Foucarmont : le livre « Aimer au pays du handicap » aborde un sujet encore tabou aujourd’hui…

Quand on souffre d’un handicap mental, comment aborde-t-on la rencontre amoureuse ?

C’est ce que dévoile un livre écrit grâce au concours des Papillons Blancs des Vallées.

Le livre aborde un sujet encore tabou : l'amour chez les personnes handicapées.

 

Avec délicatesse mais sans tabous, la question des relations amoureuses avec des personnes en situation de handicap mental est au cœur du livre « Aimer au pays du handicap » qui vient de paraître.

L’ouvrage a été réalisé grâce au concours des Papillons Blancs des Vallées, structure située à Foucarmont. Mais aussi L’AAEPB (Association d’aide rurale du Pays de Bray) plus connue sous le nom de la Brèche à Saumont-la-Poterie, et l’APEI (Association de parents, de personnes en situation de handicap mental, et de leurs amis )de la région dieppoise.

Quand on souffre d’un handicap mental, quelles formes prend la relation amoureuse ? Quand et comment le corps entre-t-il en jeu ? Qu’est-ce qu’être en couple ? Et qu’est-ce que devenir parent ?

« Lever le voile sur une réalité »

Autant de questions auxquelles Blandine Bricka, l’auteure du livre, a trouvé des réponses en allant à la rencontre de personnes en situation de handicap mental au sein de trois structures qui les accueillent ou les suivent.

Et l’introduction du livre de commencer ainsi :

Avec la charte des droits et libertés des personnes accueillies, rendue obligatoire depuis 2005 dans toutes les institutions qui les accueillent, la vie amoureuse et sexuelle des personnes en situations de handicap mental, longtemps taboue, est reconnue comme un droit. Cette inscription dans le droit oblige à lever le voile sur une réalité qui n’a pas attendu cette reconnaissance pour exister.

« Il y a des vraies vies de couple »

Vice-président de l’association des Papillons Blancs de Foucarmont, Bernard Boquien détaille :

Tout a commencé avec ce regroupement d’associations qui oeuvrent dans ce domaine, le GHDBB (Groupement Handicap Dieppe Bray Bresle). Il y a trois ans, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose en commun.

Après réflexion, le sujet de la vie sexuelle et affective des personnes en situation de handicap mental, a été retenu.

Il y a beaucoup de choses à dire sur ce sujet. À Foucarmont par exemple, on accueille des personnes peu autonomes mais il y a des vraies vies de couple. Le livre ne théorise pas sur le sujet, mais rend compte d’interviews brutes.

Bernard Boquien

« Ça lui fait du bien d’être aimée »

Ce dernier est également papa d’une fille trisomique de 25 ans.

Il poursuit :

Ma fille est amoureuse d’un garçon. Elle l’appelle régulièrement, ils se voient tous les jours. On sent que ça lui fait du bien d’être aimée.

L’auteure du livre, Blandine Bricka, a recueilli la parole des principaux concernés, celles de leurs parents, mais aussi de professionnels qui les accompagnent.

Avant de parler de parentalité, il faut parler de sexualité et de vie affective.

DominiqueEducatrice, interrogée dans l’ouvrage

« Un couple, c’est être amoureux »

L’auteure partage ainsi des récits singuliers où chacun et chacune témoigne du chemin qu’il (elle) trace à sa manière. Elle interroge chacun sur leur façon de vivre ces relations amoureuses. Comme Gérard, atteint de la maladie de Hodgkin :

Pour moi, un couple, c’est être amoureux, faire des cadeaux. Être normal, quoi.

Les récits se succèdent et se répondent, par échos ou dissemblances. On y découvre la façon dont les professionnels réfléchissent à ces questions et inventent des réponses, toujours sur le fil.

« Aimer au pays du handicap », un sujet peu souvent abordé, et qui fait pourtant partie de notre société. C’est ce que nous raconte sans fausse pudeur ce livre édité à 4 000 exemplaires et en vente à partir de ce jeudi 17 juin.

Source ACTU / LE REVEIL.

MeToo : Lancement d’une enquête pour recueillir la parole de personnes handicapées victimes d’inceste…

VIOL Une ligne d’écoute anonyme et gratuite pour les femmes en situation de handicap et violentées existe au 01.40.47.06.06

MeToo : Lancement d'une enquête pour recueillir la parole de personnes handicapées victimes d'inceste

 

Une association a lancé une enquête pour recueillir la parole de personnes handicapées victimes d’inceste, un « angle mort de la société », espérant collecter les témoignages sur les réseaux sociaux via le mot-dièse #incestehandicap.

Inspiré du récent #Metooinceste, l​ancé dans le sillage de l’émoi provoqué par le livre de Camille Kouchner La Familia grande, ce hashtag doit permettre « d’aller chercher une parole difficile, ignorée », a présenté Danielle Michel-Chich, l’une des trois présidentes de l’association Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA).

Amélioration de la prise de conscience

L’objectif est « de dresser un état des lieux, car il n’y a pas de chiffres, pas de statistiques, ni de politique spécifique sur ce sujet, un angle mort de la société », a-t-elle ajouté lors d’une conférence de presse. Spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes handicapées, FDFA dispose d’une ligne d’écoute anonyme et gratuite pour les victimes (Ecoute violences femmes handicapées : 01.40.47.06.06).

Sur les trois dernières années, 3 % des appels passés sur cette ligne ont concerné des faits d’inceste, a détaillé Jocelyne Vaysse, psychiatre et écoutante de l’association. Toutefois, « pour 6 % des appels, des femmes venant parler de violences conjugales subies au présent ont aussi évoqué des violences incestueuses subies par le passé, dans la prime enfance ». « Souvent, on n’apprend qu’incidemment les faits d’inceste, au cours de longs entretiens. Toutes les victimes en parlent avec culpabilité et honte », a ajouté la psychiatre, constatant toutefois « une plus grande prise de conscience grâce à l’actualité ».

« Des proies faciles »

« L’état de vulnérabilité fait que ces enfants sont des proies faciles. De plus, les personnes handicapées peuvent avoir des difficultés, voire une incapacité, à dire, à raconter les faits incestueux, qui sont déjà difficiles à dire pour toute victime », a poursuivi Alain Piot, sociologue et administrateur de l’association. Pour chaque témoignage recueilli sous le mot-dièse, une sociologue – recrutée en stage par de l’association – contactera les personnes pour, si elles le souhaitent, mener des entretiens individuels et être suivie par les bénévoles de l’association.

FDFA espère pouvoir rendre ses conclusions autour du 25 novembre, journée annuelle consacrée à la lutte contre les violences faites aux femmes. Elle souhaite aussi apporter « une première pierre » à la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, lancée début mars pour au moins deux ans par le gouvernement.

Source 20 MINUTES.

Handicap – Lien amoureux – Elisa Rojas : “L’intime est un enjeu politique”…

Dans son livre “Mister T & moi”, cette légiste brillante et militante acharnée interroge avec un humour choc le regard que la société porte sur les femmes handicapées et ses répercussions sur la codification du lien amoureux.

Elisa Rojas : "L'intime est un enjeu politique"

Ça démarre mal. Demander à Elisa Rojas, femme handicapée, auteure de Mister T & moi, si son livre est “une façon de se lever contre le discours victimaire qui colle à la peau de ses semblables” est une gaffe. Une grosse gaffe bien nulle, un tic de langage 100% validiste (de validisme, soit l’oppression vécue par les personnes vivant en situation de handicap physique ou mental).

L’avocate de 41 ans défouraille illico : “Alors d’abord, je ne me lève pas parce que je ne peux pas. Je suis assise et ça ne m’enlève ni ma dignité ni ma combativité.” Juste retour à l’envoyeuse. Elle note au passage que la position debout est toujours envisagée comme celle de la dignité.

Elisa Rojas a l’énergie des rescapés. Elle a 2 ans et demi quand ses parents quittent le Chili pour le Finistère, où elle pourra bénéficier de soins adaptés. Le médecin qui l’opère demande qu’elle soit placée en institution spécialisée, où elle restera de la maternelle au CM1. Une expérience traumatisante qui la prépare au combat.

