Deux mois après son lancement, l’application StopCovid est (toujours) un échec…

Lancée le 2 juin, l’application StopCovid ne rencontre pas le succès escompté par le gouvernement.

Peu d’utilisateurs, faible communication, incompatibilité avec les autres applications européennes : les écueils ont été nombreux.

L'application mobile StopCovid a du mal à prouver son efficacité.

Difficile d’être optimiste ou positif sur le sujet. Et quand on parle de StopCovid aux spécialistes des nouvelles technologies et experts du numérique, les mots “fiasco” ou “échec” arrivent très vite. Au-delà des difficultés techniques que nous avons déjà évoquées précédemment, l’application, très peu téléchargée (2,3 millions de fois) comparativement à d’autres solutions proposées en Europe à travers la planète, n’a pas non plus prouvé son utilité sur le plan sanitaire. Et comme France Inter a pu le confirmer, la communication est quasi inexistante, y compris dans les zones où l’on observe une certaine résurgence de l’épidémie.

Les chiffres ne sont vraiment pas encourageants

L’application StopCovid a été téléchargée “plus de 2,3 millions de fois, sur les plateformes Android et Apple, depuis sa mise en service le 2 juin”, selon les chiffres fournis par la Direction générale de la Santé à France Inter. Mais cela représente toujours à peine 3 % de la population française, soit bien moins que nos voisins européens comme nous le soulignions dans un précédent article. En Allemagne, l’application a été téléchargée plus de 16 millions de fois. Par ailleurs, 563 personnes ont utilisé un QR Code pour saisir le résultat d’un test positif.

Le 23 juin, lors d’une conférence de presse, le secrétaire d’État au Numérique Cédric O avait expliqué que seulement 68 personnes s’étaient signalées positives au Covid-19. “Je vous avoue que c’est un peu difficile de faire le bilan, c’est un peu tôt”, a jugé le même ministre, interrogé sur le nombre d’utilisateurs de StopCovid, lors d’une interview à CNews fin juillet.

La communication est quasi inexistante

En juin, Cédric O assurait qu’il fallait “faire en sorte qu’un maximum de personnes téléchargent StopCovid” en “s’adaptant à la réalité de l’épidémie”. Le secrétaire d’État expliquait qu’il allait falloir “mettre une attention particulière sur les clusters” en adoptant la stratégie suivante : “Promouvoir l’application comme un geste barrière mais en lui ajoutant une stratégie de frappe chirurgicale sur les zones oranges, rouges, ou les clusters.”  Comprenez que dès qu’à chaque apparition d’un nouveau foyer de l’épidémie, une communication devait être faite pour télécharger l’application.

Or, comme France Inter a pu le confirmer auprès des Agences régionales de santé en Pays de la Loire ou en Bretagne, où plusieurs clusters ont été détectés ces dernières semaines, aucune communication particulière n’a été faite pour promouvoir l’application et inciter à son téléchargement. “Il n’y a pas eu d’achat publicitaire”, explique l’ARS Pays de la Loire, qui tempère : “il y a peut-être de l’affichage sur les sites de dépistage…” “Il n’y a pas eu de communication”, confirme encore le cabinet du préfet de la Mayenne.

Sur CNews, Cédric O a estimé que sa mission “était de faire en sorte que cet outil soit disponible”. Et renvoie la balle à son collègue de la Santé : “Il l’est, respecte nos valeurs, a été validé par la Cnil et le Parlement. Il est sur la table, maintenant c’est à Olivier Véran, aux autorités de santé, de décider comment ils veulent le déployer encore plus, avec plus de communication.”

Ce dernier, Olivier Veran, a récemment tweeté pour inciter les Françaises et les Français à télécharger StopCovid sur nos lieux de vacances : “Protégez-vous et protégez les gens que vous croisez”, écrivait-il sur son compte, le 30 juillet.

L’application n’est pas compatible avec les versions européennes

Dernier couac en date, la compatibilité avec les applications de nos voisins. Récemment, la Commission européenne a conclu un accord avec le fabricant allemand de logiciels d’entreprises SAP et une filiale de Deutsche Telekom pour permettre les échanges transfrontaliers, d’ici la fin de l’été, entre les applications nationales de traçage de contacts contre le Covid-19, “développer et construire une plateforme passerelle pour l’échange transfrontalier des alertes”, a-t-on appris vendredi.

L’interface pourra fonctionner avec au moins 18 applications – déjà opérationnelles ou prévues – développées par des pays européens ayant choisi une architecture dite “décentralisée”, favorisée par Google et Apple, ce qui exclut donc de fait les applications française et hongroise. En effet, la France, qui a tenu un discours anti-Gafa, a développé StopCovid sur un système “centralisé”.

Source FRANCE INTER.

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