Coronavirus et handicap : mère d’un enfant atteint de troubles autistiques, elle “avance dans un quotidien désespérant”. Témoignage…

Gabin est âgé de 11 ans. Il souffre depuis sa naissance de troubles de la sphère autistique.

Confiné chez lui, il a perdu tous les repères que lui offrait son Institut Médicalisé Educatif. Astrid Willemet, sa mère, télétravaille et gère comme elle peut un quotidien qui s’apparente à “l’enfer”.

Pour les parents d'enfants handicapés, le confinement est vécu comme une double peine. / © Astrid Willemet

Gabin a eu 11 ans en décembre dernier. Le diagnostic précis n’a jamais été clairement posé mais il est atteint depuis la naissance de troubles autistiques avec retard global du développement. Ses parents se partagent la garde alternée mais depuis que l’institut médico éducatif du Val de Sèvres, où il est accueilli chaque jour, à Vertou, près de Nantes, a fermé ses portes, ils doivent gérer le handicap 24 heures sur 24.

“Normalement Gabin part tous les matins à 8h15. Il revient le soir à 17 heures. Et le soir grâce à la MDPH, il a des aides de prestations compensation du handicap qui nous permettent de faire intervenir une association pour une garde à domicile jusqu’à ce que nous rentrions du travail à 18h30 ou 19 heures”, explique Astrid.

Avec le confinement, ce cadre structurant a volé en éclat. Il est pourtant essentiel.

“Le cadre structurant pour tous les enfants souffrant de troubles de la sphère autistique est primordial. Ils n’ont pas la même notion du temps, de l’espace” – Astrid Willemet

“Et là en fait tout a volé en éclat lorsque le confinement a été annoncé. Il n’est pas parti à l’école. On a mis des mots pour expliquer la situation, raconte Astrid, mais on avance pas à pas, puisqu’on ne sait pas. En fait c’est un enfant qui a vu tout son quotidien, son rythme partir. Tous ses repères se sont envolés. Et d’avoir ses parents 24 heures sur 24 heures ce n’est pas bon, comme pour n’importe quel autre enfant”,  raconte Astrid, la mère de Gabin.

“Pour nous parents d’enfant handicapé, il est impossible d’avoir une multi casquette, de parent, d’éducateur…On n’en peut plus de faire ça. On n’en peut plus. On n’a pas la patience et quand il faut travailler à côté, c’est juste impossible !” – Astrid Willemet

Confrontée aux signes d’angoisse de son enfant, Astrid s’en réfère à la pédopsychiatre qui suit Gabin habituellement. “Je l’ai appelée en urgence. Gabin est très triste, il se met à pleurer sans raison, à s’enfermer en croisant les bras. Et puis comme il ne parle pas, on ne peut pas savoir exactement comment il ressent les choses”, confie Astrid.

“Seule au monde”

Aujourd’hui Astrid se sent seule. “Il y a des structures qui gardent le lien. Nous, ils nous envoient deux vidéos mais simplement sur deux minutes. Pour garder l’attention fixée, c’est pas terrible. Là j’ai eu son éducateur. On va essayer de mettre en place un Whatsapp tous les après-midi pour que Gabin puisse avoir un contact et une image d’un référent”, explique Astrid.

Pour Gabin, comme pour les autres enfants, le jeu est une parenthèse essentielle en cette période de confinement. / © Astrid Willemet

Et puis il y a aussi la question du confinement à double niveau, entre ceux qui ont un jardin et ceux qui comme Astrid vivent en appartement.

“Là tu bénis ton attestation pour faire sortir ton enfant, sauf que comme beaucoup se sont trouvés une soudaine passion pour le footing, ils ont fermé tous les bords de Sèvre et tous les parcs. Donc tu fais courir tes enfants sur les trottoirs, c’est pas non plus l’idéal, tout est compliqué en fait”, déplore la mère de Gabin.

“Pour télétravailler je suis obligée de le mettre sur les écrans”

Les écrans, une source de réconfort, surtout les dessins animés. / © Astrid Willemet

Le constat peut paraitre terrible mais pour télétravailler Astrid n’a pas d’autre choix que de mettre Gabin devant un écran.