Le handicap n’est pas la vulnérabilité

L’amour en sera un parmi beaucoup d’autres. C’est le sujet de son livre. Elle y raconte sa passion amoureuse non réciproque pour un homme valide. Avec humour, cynisme et autodérision, Elisa Rojas questionne la codification du lien amoureux, et l’impitoyable discrimination lovée au cœur de ce qui devrait être le sentiment le plus évident du monde. Déconstruire les stéréotypes lui a permis, dit-elle, de se construire à rebours des assignations limitantes.

C’est en féministe acharnée qu’elle dégomme l’infantilisation, les rapports de domination et l’injonction de dépendance dont écopent les femmes en général, les femmes handicapées en particulier. Elle en impose.

Libre et indépendante, séduisante et drôle, Elisa Rojas manie le verbe comme d’autres l’épée. Elle nous rappelle que Rosa Parks s’est opposée à la ségrégation en restant assise. Et c’est assise qu’Elisa Rojas revendique le droit à la force, à la séduction, à l’amour, le droit à la vie, la vraie, à fond de balle.

Elisa Rojas : "L'intime est un enjeu politique"

Marie Claire : Vous écrivez dans Mister T & moi : “Le seul attribut féminin non contesté aux femmes handicapées, c’est la vulnérabilité.”

Elisa Rojas : C’est purement hypocrite de nous renvoyer à ça en permanence, alors que rien n’est fait pour nous protéger. Les lieux d’abus que sont les institutions spécialisées où on est placé dès l’enfance nous transforment en proies. En 2006, la France a signé la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées, dans laquelle l’Onu demande clairement de fermer les structures.

En violation du droit international, elles restent la seule voie imposée. Organiser l’autonomie des personnes concernées est possible, ça passe par exemple par l’assistance personnelle. Cela dit, on ne peut pas avancer dans la vie en étant constamment associées à la vulnérabilité. Il faut arrêter d’insister là-dessus, sans nier la réalité de ce que le handicap peut engendrer de difficultés supplémentaires.

Penchons-nous aussi sur le stéréotype de la vulnérabilité, qui n’a rien à voir avec le handicap. C’est une donnée construite qui nous rend plus dépendantes et vulnérables. Là-dessus, on peut agir.

Votre livre est une piqûre de rappel. Au-delà de la sexualité, l’intime est un enjeu politique.

Bien sûr, l’intime est politique. Les rapports de force et de domination présents dans la sphère publique sont à l’œuvre dans la sphère privée.

Femme et handicapée, c’est la double peine ?

Oui, de fait. On est doublement infantilisée et maltraitée, doublement discriminée. C’est une discrimination intersectionnelle, où plusieurs systèmes de dominations, validisme, patriarcat ou capitalisme, sont à l’œuvre.

Le champ de la séduction, disons hétérosexuelle, car c’est celle dont vous traitez dans votre livre, est au carrefour des discriminations.

C’est exactement ce que je voulais développer. Les femmes handicapées ne sont tout simplement pas supposées être présentes sur le terrain de la séduction. Dès l’instant où vous dites : “Moi, j’ai envie d’exister”, vous allez prendre conscience des difficultés, mesurer les obstacles à la rencontre, à la réciprocité, bref, à ce qui peut permettre de nouer des relations.

Je vous ai entendue dire qu’un homme handicapé qui sort avec une femme valide, c’est acceptable, mais l’inverse, une femme handicapée avec un homme valide, c’est dévalorisant pour l’homme.

J’ai mis du temps à comprendre ça. Une femme valide avec un homme handicapé, pour les gens, ça reste cohérent. Cohérent avec la fonction attribuée aux femmes de prendre soin de leur partenaire. C’est presque compréhensible que ces êtres dévoués puissent s’épanouir avec un homme qui ne réponde pas aux canons. Notez que dans ce schéma, la masculinité et la virilité sont déniées aux hommes handicapés.

Le stéréotype de l’infirmière n’a donc pas son pendant masculin…

Non, une femme handicapée avec un homme valide, c’est une transgression. Une femme doit être mère, amante ou éventuellement trophée. Elle doit valoriser l’homme, c’est sa fonction. À partir du moment où l’on vous explique que vous, femme handicapée, ne répondez à aucun des critères, personne ne voit l’intérêt pour un homme valide de choisir une femme qui n’a pas d’utilité et ne pourra pas être présentée avec fierté à l’entourage. L’intérêt d’être un homme, c’est quand même d’avoir une relation où il a le pouvoir.

Être en couple avec une femme handicapée, c’est renoncer à la joie d’être un homme. Alors cela existe bien sûr, mais c’est rare. Dans ce cas-là, l’homme est considéré comme un saint. Et si le type n’a rien d’un saint, cela va être très compliqué pour la femme handicapée de convaincre son entourage qu’elle n’est pas bien traitée. Elle a déjà de la chance d’être avec quelqu’un, qui plus est un homme valide. “Jackpot, ne viens pas te plaindre !” C’est le terreau de relations qui peuvent être abusives, il faut être vigilante.

Vous aviez 23 ans quand vous avez vécu une expérience amoureuse non-réciproque. Combien de temps avez-vous mis pour vous libérer de cette histoire ?

J’ai mis presque dix ans à comprendre. Le travail des militant·es dans d’autres domaines m’a aidée et a nourri l’analyse. Mais ce qui est dingue, c’est à quel point on complique les choses. Il faudrait revenir à ce qu’il y a de plus simple et de plus évident : entre deux personnes quelles qu’elles soient, il y a des effets d’attraction. Une femme handicapée dégage des choses intéressantes, et certains hommes n’y sont pas insensibles. Le problème, c’est qu’ils n’ont rien pour les rassurer autour d’eux, ils sont perturbés par le fait d’être attirés par quelqu’un qu’on leur présente comme repoussant. C’est logique. Il faut revenir à l’essentiel. L’essentiel, c’est l’amour.

Avez-vous le sentiment d’avoir été regardée, considérée différemment par les hommes après la publication de votre livre ?

Non. Je me fous totalement de la façon dont ils me considèrent. Je pense d’ailleurs que les femmes hétéros perdent trop de temps à essayer de savoir si elles plaisent ou pas aux hommes. Il faut n’en avoir juste rien à secouer.

Avec ce livre, vous militez quand même pour le droit à l’amour.

Non, je milite pour que les femmes handicapées puissent jouir, dans ce domaine, de la même liberté que les autres femmes. Me concernant, je sais aujourd’hui que les mecs m’aiment bien en fait ! Longtemps, je me suis demandé si je leur plaisais ou pas, c’était une préoccupation. Maintenant, je sais que je leur plais. Le problème n’est pas là. Avant aussi, sans doute, mais je ne m’en rendais pas compte. C’était tellement inenvisageable pour moi. Désormais, je m’en fous complètement. Je ne veux pas être avec quelqu’un à tout prix. 99 % des mecs veulent commander.

Même si vous n’attendez rien, aimeriez-vous vivre une grande histoire d’amour partagée ?

Vous ne savez pas si j’en ai vécu une ou pas.

Dites-moi.

On me demande tout le temps où j’en suis dans ma vie sentimentale. Depuis que j’ai 25 ans, ça revient en boucle : “Est-ce que tu es avec quelqu’un ?”, “Pourquoi t’as pas de copain ?” On est passé du silence radio total sur cette question, à l’obsession de me voir en couple. Ce changement vient de mon propre changement. J ’ai pris confiance et c’est devenu possible pour les gens de m’envisager avec quelqu’un.

Vous aimeriez être en couple ?

Je trouve qu’il faut rester ouverte à la possibilité d’une rencontre intéressante, mais je n’en fais pas un objectif de vie. Avec ma personnalité chelou, je rencontre tellement de gens trop bien que ça remplit ma vie, ça m’intéresse limite plus que rencontrer un mec. Si ça arrive, c’est la cerise sur le gâteau, mais le gâteau, il est déjà là. Et avec toutes mes lectures féministes subversives, je me rends compte à quel point tout est à revoir. Le couple, ce truc installé, je trouve ça ultra-flippant, pauvre, ennuyeux aussi, c’est un carcan horrible. Tout est à revoir.

