Homéopathie : un déremboursement et beaucoup de questions…

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Le déremboursement progressif de l’homéopathie décidé par le gouvernement qui avance des arguments scientifiques ne satisfait pas les labos.

Et les patients s’interrogent.

Homéopathie : un déremboursement et beaucoup de questions...

L’homéopathie ne sera plus remboursée par la sécurité sociale d’ici à un an et demi, a donc tranché le gouvernement, se rangeant ainsi à l’avis de la Haute autorité de santé (HAS) qui avait conclu à l’absence d’efficacité avérée de ces produits pharmaceutiques.

Dès le 1er janvier, les petits granules aujourd’hui remboursés à 30 % ne le seront plus qu’à 15 %, puis ce taux tombera à zéro en 2021. Leur taux de remboursement, fixé à 65 % en 1984, avait déjà été ramené à 35 % en 2003 puis 30 % en 2011. Mais le nouveau déremboursement en deux temps ne satisfait ni les laboratoires, ni les «anti-homéopathie».

Cette «période de transition» permettra de «se laisser le temps de la pédagogie» auprès des patients (il en faudra, lire ci-dessous) et «laissera aussi le temps aux industriels de s’organiser», a cependant plaidé la ministre de la Santé Agnès Buzyn dans un entretien au Parisien.

Dans les fais, la ministre adresse une fin de non-recevoir aux laboratoires qui avaient plaidé pour un «moratoire» sur la question du remboursement et pour un «débat parlementaire» après la publication fin juin de l’avis scientifique accablant de la HAS.Cet organisme chargé d’évaluer les médicaments avait conclu que les produits homéopathiques n’avaient «pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d’un remboursement».

Réflexion sur le médicament

Avant même l’annonce officielle, le groupe Boiron avait dénoncé une décision «incompréhensible et incohérente», puis a demandé à être reçu «en urgence» par le président de la République.

Disant assumer le caractère «impopulaire» de cette mesure, Agnès Buzyn souligne de son côté que le déremboursement n’empêchera pas les médecins de continuer à prescrire de l’homéopathie, ni les Français d’en acheter.

«Profitons du débat sur l’homéopathie pour mener une réflexion plus globale sur le médicament. (…) Il faudrait peut-être travailler à l’idée qu’il n’est pas toujours nécessaire de prendre un médicament», relève-t-elle dans le Parisien. Agnès Buzyn, médecin hématologue, un des rares poids lourds d’un gouvernement qui n’en bénéficie qu’à dose homéopathique, aurait mis sa démission dans la balance auprès de l’Elysée, estimant qu’il y allait de sa «crédibilité scientifique», rapporte notamment le Canard Enchaîné…


Gérard Raymond : «Pas facile d’expliquer la mesure aux patients»

Comment les associations d’usagers de la santé accueillent-elles la mesure de déremboursement de l’homéopathie ?

Nous en prenons forcément acte. Si on regarde l’avis de la Haute autorité de la santé (HAS) qui se fonde sur la «base médecine», l’expertise médicale et les preuves, on comprend parfaitement la décision de la ministre étayée sur les conclusions de la HAS. Sauf que l’on peut se demander pourquoi cette décision intervient aujourd’hui et pas il y a vingt ans et s’il n’y a pas aussi des raisons d’économies budgétaires. C’est d’autant plus étonnant que les pouvoirs publics développent dans le même temps, notamment dans les pathologies chroniques, une stratégie pour amener les patients à des comportements non médicamenteux, avec plus d’hygiène de vie, plus d’activités physiques et donc, pourquoi pas, davantage d’homéopathie.

Il y a tous ces patients qui disent en ressentir les bienfaits…

En effet, si les apports de l’homéopathie ne sont pas prouvés scientifiquement, une grande partie des patients y trouve du confort et, dans leur ressenti, une amélioration de leur qualité de vie.

Comment vont réagir ces patients à qui leur médecin ou pharmacien vantaient les mérites de l’homéopathie ?

C’est une question sensible. Et on va suivre avec intérêt l ‘évolution des choses. Les prescripteurs médecins et les distributeurs pharmaciens vont devoir expliquer aux patients les nouvelles règles du jeu. Pas facile ! Tous les acteurs de la santé devront trouver les bonnes explications pour entretenir le climat de confiance indispensable entre les soignants et les soignés.

Vous craignez également que le prix des produits homéopathiques augmente pour les usagers ?

Il y a le déremboursement mais pas seulement. Pour ce qui est de la Sécu, on va passer de 30 % de déremboursement 15 % demain, puis à zéro en 2021. Les complémentaires suivront-elles ? Et puis, dans les pharmacies, les produits homéopathiques vont passer de derrière le comptoir à devant le comptoir, avec la parapharmacie, dans les rayons libres d’accès… mais également libres au niveau de la fixation des prix, qui risquent donc d’augmenter.

Gérard Raymond, président de France Assos Santé, collectif d’associations d’usagers de la Santé.

Source LA DEPÊCHE.

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