Covid : ce que dit le rapport sur la gestion de la crise commandé par Emmanuel Macron…

La mission d’évaluation de la gestion de la crise du coronavirus présente son rapport mardi. Le document souligne des faiblesses sur la réponse sanitaire apportée mais salue la réponse économique.

Les autorités “ont aussi su tirer les enseignements” pour “améliorer le pilotage”.

Le président de la République, Emmanuel Macron, entouré notamment de son Premier ministre, Jean Castex, et du ministre de la Santé, Olivier Veran.

 

Comment la France s’en sort-elle face au Covid-19 ? Le niveau de préparation à la crise sanitaire “s’est révélé insuffisant” confirme le rapport final de la mission indépendante d’évaluation de la gestion du coronavirus, que France Inter a pu consulter avant sa présentation mardi. Toutefois, les autorités “ont su tirer les enseignements de leur expérience” pour “améliorer le pilotage au fil des mois”, note le rapport. Cette mission composée de cinq experts et dirigée par l’infectiologue et épidémiologiste suisse Didier Pittet, inventeur du gel hydroalcoolique, a achevé ses travaux en mars 2021, moins d’un an après avoir été mandatée par le chef de l’État.

“Nous avons été totalement indépendants, nous avons pu convoquer plus de 200 personnes, des scientifiques, responsables politiques”, a précisé Didier Pittet, invité de France Inter mardi matin. Le document sera présenté à l’Assemblée mondiale de la santé, qui démarre le 24 mai à Genève. La mission recommande, dans une liste de 40 propositions, une meilleure préparation aux crises, une plus grande place accordée à la santé publique et à l’expertise scientifique ainsi que la réalisation d’un vaste “retour d’expérience” sur les nouvelles pratiques, les outils utilisés et les difficultés rencontrées durant la crise, au-delà du domaine sanitaire.

La France n’était pas assez préparée…

En octobre déjà, le rapport d’étape de la mission avait mis en avant des “défauts manifestes d’anticipation, de préparation et de gestion” de la crise dans ses aspects sanitaires. Le rapport final enfonce le clou et confirme : pour des raisons structurelles comme conjoncturelles, “le niveau de préparation à la crise s’est révélé insuffisant”, se traduisant principalement par une pénurie de masques, une lente mise en place de la stratégie de test, etc. 

Un manque d’anticipation qui a notamment entraîné des prises de décisions tardives, “au regard des informations disponibles”. Enfin, la “complexité de la gouvernance” et la “centralisation excessive” du système sanitaire français a fait perdre de l’efficacité au pilotage de la crise tout en rendant les mesures de restrictions moins acceptables. En octobre 2020, “la réaction a l’évolution de l’épidémie a été tardive et inadaptée”, jugent les experts.

Au 1er mars 2020, la France figurait dans le groupe des pays les plus affectés en terme de nombre de décès attribuables au virus (1 332 décès par million d’habitants), en y occupant une position intermédiaire, mais nettement au-dessus de la moyenne européenne. “Comme la plupart des pays très affectés, la France présente un bilan lourd sur le plan économique”, note également le rapport.

L’ensemble des restrictions, prises à la hâte, ont entraîné “une perte d’activité sans précédent” et l’effort de solidarité pris en charge par l’État “va peser sur les finances publiques et accentuer la position défavorable de la France, déjà très endettée, dans la zone euro”. L’impact social de la crise “devrait être multiple et durable”, disent les experts, en particulier pour “certaines populations en situation de précarité”.

… mais elle a su apprendre de ses erreurs

Néanmoins, les experts jugent la réponse économique française “à la hauteur du choc subi”, et ce malgré l’incertitude qui pèse sur certains secteurs (aéronautique, tourisme). Les mesures de soutien “ont été adaptées, réactivées autant que nécessaire pour permettre au tissus économique de redémarrer dès que possible”. Ils saluent aussi “l’engagement et la mobilisation remarquable” des différents acteurs tout au long de la crise. Dans les hôpitaux, les lieux de soin, les collectivités et au sein des équipes de gestion de la crise. Mais aussi à travers la création, dans un temps record, de logiciels dédiés à la saisie d’informations spécifiques au Covid.