À un moment, dans le livre, vous écrivez : “Les emmerdes, j’en ai depuis que je suis née.” Pourtant, vous êtes joyeuse, pêchue. Vous avez le cuir épais, non ?

J’ai pas eu le choix ! Si vous voulez tenir en milieu hostile, il faut trouver des moyens de tenir. Ma mère m’a bien préparée à ça. Elle m’a élevée de façon à ce que je sois très difficile à écraser. C’était son objectif. La préoccupation des parents d’un enfant handicapé est : que va-t-il·elle devenir si je meurs ? L’une des options prises par ma mère a été de me rendre dure. L’idée directrice était : ne pas s’appesantir sur les difficultés, trouver des solutions, avancer. Elle dit toujours : “La vie n’est ni juste ni injuste, c’est la vie, il faut avancer.”

Elle a fait de vous une guerrière ?

Ça c’est sûr ! Très jeune, elle a pris conscience que pour certaines personnes, la vie est une guerre et il faut être prêt. Elle n’était pas de ces parents qui cachent les injustices et la mocheté du monde pour protéger les enfants. Elle était exactement le contraire : “Le monde est pourri, si tu veux t’en sortir, tu as intérêt à jouer des coudes. Tu n’es pas toute seule, on te soutient.” C’était brutal par moments. Le résultat ? Je n’ai jamais été naïve, toujours hyper-méfiante. Faire de moi une combattante, c’était la seule solution pour m’en sortir s’il lui arrivait quelque chose. Maintenant, elle me trouve un peu dure. (Rires.)

Cash certes, mais dure, vraiment ?

En tant que femme, si vous avez de la personnalité, direct, on va vous dire : “Tu es dure, autoritaire.” Si vous êtes une femme handicapée, encore plus, vous devriez doublement la fermer. Votre personnalité ne colle pas avec ce que vous êtes supposée être. Plus jeune, je me disais : “Les femmes doivent être douces, moi, je n’ai pas ce truc-là.” Je voyais ça comme un problème.

Maintenant, j’assume. J’ai du caractère. Ça a le grand mérite d’éloigner les gens inintéressants. Petite, j’adorais les personnages de méchantes, de reines machiavéliques. Elles me donnaient envie de leur ressembler, j’aurais aimé être aussi impitoyable. Je m’identifiais plus à ces femmes diaboliques qu’aux princesses nulles. Elles incarnaient la mauvaise féminité, celles qui veulent le pouvoir.

Ce sont des mecs qui créent ces personnages : ils leur prêtent l’ambition de contrôler le monde alors qu’en fait, elles veulent juste contrôler leur vie. C’est ce qu’on reproche aux féministes, finalement. Vraiment, j’adore ces personnages. C’est pour ça que je me dessine des sourcils de méchante. Pour rigoler, jouer avec ce type de codes.

“3 femmes qui m’ont inspirée”

Ma mère

“La personne la plus forte que je connaisse. Elle a survécu à une dictature militaire, elle a pris des décisions majeures me concernant alors qu’elle avait à peine plus de 20 ans. Elle est drôle, elle est libre et elle n’a jamais cessé de me surprendre.”

Helen Keller

“C’est une femme handicapée, auteure, conférencière et militante américaine du XIXe siècle. Enfant, j’ai lu son histoire. Son parcours a été édulcoré, mais en réalité, elle était socialiste, très engagée politiquement.”

Mercedes Sosa

“Une chanteuse argentine très connue en Amérique latine que j’adore. Ses chansons sont fortes, puissantes, vivifiantes et mélancoliques à la fois. L’une de mes chansons préférées est Sólo le pido à Dios (Je le demande seulement à Dieu) – même si je ne crois pas en Dieu – parce qu’elle demande à ce que l’injustice ne la laisse jamais indifférente et à ne pas être fauchée par la mort sans avoir eu le temps de faire suffisamment.”

Cet entretien est initialement paru dans le n°823 de Marie Claire, daté d’avril 2021. Un numéro collector, avec huit interviews de femmes engagées (Leïla Bekhti, Juliette Binoche, Annie Ernaux, Odile Gautreau, Grace Ly, Aïssa Maïga, Elisa Rojas, et Lous and the Yakuza) et huit Unes, photographiées par Charlotte Abramow.

Mister T & moi 19,89 € sur Amazon

Source MARIE -CLAIRE.

Handicap, amour et préjugés…

Elisa, en situation de handicap, vit en fauteuil roulant depuis toujours.

À l’âge de 20 ans, elle est tombée amoureuse à la fac du beau gosse de l’amphi.

Un amour impossible, entravé par les préjugés. Julien, lui, est devenu non voyant à 27 ans.

Il craint de ne plus parvenir à connaître l’amour…

En Virginie, Cole, tétraplégique depuis 10 ans, embrasse sa compagne Charisma, rencontrée dans son centre de rééducation. (2018)

 

Comment aimer quand la situation de handicap rend la vie moins “normale”, quand la solitude pend plus au nez qu’à d’autres et que les préjugés ne viennent rien arranger ?

Cela fait désormais 23 ans que Julien ne voit plus. Né myope, il a toujours été habitué aux troubles de la vision. Il connait, dès l’enfance, une dégradation progressive de la vue. Il perd son premier œil à l’orée de l’adolescence, pendant que le second se dégrade.

“Enfant, je l’ai très tôt vécu comme une grosse différence par rapport aux autres. À l’adolescence, c’était compliqué à gérer : j’avais tendance à le gommer, le cacher. “

Pour l’amour, tout est d’emblée difficile pour le jeune homme qu’il est. Il est complexé et ses problèmes de vue le freinent pour charmer ou draguer. Sa première relation intime à 17 ou 18 ans, il l’explique uniquement par le premier pas qu’a fait sa partenaire.

“J’étais très très seul face à ces difficultés. J’étais très conscient d’être dans une forme de grande souffrance. Par contre, j’ai été dans une forme de dépression qui a duré assez longtemps.”

C’est à 27 ans que Julien perd totalement la vue, et ce de manière brutale. À l’hôpital, on lui annonce délicatement qu’il n’y a plus rien à faire. Alors que sa mère est effondrée, il est soulagé.

“À ce moment, je suis coupé d’un fil invisible et malsain pour moi, qui est l’impossibilité de communiquer avec mes yeux alors que je vois. (…) À cette époque, mon image était tellement dégradée que je ne pouvais même pas profiter de ce que je voyais. Au sens figuré, pareil.”

Soulagé, car la déficience et les problèmes se résolvent définitivement. Julien connait alors le noir, et un nouveau chapitre s’ouvre désormais pour lui :

“Ne plus avoir d’images, ça me soulage complètement. Je me retrouve dans le noir, enfin. Au calme, apaisé.”

La vie reprend son cours pour le chef d’entreprise. Elle s’aménage, notamment grâce à l’assistance qu’il a. Très rapidement, une relation faite de confiance et de complicité s’installe. Elle cède tout aussi rapidement à la séduction.

“Petit à petit, je lui ai proposé de venir boire un verre à la maison. Ensuite, on passait de plus en plus de temps ensemble, en dehors du travail.”

Les secrets de l’amour sont impénétrables, et Julien tombe sous le charme. Il découvre à cette occasion de nouvelles sensations et de nouveaux sens. Les yeux ne sont pas si importants :

“Le contact de la peau, la pression, la chaleur d’une main, sa forme, les bijoux qu’il peut y avoir dessus… À travers cette petite partie du corps, on peut en extrapoler toute la partie qu’on ne voit pas. Et, à partir de là, je suis tombé amoureux.”

Tout se passe parfaitement bien. Le premier baiser, les premiers papillons, les premières émotions de l’intimité partagée. Le lendemain, dans un train, la complicité se confirme. La romance est en route, décuplant toutes les sensations — « un sentiment d’intimité tout à fait exceptionnel », affirme Julien.

