Covid-19 : ces experts qui ne croient pas à une deuxième vague imminente…

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Alors que les autorités sanitaires redoutent un relâchement dans les comportements qui pourrait rapidement conduire à une avalanche de nouveaux cas, des experts, certes minoritaires, expliquent qu’ils ne croient pas au risque d’un rebond, imminent ou pas.

Une équipe du Samu de la Moselle, particulièrement touchée par l'épidémie de Covid-19

Alors que le stress est maximum en ce week-end de l’Ascension et que les autorités s’inquiètent d’un relâchement généralisé qui pourrait conduire relativement vite à une multiplication des nouveaux cas, certains médecins estiment qu’une deuxième vague, si elle arrive, n’arrivera pas avant l’automne, d’autres vont même jusqu’à dire qu’elle n’arrivera jamais. Ils sont, certes, minoritaires, voire imprudents peut-être, car la prédiction est un art difficile, mais ils ont le courage de le dire. Sans provocation, mais parce qu’ils en sont convaincus. La tête de pont de ces optimistes est le professeur Didier Raoult, mais d’autres, beaucoup moins médiatiques et polémiques, ne sont pas loin de penser aussi que l’épidémie est derrière nous.

“On ne voit quasiment plus de patients Covid aux urgences”

Urgentiste à l’hôpital Avicenne de Bobigny, en Seine Saint Denis, le professeur Frédéric Adnet a vu défiler dans son service en mars/avril jusqu’à cent patients Covid par jour. Depuis début mai, il n’en voit quasiment plus un seul. D’après lui, tous les indicateurs sont au vert, et le virus, qui a pourtant frappé fort dans le département, n’y circule plus, en tout cas pour l’instant. “Il s’agit peut-être de l’histoire naturelle de cette épidémie, dit-il. On a aujourd’hui très peu d’appels et de passages pour Covid aux urgences, et les tests reviennent quasiment tous négatifs. Il y a peut-être aussi un effet de saisonnalité, mais en Seine-Saint-Denis, où l’on n’a jamais été très confiné car les conditions de vie des populations rendaient ce confinement difficile, il y a eu beaucoup, beaucoup de cas, mais aujourd’hui quasiment plus un seul. Je suis donc prudemment optimiste. Bien sûr qu’il ne faut pas baisser la garde et maintenir les gestes barrières, qui nous ont bien aidé, mais je ne crois pas à la menace d’une deuxième vague imminente, on l’aura peut-être cet hiver comme pour d’autres coronavirus, mais pour l’instant, tout se passe comme si l’épidémie était derrière moi”.

“Nulle part je ne vois de seconde vague dans le monde”

Plus radical, le professeur de physiologie, et directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (IRMES), Jean-François Toussaint. Pour lui, il n’y a de seconde vague nulle part dans le monde, donc pas de raison qu’il y en ait une en France. Dans un quart des pays touchés par au moins un cas de Covid, aucun n’a connu de nouvelle contamination ou de décès depuis plusieurs semaines, donc chez eux, la phase initiale de cette pandémie est bel et bien achevée. C’est vrai à Taiwan, en Nouvelle Zélande, en Albanie. Et en Europe, les foyers qu’on voit ici ou là ne sont que les dernières évolutions de la vague initiale qui s’achève. Si dans les pays d’Amérique du Sud, comme le Brésil, le Pérou ou le Chili, où l’épidémie est très forte en ce moment, on voit les chiffres fléchir dans les prochains jours, s’ils ne restent pas élevés pendant tout l’hiver austral et suivent la même évolution dynamique que chez nous, on pourra regarder l’avenir avec beaucoup d’optimisme”.

“L’épidémie se termine”

Pour Jean-François Toussaint, comme pour Laurent Toubiana, épidémiologiste et chercheur à l’Inserm, on se trompe de toutes façons depuis le début sur l’analyse de la dynamique de l’épidémie. D’après eux, le virus a commencé à circuler en France sans faire de bruit bien avant le mois de mars, peut-être même dès l’automne dernier. L’épidémie a ensuite frappé très fort et touché toutes les personnes qu’elle pouvait toucher, le virus n’aurait donc aujourd’hui quasiment plus personne à infecter.

“L’épidémie est donc derrière nous, elle est en train de se terminer” affirme Laurent Toubiana sans douter. Ce discours tranche singulièrement avec le discours ambiant, et les chiffres donnés récemment par l’Institut Pasteur. Dans une étude publiée le 13 mai dernier, des chercheurs de l’Institut estiment que seuls 4,4% de la population française (soit 3,7 millions de personnes) ont été contaminés au moment de la levée du confinement, c’est loin des 70% de la population qu’il faudrait atteindre pour espérer une immunité collective qui empêcherait le virus de se propager.

Laurent Toubiana ne croit pas à ce chiffre. D’après lui, une partie beaucoup plus large de la population a croisé le virus : il y a les asymptomatiques, qu’on n’a pas vus, il y a aussi des individus qui ne sont pas sensibles au virus. Ils ont été en contact avec lui, mais leur système immunitaire l’a rejeté, sans même qu’ils fabriquent des anticorps. “Ce sont des choses qui arrivent, tout le monde n’est pas égal. Vous avez des gens qui croiseront des patients infectieux sans jamais tomber malades eux-mêmes. C’est une hypothèse, mais c’est la base de mon raisonnement : la vague épidémique est passée, elle a été magistrale, elle a contaminé tout le monde, mais elle ne repassera pas car toutes les personnes qui devaient l’être ont déjà été touchées, l’épidémie touche donc à sa fin”.

Finalement, s’il y a une seconde vague, prévient Jean-François Toussaint (qui a toujours considéré le confinement comme une mesure très exagérée, infondée, voire dangereuse), elle sera d’abord sociale et économique, peut-être même sanitaire aussi, avec tous les malades non Covid ignorés pendant la crise. “Quand le Covid a tué un peu plus de 320 000 personnes depuis décembre, 28 millions de personnes dans le monde mouraient pour d’autres causes. Je pose la question : quelles sont les priorités ?”

Source FRANCE INTER.

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