Le rapport souligne également que les autorités ont su “tirer les enseignements de leur expérience pour améliorer le pilotage au fil des mois”, en particulier sur le dosage des mesures de freinage et via une meilleure communication avec le public, une meilleure concertation avec les acteurs locaux. “Vous êtes un pays centralisé, contrairement à l’Allemagne ou la Suisse. Vous avez du apprendre à territorialiser. Dans les faits, lorsqu’on se retrouve en crise, c’est difficile de tout changer”, a souligné Didier Pittet au micro de Léa Salamé mardi.

“Cette transformation a été spectaculaire. Maintenant, évidemment, on aurait tous pu faire mieux. L’Organisation mondiale de la santé a souvent été lente, l’Europe n’a pas été au rendez-vous au départ, s’est rattrapée ensuite…” – Didier Pittet

L'infectiologue et épidémiologiste Didier Pittet a présidé la mission indépendante, accompagné de quatre autres experts.

Vaccination : quelques ratés

À propos de la campagne vaccinale, qui a débuté symboliquement fin décembre 2020, la mission indépendante avance prudemment plusieurs remarques, précisant en préambule que “le manque de recul pourrait donner une part excessive aux dysfonctionnements initiaux relativement inévitables”.

Selon les experts, la planification logistique de la vaccination en France a été trop tardive :

“Au regard des meilleures pratiques et alors que l’arrivée des vaccins était une réalité prévisible et attendue, il est regrettable que la France n’ait pas mis en place ‘une taskforce intégrée’ dès la phase de préparation des approvisionnements pour prendre également en charge l’organisation de la campagne de vaccination à l’exemple notamment des équipes anglaises ou américaines.”

De plus, la modification de la stratégie de vaccination et du calendrier vaccinal, si elle a apporté une réponse “adaptée et opportune” a entraîné “des difficultés de coordination” et “des incohérences entre la planification des rendez-vous et le calendrier de livraisons”. Enfin, la “posture prudente” dont les pouvoirs publics ont fait preuve dans leur communication au début de la campagne vaccinale “s’est révélée inadaptée”.

“Les professionnels de santé et l’opinion publique se sont au contraire émus du rythme trop lent de la vaccination. Dans le même temps, l’opinion publique a fortement évolué dans son adhésion à la vaccination (…) confirmant ainsi que le diagnostic d’une France gagnée aux ‘anti-vax’ devait être fortement révisé ou au moins modulé.”

Améliorer durablement notre gestion de crise

Parce que cette crise sanitaire ne sera sans doute pas la dernière, la mission indépendante d’évaluation de la gestion de la crise du coronavirus dresse une liste de quarante propositions, aux intitulés parfois un peu abscons pour le grand public. Ces propositions doivent être complémentaires des “réformes d’ampleur” à engager pour “corriger” les “faiblesses structurelles de notre système sanitaire”, “identifiées de longue date” et “dont les conséquences dépassent le cadre de la crise Covid”. D’ailleurs, le rapport souligne que le travail des experts n’était en aucun cas de se pencher sur ces difficultés.

Parmi les recommandations, figurent la nécessité d’une meilleure préparation aux situations de crise à travers une révision du plan pandémie (gestion des stocks confiée à un opérateur unique, renforcer la réserve sanitaire), une meilleure coordination des dispositifs d’alerte, une amélioration de la sécurité des approvisionnements (en France et en Europe). Les experts préconisent aussi une renforcement de la recherche et des formations en matière de santé publique et de prévention du risque infectieux, disciplines qui ont démontré leur utilité. Renforcer aussi le réseau d’observation Sentinelle, les Agences régionales de santé au niveau départemental.

Des changements dans les institutions doivent être opérés pour rendre l’expertise scientifique plus lisible (rattacher le Haut conseil de santé publique à la Haute autorité de santé (HAS), recentrer Santé publique France sur des missions d’expertise et de recherche) et le développement des logiciels de gestion de la crise, en fonction des besoins apparus pendant la crise. Enfin, pour les aspects non-sanitaires, des leçons doivent être tirées partout où cela est possible, estime le rapport (dispositifs économiques, financiers, sociaux, etc.).

Source FRANCE INTER.

 

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