“Ça aurait pu venir par les mots, mais ça a été tellement plus beau que ça vienne autrement que par quelque chose de plus évident que le regard ou les mots.”

Riche de cet amour, Julien a appris à s’assumer :

“Elle m’a permis de comprendre qu’il est possible de vivre des relations amicales et amoureuses très très fortes. Ça m’a rassuré : perdre la vue, ce n’est pas perdre la relation à l’autre.”

Elisa, elle, est avocate et militante. Elle est en situation de handicap depuis son enfance. Petite, elle se demandait pourquoi elle ne pouvait pas rencontrer quelqu’un. Une rencontre lui a justement apporté des réponses.

C’était à la faculté. Le beau gosse du coin est venu lui parler, en prenant soin de se mettre à sa hauteur. Elisa est tombée directement sous le charme :

“C’est ça le coup de foudre : une personne qui vous éblouit. Au début, je me suis demandée ce qu’il se passait. Pourquoi y avait-il un effet aussi important ? Il ne m’a pas fallu très longtemps avant de comprendre que j’étais amoureuse de lui.”

Mais voilà, un monde semble les séparer : lui, c’est le mec beau, et elle, elle est en situation de handicap.

“Lui, il était au dessus du panier, et moi j’étais tout au fond. Donc ce n’était pas possible, aux yeux de la majorité des gens.”

Elisa essuie donc les remarques désobligeantes. On la raisonne, on la fait redescendre sur terre, on lui fait comprendre qu’elle serait au premier barreau de l’échelle, qu’elle ne vaudrait pas grand chose sur le supermarché de l’amour et qu’elle devrait trouver quelqu’un au même niveau qu’elle.

“On a tellement peu de représentations de la vie privée, affective et amoureuse des personnes handicapées que ça crée du malaise. Ça déconcerte l’entourage de voir une femme handicapée amoureuse. Pour un homme valide, le fait même de reconnaitre son attirance pour une femme handicapée est un problème, puisqu’on nous représente comme étant repoussantes.”

Elisa vit alors sa romance seule, même si elle réussit à trouver des moments de complicité avec l’homme dont elle est amoureuse. Mais la dépression lui tombe dessus : la jeune femme s’interroge sur ce qu’elle vit, sur les discriminations et les préjugés d’une société validiste, ou la difficile réciprocité dans les relations amoureuses.

Après avoir parcouru un long chemin intérieur, elle essaie enfin de se livrer et se dévoiler :

“C’était le point final. J’étais pressée d’être libérée…”

Source FRANCE CULTURE.

Corps, handicap et sexualité : quelle posture soignante adopter ? …

Certaines personnes en situation de handicap ne sont pas libres d’accéder au corps d’autrui, ni quelquefois à leur propre corps.

Corps, handicap et sexualité : quelle posture soignante adopter ?

 

Or d’après la pyramide de Maslow, la sexualité constitue un besoin fondamental. Certains pays tels que la Suisse, le Danemark ou les Pays-Bas répondent à l’entrave de la sexualité par des assistants sexuels formés et agrées. En France, où cette pratique est interdite, comment l’infirmier peut-il réagir face à des patients confrontés à cette situation ?

Alors que l’idée que notre corps nous appartient est relativement répandue, le principe d’indisponibilité du corps humain serait une règle non écrite mais dont l’existence est affirmée depuis 1975 par la Cour de cassation. Il s’agit d’un principe de non-patrimonialité, ce qui veut dire finalement que le corps ne peut faire l’objet d’un contrat ou d’un commerce. Du point de vue strictement juridique donc, notre corps ne nous appartient pas.

Que l’infirmier peut-il répondre ?

La question éthique se pose face aux besoins et aux libertés en termes de sexualité des personnes atteintes de handicap ne pouvant les satisfaire seules. Quelle posture soignante adopter ? Alain Laugier* énonce que de l’envie de savoir à celle de partager, il n’y a souvent qu’un pas. De l’envie de soutenir ou pas, il n’y a parfois qu’un trait. De l’envie de suivre à celle de comprendre, il y a des hommes. Nous avons choisi cette citation car la dernière phrase peut insinuer que l’assimilation entre la prostitution et l’assistance sexuelle perdure. Alors que si nous nous penchons sur les droits et besoins de chacun, les hommes pourraient faire évoluer ces opinions.

Périmètre de l’assistance sexuelle

Car de la prostitution, définie comme le fait de se livrer ou d’inciter autrui à se livrer aux désirs sexuels d’une personne pour en tirer profit, l’assistant sexuel se veut éloigné. La loi française interdit le recours aux services d’une personne qui se prostitue. Alors que le terme de prostitution englobe l’idée de pénétration, l’assistance sexuelle exclut cette pratique, de même qu’elle exclut la fellation et le cunnilingus.

Elle cherche à préserver la personne en tant que sujet en répondant à ses besoins et attentes et est en capacité de rapprocher des corps de personnes handicapées, promouvant ainsi des actes sexuels entre deux personnes consentantes. L’assistance sexuelle offre des caresses pouvant aller jusqu’à l’orgasme et des corps à corps dans la nudité. Les missions de l’assistant sexuel consistent à accompagner le plaisir sensuel, érotique ou sexuel des personnes en situation de handicap qui en font la demande. En France, les lois n’ont pas évolué et les avis quant à ce sujet encore tabou entraînent le blocage de l’autorisation d’exercer cette profession malgré l’existence d’une autorisation pour une formation spécifique.

Un consentement primordial

Il existe cependant des limites à cette pratique. Les besoins sont relatifs et propres à chacun. Ainsi, il ne faudrait pas infliger cette pratique à une personne en situation de handicap dans l’incapacité de communiquer. Le consentement est primordial pour que le sujet soit acteur de sa vie. Ainsi, l’assistant sexuel ne doit pas porter atteinte à l’intimité ni à l’intégrité de celui-ci. Comme dans tout soin, l’instauration d’un cadre évite les confusions et pose des limites dans la relation.

La question centrale devient alors celle-ci : l’assistance sexuelle doit-elle être considérée comme un soin, donc un recours duquel l’infirmier devrait être informé et en capacité de parler librement ?  Si l’on fait référence au concept d’équanimité, autrui est notre semblable malgré sa différence et nous avons tous les mêmes besoins fondamentaux. Alors comment équilibrer cette relation pour apaiser les esprits ?  Et vous, soignant, comment répondriez-vous aux besoins des personnes handicapées en demande d’assistance sexuelle ?

*Pr Alain Laugier Radiothérapeute professeur émérite.

Source Infirmiers.com

Le calcul de l’allocation aux adultes handicapés organise une dépendance intenable dans le couple… Vidéo…

Une pétition déposée au Sénat relance la mobilisation pour que le versement de l’AAH soit désolidarisé des revenus du ou de la partenaire.

 

Le calcul de l'allocation aux adultes handicapés organise une dépendance intenable dans le couple

Aujourd’hui, en France, quasiment 1,2 million de personnes touchent l’AAH, l’allocation aux adultes handicapés. Cette allocation de solidarité est destinée à assurer aux personnes en situation de handicap un revenu minimum. Elle est attribuée sous réserve de respecter des critères d’incapacité, d’âge, de résidence et de ressources. Son objectif majeur est de palier l’absence ou la faiblesse de revenus d’activité d’une personne en situation de handicap. En effet, non seulement certaines de ces personnes ne sont tout simplement pas en mesure de travailler, mais nombreuses sont celles qui sont victimes de discrimination à l’embauche. Ainsi, 18% des personnes en situation de handicap sont au chômage, soit environ deux fois plus que la moyenne nationale.

Mais, l’AAH est ce que l’on appelle une allocation différentielle: c’est-à-dire que son montant peut varier selon les ressources du foyer. Et, c’est là que le bât blesse.

En effet, comme l’explique Kevin Polisano dans une courte vidéo mise en ligne en 2017, si une personne handicapée touchant l’AAH (dont le montant est aujourd’hui de 900 euros mensuels) se met en couple avec une personne valide dont le salaire dépasse 1.625,40 euros par mois (soit 19.505 euros par an), l’AAH lui est supprimée. C’est-à-dire que la personne handicapée se retrouve sans aucun revenu personnel.

