures creuses. Pour le reste, les économies réalisées ne suffiraient pas à compenser la hausse du Turpe. Pire, dans certaines configurations, la nouvelle donne pourrait vous faire perdre de l’argent, notamment si vous possédez une voiture électrique et que vous optez pour le contrat Vert électrique d’EDF.

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Source CAPITAL.

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