Mulhouse : une start-up fabrique des gants auto-désinfectants contre le coronavirus…

L’entreprise mulhousienne Spinali Design, spécialisée dans les vêtements connectés, a conçu une paire de gants intelligents auto-désinfectants.

Traités au dioxyde de titane, les gants sont capables de détruire bactéries, virus et coronavirus, par la seule exposition à la lumière.

Les gants connectés conçus par l'entreprise mulhousienne Spinali Design sont composés d'un tissu traité au dioxyde de titane permettant de détruire le coronavirus.

Spinali Design revient à la lumière grâce à sa dernière innovation. Après les maillots de bain connectés il y a cinq ans, l’entreprise mulhousienne spécialisée dans le textile intelligent lance son nouveau produit phare: une paire de gants auto-désinfectants. “De beaux gants. Qu’on a envie de porter, contrairement aux masques qui sont tout sauf élégants“, souligne Romain Spinali, responsable de l’innovation de la PME.

Comment ça marche ?

De beaux gants donc et surtout, utiles. Grâce au dioxyde de titane, un composé que l’entreprise utilise par ailleurs dans ses crèmes solaires, ils peuvent se désinfecter tout seuls. “Le textile subit un traitement au dioxyde de titane, composé permettant de détruire les particules polluantes, les bactéries et les virus grâce au principe de la photocatalyse”, explique Romain Spinali. Cela veut dire que lorsque le textile est exposé au rayonnement UV de la lumière naturelle ou artificielle, le gant élimine toute trace de virus, et en particulier de coronavirus. Il se débarrasse par la même occasion des tâches organiques.

Une puce électronique intégrée au textile renseigne l’utilisateur, via une application smartphone, sur la quantité d’UV absorbée par le gant, “ce qui permet de savoir si le gant a reçu suffisamment de rayonnements UV pour être considéré comme désinfecté”, explique Romain Spinali. A la lumière du soleil, avec un bon ensoleillement, dix secondes suffisent. En automne et en hiver, “on pourra les exposer à la lumière artificielle d’une lampe UV qui complète le dispositif s’il n’y a pas assez de soleil“. Il faudra compter alors 30 secondes à une minute pour se débarrasser de quasiment toutes traces de virus. “Le gant peut alors jouer son rôle de geste barrière, comme un masque, et participer à un ensemble de comportements protecteur”.

Pour qui et quel usage ?

Le produit s’adresse aussi bien au grand public qu’aux professionnels. Le grand public parce que susceptible d’être intéressé par un produit plutôt esthétique et par les bonnes pratiques des gestes barrières complémentaires au gel hydroalcoolique. Les professionnels, comme les médecins, parce que ce produit les met par exemple à l’abri d’une pénurie de gants en latex. Dans de nombreux secteurs d’activités (policiers, contrôleurs, caissières…), le gant connecté évite d’avoir à se laver les mains plusieurs fois par heure avec du gel hydroalcoolique.

D’une durée de vie d’environ trois cents jours à raison de huit heures d’utilisation par jour, il peut et “doit” même être retourné après usage à Spinali Design en échange d’un bon d’achat. “Ce n’est pas un produit qu’on jette à la poubelle”, insiste Romain Spinali. “On récupère l’électronique et tous les composants qui sont valorisables selon le processus vertueux du recyclage”.

Les utilisateurs de transport en commun sont concernés.

Un produit innovant made in France

La jeune pousse mulhousienne, avec ses six salariés, est implantée localement et tient à le rester, fait savoir Romain Spinali. C’est que, selon lui, l’Alsace est au cœur d’un réseau de compétences dont il entend bien faire profiter son entreprise spécialisée dans des produits innovants. Produits innovants à l’intersection de différentes disciplines: textile, design, chimie, électronique, numérique, etc.

On travaille régulièrement avec l’Universite de Haute-Alsace sur la partie informatique. Sur ce projet de gants, on collabore avec Aya Kadjo  fraîchement diplômée de l’école de Chimie de Mulhouse”. Cette toute jeune ingénieure en chimie a créé sa propre entreprise. “J’étais chargée par Spinali Design de mettre au point le bain dans lequel est plongé le gant pour fixer le dioxyde de titane”, explique Aya Kadjo.

Avec ses voisins suisses et allemands, l’entreprise a noué des liens de partenariat, sur la partie électronique avec les premiers, pour la partie fil avec les seconds. Aujourd’hui, après quelques tâtonnements, le procédé est opérationnel: “On a eu plein d’échecs avant d’y arriver mais ça fait partie du processus de création”, ajoute Romain Spinali qui indique par ailleurs que le dépôt de brevet est en cours.

La commercialisation a débuté

Les gants sont vendus 59 euros sur le site internet de l’entreprise. Les commandes, quelques centaines, ont démarré à la mi-septembre et la fabrication a suivi dans la foulée. Sur le site de Mulhouse pour les particuliers, “où on peut en fabriquer huit cents par semaine”,  à Strasbourg pour les professionnels, où l’entreprise Médivice spécialisée dans les dispositifs à vocation médicale se charge de les commercialiser. Romain Spinali dit avoir reçu des demandes de la part des Anglais et des Américains. Pour faire face au flux de commandes qui se dessine, l’entreprise a pris contact avec des partenaires locaux pour pouvoir accélérer la production. En attendant, tout est prêt pour les premières livraisons début octobre.

Coup de gueule

Face à la volonté affichée par son entreprise de trouver des débouchés dans des produits innovants, Romain Spinali déplore, à l’inverse, l’apparent désintérêt des institutionnels et des élus locaux : “Excepté l’Adira, on n’a pas eu un acteur de développement économique mulhousien ou alsacien qui s’est intéressé à ce qu’on fait et c’est triste. Ni la CCI ni aucun développeur économique ne jouent leur rôle, ils sont aux abonnés absents”.

C’est à Bâle, par exemple, que l’entreprise développe et produira prochainement ses pansements connectés.Les Suisses viennent nous chercher pour qu’on aille là-bas et ici tout le monde s’en fiche. Ce qui se passe dans les coulisses du monde économique en France est affligeant”, se désespère Romain Spinali, tout en espérant que les choses bougent parce que pour lui “l’Alsace, c’est la Californie de l’Europe”. Puisse sa fibre d’entrepreneur innovant être reconnue à sa juste valeur, c’est tout ce qu’on peut souhaiter à Romain Spinali et à l’entreprise Spinali Design.

Source FR3.

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