Une accentuation de la dépendance

Pour les associations qui dénoncent cette disposition, ce conditionnement du versement de l’AAH crée des situations intenables autant financièrement que socialement et psychologiquement. Pour Odile Maurin, présidente de l’association Handi-Social, les conséquences sont triples: «La conséquence pour la personne handicapée, c’est qu’elle se retrouve en situation de dépendance financière vis-à-vis du conjoint ce qui peut entraîner des relations conflictuelles et de la violence et un sentiment d’infériorité. Il y aussi une conséquence sur la personne valide: elle accepte volontairement de se mettre en situation de pauvreté parce qu’elle a choisi de vivre avec quelqu’un en situation de handicap. Il y a enfin une conséquence sur le couple: on met les deux conjoints dans une situation de pauvreté.»

Le premier point est essentiel et témoigne d’une vision validiste du handicap, comme l’explique Cécile Morin porte-parole du Collectif lutte et handicaps pour l’égalité et l’émancipation: «Les politiques mises en œuvre par ce gouvernement organisent une dépendance des personnes handicapées. Cette mesure conduit à reproduire dans l’ordre des relations familiales la dépendance, la domination et le risque d’infantilisation dont les personnes handicapées font déjà l’objet de manière systémique. Ça accrédite l’idée que les personnes handicapées ne seraient pas des sujets de droit, adultes, autonomes, capables de choisir avec qui elles ont envie de vivre. Cela renforce l’idée que les personnes handicapées seraient des objets de charité et de protection soumises à une domination au sein de foyer.»

Même son de cloche du côté de Clémentine du collectif Les Dévalideuses: «On intériorise l’idée que les personnes handicapées sont des fardeaux au sein d’une société validiste, qu’elles sont dépendantes, qu’elles n’ont pas le droit d’avoir leur revenu propre, que leur autonomie ne vaut pas le coup.»

«Certaines personnes handicapées ne s’installent pas avec leur partenaire parce que l’autre ne pourra pas faire vivre le foyer seul.»

Clémentine du collectif Les Dévalideuses

Stéphane, qui souffre d’un syndrome d’Ehlers-Danlos et touche l’AAH depuis dix ans témoigne: «Avec ce fonctionnement l’État nous fait comprendre que nous sommes un poids dont quelqu’un doit se charger, et que si quelqu’un vit avec nous, c’est à lui d’assumer. Quand on est handicapé, on subit une pression à la performance. On n’arrête pas d’être remis en question, tout le temps. Qui veut de ça dans un couple?»

Le jeune homme dénonce le prix de l’amour subi par les personnes handis: «Vous imaginez si une loi vous dictait qui vous avez un peu le droit d’aimer, mais pas trop, et qui vous n’avez pas du tout le droit d’aimer? C’est ce qu’il se passe avec l’AAH. Le mariage ne nous est pas rendu illégal, mais il est quand même passible de sanctions.» Clémentine ajoute: «Les personnes handicapées peuvent se se dire: “Je ne vais pas m’installer avec la personne dont je suis amoureuse parce que la CAF va me retirer mon AAH”. Certaines ne s’installent pas avec leur compagnon ou leur compagne parce que l’autre ne pourra pas faire vivre le foyer tout seul.» Cécile Morin complète: «Cela nous renvoie au fait qu’au regard de la société, la vie affective et psychologique des personnes handicapées ne compte pas.»

Les femmes exposées à la violence

Cette vision validiste est aussi une vision patriarcale du couple, comme l’exprime Stéphane: «Notre société considère le couple comme un genre d’individu unique composé de sous-individus pas vraiment distincts. Et si on prétend être sortis de cette vision rétrograde depuis les années 1960, ça reste l’approche fondamentale de l’État.»

En effet, la personne en situation de handicap devient totalement dépendante financièrement. «Cela crée un rapport de domination, explique Clémentine. Si le conjoint valide gagne plus que le salaire moyen des Français, la personne handicapée dépend totalement de lui et devra demander pour la moindre dépense. Dans un couple valide/handicapé, il peut déjà y avoir des biais de pouvoir par rapport à la dépendance physique. On ajoute une dépendance financière qui peut être source de tensions au sein du couple, et de violences.»

“34% des femmes handicapées ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire, contre 19% des valides.”

Étude de la Dress

La dépendance financière accroît le risque de violences physiques et psychologiques chez les femmes en situation de handicap, qui constituent déjà la population la plus concernée par les violences au sein du couple. En 2014, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne estimait en 2014 que 34% des femmes handicapées avaient subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire, contre 19% des valides. Une étude rendue publique le 22 juillet 2020 par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) confirme ces chiffres dramatiques. «Soumission et violences peuvent s’installer du fait de cette dépendance», explique Clémentine.

Et, en cas de violences subies, il est extrêmement compliqué de quitter son compagnon. «C’est évidemment très difficile de quitter son conjoint dans ces conditions, d’autant plus s’il est aidant familial», note Cécile Morin. Quitter l’autre signifie vivre plusieurs mois sans aucun revenu: «La CAF va mettre plusieurs mois à recalculer puis payer l’AAH» déplore Odile Maurin.

Obstination de l’administration

Aujourd’hui, le cabinet de Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées –qui n’a pas répondu à nos sollicitations par mail, campe sur son leitmotiv: «La solidarité nationale complète la solidarité familiale, elle ne doit pas s’y substituer. Que la personne soit en situation de handicap ne constitue pas un motif qui permettrait de déroger à ce principe au cœur de notre organisation sociale.» Selon Odile Maurin, «sa conception de la solidarité nationale est une conception du XIXe siècle, une conception où la femme est toujours dépendante de l’homme». Clémentine ajoute: «Cette vision arriérée est accompagnée d’une volonté de dénaturaliser l’AAH en en faisant quelque chose conditionné à la recherche d’emploi sous prétexte de promouvoir l’indépendance des personnes handicapées.» Sauf que rien n’est fait pour aménager le travail pour ces personnes.

Depuis le 10 septembre 2020 et jusqu’au10 mars 2021 circule une pétition déposée au Sénat pour la désolidarisation des revenus du conjoint pour le paiement de l’allocation aux asultes handicapés.

Source SLATE.

Handicap et violences sexuelles : « À tous les handicapés qui le peuvent, parlez » – 3 victimes témoignent… AVERTISSEMENT : Cet article relate des récits de violences sexuelles. Sa lecture peut être perturbante !

Willy, Charlie, et Julie sont en situation de handicap. Victimes de violences sexuelles, ils et elles nous livrent leur histoire et appellent à dénoncer ces crimes.

Handicap et violences sexuelles : « À tous les handicapés qui le peuvent, parlez » – 3 victimes témoignent

 

Être en situation de handicap, ce n’est pas seulement affronter de multiples difficultés supplémentaires au quotidien. C’est aussi devenir une cible privilégiée pour certains agresseurs sexuels. En France, 7,3 % des personnes handicapées ont subi au cours des deux dernières années des violences physiques et/ou sexuelles alors que ce chiffre s’élève à 5,1 % pour le reste de la population. 1 personne en situation de handicap sur 4 déclare avoir subi au moins une atteinte (vol, injure ou menace, violences sexuelles ou physiques) contre 1 personne sur 5 pour les personnes valides.

Selon une étude de la Drees (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), parue en 2020, 9 % des femmes en situation de handicap sont concernées. Les femmes handicapées ont deux fois plus de chances de subir des violences sexuelles que celles sans handicap. Parmi les plaintes déposées pour viols, on remarque que 43 % ont eu lieu à domicile, 27 % dans un établissement, 14% en foyer, et le reste dans des lieux non précisés.

D’après l’OMS (Organisation mondiale de la santé), chez les enfants handicapés, une fille sur cinq et un garçon sur treize sont victimes de violences sexuelles. Pour Maudy Piot, psychanalyste et présidente de l’association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir, « Le handicap est une vulnérabilité, car la différence n’est pas appréhendée positivement et entraîne parfois de l’agressivité. » Victimes, Willy, Charlie et Julie ont accepté de parler pour sensibiliser à cette question et appeler à une attention plus stricte sur ces dérives.

« Il m’a dit que ce n’était pas un viol mais un fantasme »

Willy* est un homme de cinquante-trois ans, en situation de handicap, militant pour le droit au plaisir à l’association Appas, et victime de violences sexuelles.

« Je suis atteint d’un trouble de la posture et du mouvement qui s’appelle IMC (infirmité motrice cérébrale). Handicapé depuis ma naissance, j’ai eu mon premier fauteuil roulant lorsque j’avais trois ans et j’ai été violé à 14 ans. À cet âge-là, je suis dans un centre de rééducation à Valençay où les adolescents et les adultes sont mélangés. Je vis dans une chambre avec des murs blancs et quatre autres personnes handicapées.

Un adulte, amputé du bras droit, ancien militaire parachutiste, abuse de moi pendant plus de six mois, plusieurs fois par semaine. C’est la nuit, les autres ne s’en aperçoivent pas. J’ai très peur, il me menace parfois avec un couteau sous la gorge : “Je pourrais retrouver ta famille et les tuer”. Je le vois encore prendre mon chocolat chaud, pisser dedans et me forcer à le boire. À cette époque, je crois en Dieu et lui demande sans cesse : pourquoi moi ? Pourquoi tu ne l’arrêtes pas ?

J’ai essayé d’en parler au directeur du foyer mais il ne m’a pas cru. Il m’a dit que ce n’était pas un viol mais un fantasme. Je n’en pouvais plus, c’était trop. J’ai décidé alors d’appeler mon père pour qu’il vienne me chercher, pour qu’il me sorte d’ici. Je ne lui donne pas de raison, je lui dis juste que s’il ne vient pas, je vais faire une connerie. C’est seulement à 22 ans que j’en ai parlé à ma mère, c’était traumatisant et douloureux de le dire à quelqu’un.

Après ces viols qui étaient aussi mes premiers rapports, je ne savais pas comment avoir des relations sexuelles. Un ami de ma mère m’a accompagné voir une prostituée. Ça m’a sauvé, ce moment de tendresse, ce moment où je me suis retrouvé, moi, mon corps, moi, homme. On ne parle pas assez des violences que subissent les personnes en situation de handicap. Enfin, soit ce sont les handicapés qui n’en parlent pas, soit on met un torchon, un voile dessus. Je sais que ça se passe encore dans d’autres foyers, je sais que je ne suis pas le seul. À l’époque, je n’avais pas osé porter plainte, aujourd’hui si une personne me raconte ça, je l’encouragerais à le faire.

Moi, je ne peux pas me laver tout seul, je ne peux pas me faire à manger, je suis totalement dépendant des autres, mais après des années d’orthophonie je peux parler. À tous les handicapés qui le peuvent, parlez. Ce n’est pas à vous d’avoir peur. »

« Il avait vu mon handicap »

Charlie*, non binaire de 23 ans, travailleu·se du sexe, animateur.rice périscolaire, autiste, témoigne sur les violences sexuelles qu’iel a vécu·es.

“J’ai douze ans, je viens d’entrer en sixième et je rencontre un garçon qui a deux ans de plus que moi. À l’arrêt de bus en béton, il me dit qu’il m’aime, que les garçons et les filles, ça se fait des bisous. Il m’emmène dans un endroit à l’abri du regard des autres, je lui dis non, je ne veux pas, mais il me pénètre avec ses doigts. Le lendemain, je ne suis plus saon amoureu·se, je suis une grosse salope.

C’est à quatorze ans, en juillet 2012, que je décide de porter plainte, classé sans suite, mais je suis reconnu·e victime et lui fiché délinquant sexuel pour quinze ans. En août 2012, deux, trois jours avant mon anniversaire, je vais à une fanfare. Un des musiciens, âgé de 29 ans, se rapproche de moi et tente de m’embrasser. Il m’attire vers lui et me manipule. Il me dit de ne jamais écouter les adultes, qu’ils disent n’importe quoi. Il insulte sa mère aussi, et se met dans ma peau : une ado en rébellion contre ses parents. Avant de rentrer, on va à la plage avec ma copine, il vient avec nous.

L’homme me bouscule, me fait tomber dans le sable. Je pars me rincer dans une douche de plage, et il se met devant moi, nu, son sexe en érection. Il me dit qu’il a envie de moi, et c’est assez flou. Je suppose qu’il m’a frappé, je vois ma tête assez près du mur. Il me soulève, je regarde l’horizon, je pense à autre chose. Je quitte mon corps. Ma copine n’est pas loin, je pense très fort qu’elle va venir mais elle n’est jamais venue. Puis, il me jette par terre, ma culotte et moi. Il me dit : “maintenant tu te rhabilles, si t’ouvres ta gueule je perds la garde de mes enfants, et je te crève”.

Je pense qu’il avait vu mon handicap, ma différence. En tant qu’autiste, je perçois différemment le danger. Il a dû sentir que j’étais une proie facile. J’ai aussi du mal à interpréter les codes sociaux, à comprendre mes émotions, et celles des autres. J’ai du mal à analyser certains mots, certaines expressions. Ce qui peut paraître évident pour vous, les neurotypiques (personnes qui ne sont pas autistes) ne va pas forcément l’être pour les autistes. Puis, j’ai l’impression que ça se sent, que ça se reconnaît une personne qui a déjà été violée : t’as pas eu de chance une fois alors t’as deux fois plus de chances que ça t’arrive une deuxième fois.”

« Tout ce qui lui importait c’était qu’on ait le nombre de rapports qu’il souhaitait »

Julie* est une graphiste de 30 ans, atteinte de plusieurs maladies : le Syndrome d’Ehlers-Danlos, une maladie génétique, la maladie de Ménière, un trouble de l’oreille, l’endométriose, et de nombreuses dépressions associés à un TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Voici son histoire.

“Je vis en Alsace, dans une petite ville près de Strasbourg et j’ai vécu une relation (très) toxique avec un homme. Je l’ai rencontré lorsque j’avais 19 ans, nous étions tous les deux musiciens et nous nous sommes rencontrés lors d’un concert. C’était un vrai coup de foudre, nous sommes vite devenus fusionnels. Lorsque nous n’étions pas ensemble le week-end, on se téléphonait, ou on se parlait par message.

À cette époque, mon endométriose était très active. J’avais de fortes douleurs pendant les rapports, mais il exigeait toujours un nombre précis de relations sexuelles. C’était insupportable. J’étais exténuée mais si je refusais un rapport, il me faisait culpabiliser. C’était ma faute, moi la malade, moi la souffrante, c’était ma faute quoi qu’il arrive. Il me disait qu’il prendrait soin de moi, que j’étais une petite chose fragile. Puis, la minute d’après : “bouge-toi, tu en rajoutes !”.

Je cédais sous sa pression, j’alternais entre douleurs, fatigue, crises d’angoisse, dépression et culpabilité constante.  J’ai commencé, petit à petit, à me scarifier. Puis, le petit à petit s’est transformé en tous les soirs, c’était d’énormes bulles de tristesses, de colères qui s’explosaient à travers mes entailles. Il n’avait pas peur pour moi, il avait peur du regard des autres. Il n’a jamais proposé de m’accompagner à un rendez-vous chez le gynéco. Tout ce qui lui importait, c’était qu’on ait le nombre de rapports qu’il souhaitait. Point. Peu importe que j’y prenne du plaisir ou que je souffre le martyr. 

Au bout de 3 ans de relation, je n’étais plus que l’ombre de moi-même. La moitié de mon corps était scarifiée. J’ai été hospitalisée en psychiatrie. Le diagnostic de bipolarité a été posé. J’ai été mise sous neuroleptiques à hautes doses. J’ai pris 30 kilos. Je n’étais plus attirante sexuellement selon ses « critères de beauté » (surpoids, cicatrices…) et il a commencé à me repousser, à me faire sentir moche et non désirable.

À ma sortie de l’hôpital (après 6 semaines), cet homme a mis fin à notre relation. Il ne peut plus tolérer ma maladie, et je suis dangereuse pour lui. Après la rupture, mon état s’est aggravé, j’ai développé un stress post-traumatique et mes premiers problèmes moteurs sont apparus. Je suis hospitalisée pendant presque deux ans, et demande enfin une reconnaissance adulte handicapée.

À l’heure où j’écris, je dois me déplacer la majeure partie du temps en fauteuil roulant, ma vessie, mon estomac sont gravement atteints, mes douleurs sont quotidiennes. Mais, en dépit de tout ça, je suis amoureuse d’un homme extrêmement bienveillant, extrêmement présent. Il me soutient, et paie parfois les pots cassés de cette relation passée.”

🔍 PRENDRE LA PAROLE

Si vous avez été victime de violences sexuelles/ou physiques, vous pouvez vous rendre sur ecoute-violences-femmes-handicapees.fr et appeler le numéro mis en place par l’association FDFA (Femmes pour le dire, Femmes pour agir) : 01 40 47 06 06. Si vous êtes un professionnel, une personne en situation de handicap, ou un proche, vous pouvez vous rendre sur ce module qui aide à signaler, et prévenir les violences sexuelles.

Source NEONMAG.

 

Lever le tabou de la sexualité des personnes en situation de handicap…

Tour à tour fraîche et émouvante, l’autobiographie de Guillaume Bourdiaux ne laisse pas indifférent.

Guillaume Bourdiaux est fier de présenter son livre autobiographique.

Âgé de 23 ans, le jeune Baillarguois est atteint d’infirmité motrice cérébrale. Dans son récit intitulé Guillaume au pays d’Alice, il raconte les frustrations, les souffrances, les opérations et les hospitalisations. Il confie ce sentiment d’injustice et d’infériorité qui l’a toujours empêché de vivre comme les autres, malgré la bienveillance et l’accompagnement sans faille de ses proches.

“Laisser une trace de mon expérience”

Scolarisé dans un cursus classique, Guillaume a noué des amitiés fortes et, grâce à son implication, a entamé des études supérieures avant d’être rattrapé par ses démons. Ce qui l’a sauvé ? Un service civique auprès d’Unis-Cité, puis la découverte de la sexualité en compagnie d’Alice, au fil de rencontres tarifées.

Il livre un témoignage poignant et spontané sur son vécu et explique comment les plaisirs charnels et la sensualité ont changé sa vie et sa manière d’aborder les choses. “Avant, je subissais mon handicap, il me rongeait. Aujourd’hui, j’accepte mieux mon corps, j’ai un peu plus confiance en moi, mais surtout, j’ai pris conscience que tout peut s’améliorer”, précise en souriant le jeune auteur. “J’ai choisi d’écrire pour laisser une trace de mon expérience. Comme je suis assez timide, je trouve qu’il est plus facile d’exprimer mes émotions de cette façon”, explique ce grand passionné de foot, fier de la concrétisation de son projet d’écriture.

Ce récit de vie, documenté, sincère et touchant, se veut engagé pour la législation de l’assistanat sexuel. “Dans la société actuelle, on ne pense pas aux plaisirs sexuels des personnes handicapées, comme si elles n’en avaient pas besoin ni envie. C’est pourtant primordial et je ne comprends pas pourquoi elles en seraient privées”, note Guillaume.

Porté par l’optimisme, ce dernier prépare un brevet d’animateur en maison de retraite et travaille déjà à l’écriture d’un autre récit personnel. Il se plaît à rêver à une adaptation télévisée de ce premier livre tant le sujet lui tient à cœur, et tant il sait qu’il concerne un grand nombre de personnes en situation de handicap. Pour l’heure, le jeune homme a ouvert la porte du pays des Merveilles, où tous les bonheurs sont possibles.

Lyon : rencontre avec Cybèle, assistante sexuelle pour handicapés…

Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, s’est déclarée favorable à l’accompagnement de la vie sexuelle des personnes en situation de handicap.

Cybèle est assistante sexuelle à Lyon.

Rencontre.

Willy fait appel aux services de Cybèle depuis plusieurs années. Une relation qui marie confiance, sensualité et sexualité.

Dans son appartement  du 7e arrondissement de Lyon, Willy accueille régulièrement Cybèle. Willy est handicapé moteur, Cybèle est escort girl, cette relation est devenue indispensable à Willy. “Ça m’a redonné confiance en moi et ça m’a permis d’être bien dans ma peau“, nous explique-t-il, alors qu’il se bat contre une dépression.

Et je me suis dit, quand ça va recommencer, quand je vais être mal dans ma peau, quand je vais avoir des frustrations qui vont revenir je vais pouvoir faire appel à une accompagnatrice sexuelle.” Les proches de Willy ont remarqué une amélioration dans son comportement depuis cette relation “Si je suis frustré, je suis mal avec les autres. J’ai pensé plusieurs fois au suicide à cause de ce manque-là.

L’accompagnement de vie sexuelle

À Lyon, Cybèle accompagne plusieurs personnes handicapées dans leur intimité. Son activité est assimilée à de la prostitution et depuis une loi d’avril 2016, ses clients sont passibles du délit de proxénétisme. Elle milite donc pour une reconnaissance du métier d’assistante sexuelle. Elle nous parle de son activité où elle doit apprivoiser des corps en souffrance.

Je peux proposer des actes ou des adaptations, on peut essayer et se rendre compte que ça ne convient pas. Donc, il y a beaucoup d’essais et d’erreurs dans l’accompagnement et ce n’est pas forcément thérapeutique. Effectivement, je ne suis pas thérapeute, je ne suis pas là pour apporter du soin, si la personne y trouve quelque chose de thérapeutique, c’est très possible aussi. Si elle n’y trouve que du plaisir, c’est déjà bien” nous explique-t-elle.

La secrétaire d’Etat favorable

La secrétaire d’État Sophie Cluzel s’est déclarée dimanche “favorable à l’accompagnement de la vie sexuelle” des personnes handicapées par “des assistants“, un “sujet tabou” sur lequel elle a saisi pour avis le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Moi, je suis très favorable à ce qu’on puisse accompagner (la) vie intime, affective et sexuelle” des personnes handicapées, a indiqué Mme Cluzel lors du “Grand Rendez-vous” Europe 1/CNews/Les Echos. “Tout l’enjeu de la façon dont je mène ma politique, c’est de remettre les personnes handicapées en pleine citoyenneté, dans le respect et la dignité”, y compris “le droit à une vie intime, affective et sexuelle“, a-t-elle souligné.

Ce sujet est “tabou dans notre société, c’est pour ça que j’ai saisi le Professeur (Jean-François) Delfraissy, président du CCNE“, a expliqué la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. Mme Cluzel a adressé samedi au Pr Delfraissy un courrier, où elle juge “aujourd’hui indispensable de rouvrir la réflexion éthique en abordant le sujet de l’assistance sexuelle avec une vision renouvelée“, selon des extraits parus dans Le Journal du Dimanche.

Il ne s’agit pas “d’ouvrir un réseau de prostitution, cette question est totalement ridicule, à côté de la plaque. Ces assistants de vie sexuelle existent déjà en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse. Allons voir comment ont été formées ces personnes“, a dit Mme Cluzel sur Europe 1 et CNews.
En 2012“, le CCNE avait “déjà été saisi” sur ce sujet et avait “émis un avis en disant On ne veut pas se prononcer pour l’instant, c’est trop compliqué“, mais depuis “la société a mûri“, a estimé la secrétaire d’Etat.

Les personnes handicapées “nous le redisent haut et fort (…). Elles nous ont dit – Nous souhaitons pouvoir être accompagnées dans notre vie intime et sexuelle-“, a poursuivi Mme Cluzel. “Je ne préconise rien puisque je saisis le Pr Delfraissy”, a-t-elle ajouté. “Il va y avoir des débats citoyens“, ce qui “va nous permettre de prendre en compte les désirs et les attentes des personnes, des associations qui les accompagnent“, “c’est un vrai sujet de société“, a-t-elle considéré.

Quoi qu’il se passe, cela nous fera faire un bond en avant colossal dans la bientraitance des personnes, dans le recueil de leurs désirs, de leurs attentes, dans la façon de les regarder différemment, non plus comme des objets de soins, mais bien comme des sujets de droits“, a relevé Mme Cluzel.

Reportage primé au CIRCOM Regional 2020

Jeudi 8 octobre 2020, l’Association Européenne des Télévisions Régionales a annoncé que ce reportage réalisé avec Cybèle par Sylvie Adam et Benjamin Métral, avait été primé dans la catégorie des reportages d’actualité lors du CIRCOM Régional 2020.
Le jury a notamment remarqué le caractère “surprenant de ce reportage traitant d’un sujet provocant, traité de manière délicate et soignée“.

Source FR3.

Handicap et sexualité: les accompagnants sexuels veulent sortir de la clandestinité…

Souvent niée, la question de la sexualité chez les personnes en situation de handicap resurgit dans le débat public.

Des associations espèrent un encadrement de la pratique par la loi.

Handicap et sexualité: les accompagnants sexuels veulent sortir de la clandestinité...

«Chaque femme qui a vécu avec moi et qui m’a aimé a été traitée de perverse. Parce qu’avoir du plaisir avec un homme en situation de dépendance, dans la culture française, c’est inconcevable», raconte au Figaro Marcel Nuss, fondateur de l’Appas (Association pour la promotion de l’accompagnement sexuel), coach de vie, conférencier et auteur de nombreux ouvrages sur le thème de la sexualité chez les handicapés. Lui-même lourdement handicapé par une amyotrophie spinale, il se bat pour que les relations sexuelles chez les personnes en situation de handicap ne soient plus perçues comme «anormales».

Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, s’est prononcée en ce sens dimanche dernier en faveur de l’accompagnement sexuel, alors que, aujourd’hui, la loi française interdit cette pratique. «Ces assistants de vie sexuelle existent déjà en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse. Allons voir comment ont été formées ces personnes», a-t-elle annoncé sur Europe 1.

En France, des associations dédiées au bien-être des handicapés militent depuis déjà plusieurs années pour qu’une loi soit votée afin de légaliser l’accompagnement à la vie affective et à la santé sexuelle chez les handicapés. Les demandes peuvent aller «de la relation purement sensuelle à la relation sexuelle» explique Marcel Nuss, «sachant que la séance dure au minimum 1h30 et en général 2-3 heures. Le dialogue a une place prépondérante, l’écoute est essentielle. Avant tout accompagnement, il y a toujours une rencontre préalable pour que les gens se définissent sur les limites et pour savoir s’il y a un feeling entre eux. Aucun des deux n’est contraint à quoi que ce soit, mais ça reste contractuel, l’accompagnement doit être payé».

«Le mythe de la reproduction du monstre»

«Si vous avez un handicap, vous n’avez pas de sexualité, vous êtes asexué» – «ce n’est pas possible d’être attiré par un corps déformé» – autant d’idées préconçues sur la sexualité des handicapés que la conseillère de l’association APF France handicap Aude Bourden tente de faire évoluer. Une incompréhension provoquée par un «double tabou» selon elle: celui de la sexualité et du handicap.

Tantôt perçus comme des anges, tantôt comme des démons, les personnes handicapées se disent oppressées par ces représentations leur niant tout désir sexuel: «soit on les considère comme des êtres purs, assimilés à des enfants (et donc sans pulsions sexuelles), soit il y a l’image du monstre, d’un corps déformé qui ne peut engendrer de désir chez l’autre».

«Nier qu’on puisse être sexué c’est nier d’être un homme et d’être digne», explique au Figaro Aude Bourden. Pour Marcel Nuss, c’est la peur de la différence qui entretient ce «mythe de la reproduction du monstre qui a des relations sexuelles». «L’idée qu’on a des relations sexuelles uniquement pour se reproduire est une idée encore forte dans notre société», acquiesce la conseillère santé de l’APF, «une idée qui prend probablement sa source dans la peur des parents de se retrouver à s’occuper d’un enfant dont leur propre fils ou fille ne peut assumer la responsabilité».

Outre ce «mythe de la reproduction du monstre» dont parle Marcel Nuss, la sexualité des personnes handicapées est également biaisée par le fait d’être considéré principalement comme un objet de soin: «ces personnes sont touchées uniquement lorsqu’il s’agit de leur procurer des soins», souligne Aude Bourden. «Avoir accès au corps d’autrui ou à son corps à travers l’auto-érotisation, découvrir le corps d’une femme ou d’un homme nu, apprendre la masturbation ou découvrir des zones érogènes sont des demandes récurrentes auxquelles l’APF tente de répondre», ajoute-t-elle.

Le droit au plaisir

«Je trouve ça hallucinant que les patients doivent demander l’autorisation au directeur pour avoir des relations sexuelles!», s’exclame Cybèle, ancienne travailleuse du sexe et aujourd’hui accompagnante sexuelle pour personnes dépendantes à l’Appas. «Il faut comprendre que ce sont des gens qui ont un handicap ET une sexualité!», insiste-t-elle.

Pourtant, bien souvent, ce besoin de vie intime chez les personnes handicapées n’est pas une chose évidente pour leurs proches.«Je me souviens d’une mère qui avait fait appel à nous et qui était complètement perdue lorsqu’elle a vu que son fils avait une érection pendant une séance de nursing» raconte Aude Bourden au Figaro. «Nous recevons beaucoup de familles qui se posent des questions et qui ne savent pas comment répondre aux demandes de leur enfant».

Une assistance clandestine

Les personnes handicapées faisant aujourd’hui appel aux accompagnants sexuels risquent d’être poursuivi pour proxénétisme et d’être pénalisés comme des clients ayant eu recours à la prostitution. C’est donc clandestinement que des associations s’organisent aujourd’hui en France pour répondre à ce besoin: depuis 2015, l’Appas, qui travaille avec des formateurs suisses et allemands, a reçu plus de 3000 demandes d’accompagnement sexuel, a suivi 600 personnes ayant exprimé ce désir d’intimité et a formé 80 personnes. 90% des demandes émanent d’hommes, et seulement 10% de femmes. «Sophie Cluzel veut lancer des enquêtes chez nos voisins européens pour voir comment ils forment des accompagnants, alors qu’on le fait sous son nez depuis mars 2015», explique au Figaro Marcel Nuss, le fondateur de l’Appas. De son côté, l’APF forme depuis longtemps ses accompagnants à travers l’association suisse «Corps Solidaires» et «CH(s)OSE».

«La question de l’accompagnement sexuel pose des questions éthiques, mais cette pratique doit être encadrée, c’est pourquoi l’APF a saisi le CCNE (Comité consultatif national d’éthique)», annonce Aude Bourden au Figaro. «On demande une exception à la loi, notre sujet n’est pas la prostitution, mais l’accès des personnes handicapées à la sexualité. Dans le cadre d’un service de mise en relation, on aimerait être dépénalisé». Ce serait donc la mise en relation qui serait problématique en France et non l’acte en lui-même, comme l’explique Fabrice Flageul, praticien en relation d’aides psycho-corporelles et également accompagnant sexuel: «Les auxiliaires de vie et les directeurs de centre ont peur d’être considérés comme des proxénètes. On est obligés d’organiser des visites privées en cachette, de trouver des stratégies».

Des soignants, des kiné-thérapeutes, des éducateurs dans le soin et des travailleurs du sexe usent ainsi du bouche à oreille pour se former et mener à bien leur activité. «Ce sont des formations assez longues, reparties sur plusieurs week-end dans l’année pour que les personnes puissent mûrir leur projet. On leur apprend comment manipuler un corps douloureux. L’assistant sexuel est complètement libre de refuser un certain nombre d’actes qu’il ne souhaite pas faire. Le but premier n’est pas la satisfaction de la pulsion sexuelle, le but est d’accompagner la personne dans sa sexualité» , nous apprend Aude Bourden. Mais si «l’objectif n’est pas le même que celui de la prostitution» selon elle, «la rétribution reste importante» car «c’est avant tout un service».

Source LE FIGARO.