“C’est télé quasiment toute la journée. Son quotidien, il ressemble à pas grand chose. La pédopsychiatre m’a raconté au téléphone que la situation est explosive dans toutes les familles comme la nôtre. Elle croule sous les appels et m’a dit que les écrans ça les rassurent en fait. Notamment les dessins animés. Là par exemple il est devant “Ratatouille”.

“Il joue un peu dans sa chambre mais le probléme c’est que chez des enfants comme Gabin jouer peut virer en stéréotypie, avec des mouvements très répétifs et donc très enfermants. Donc, je ne peux pas le laisser tout seul. Et je ne peux pas non plus être constamment en train de jouer. Je n’ai plus la patience”, avoue Astrid.

“En gros, le matin, il se lève, il peut jouer dans sa chambre entre 30 et 45 minutes. Après il va s’habiller, puis il regarde un film. Après on sort, on mange… et de nouveau il est sur un film, après il va aller jouer après on prend l’air et puis rebelote pour un dessin animé. Arrive ensuite l’heure du bain et du dîner. C’est extrêmement compliqué de pouvoir le stimuler autrement. Le gouvernement nous incite à faire des parcours de motricité chez nous. Dans un mètre carré c’est impossible !” – Astrid

“J’essaye de déculpabiliser”

Le problème pour les parents comme Astrid est de ne pas tomber dans la culpabilisation. “J’essaye de déculpabiliser. Je ne peux être dans l’éducatif et la stimulation en permanence. moi aussi je vis le confinement. Et puis Gabin, il n’en peut plus non plus, il a besoin de voir d’autres têtes.”

“La pédo psychiatre dit que six semaines d’écran dans une vie ce n’est rien mais je suis très inquiète. Cette période le fragilise psychologiquement et dans ses aquisitions. Toutes les prises en charge sont arrêtées. L’entourage est aussi menacé, moi, comme toutes les autres familles. Nos enfants mettent du temps à avancer. Cet espèce de néant où personne ne sait, c’est terrorisant pour l’après et l’avenir” – Astrid Willemet

Je tiens le coup parce que je suis entourée”

Si Astrid tient le coup c’est parce qu’elle est soutenue par sa pédopsy, ses amis, son compagnon. Autant d’épaules sur lesquelles elle s’appuie chaque jour.

“Hier clairement j’ai craqué. A la fois la situation me désole et me révolte. Parce que je me dis à quoi bon continuer à se battre. Ce système ne tient qu’avec des bouts de ficelle déjà quand tout va bien. Le handicap est toujours relégué, alors quand il y a un grain de sable, il y a tout qui pète. Personne n’est là pour te répondre et trouver des solutions adaptées pour ces publics vulnérables. Tu te retrouves à devoir avancer dans un quotidien désespérant. Je vis au jour le jour” – Astrid Willemet

Astrid ne pense jamais à demain. “Si je me demande comment on va tenir jusqu’en mai je m’effondre. Alors c’est pas après pas, marche après marche”. 

Deux fois par semaine, la sonnette retentit, atténuant un peu ce profond sentiment de solitude. Un infirmier continue à assurer la toilette de Gabin chaque lundi et chaque mercredi. Ce sont les seuls soins dont bénéficient encore le jeune adolescent. “En fait nous sommes abandonnés, on est à bout. Je suis à bout. Le gouvernement fait des effets d’annonce pour le handicap mais derrière il n’y a rien. Absolument rien…”

Pour contacter Astrid Willemet :
https://www.facebook.com/pourgabinettouslesautres/
https://twitter.com/PourGabinettous

Source FR3.

“Julie ne peut pas avancer aussi vite que ses camarades” : pour les élèves handicapés, l’école à la maison vire au casse-tête…

Depuis la fermeture des établissements scolaires, pour cause d’épidémie de coronavirus, les parents d’élèves handicapés se retrouvent seuls avec leurs enfants, avec souvent des ressources scolaires inadaptées.

L'école à la maison concerne tous les élèves français depuis le 16 mars.

Depuis la fermeture de tous les établissements scolaires le 16 mars, pour ralentir la propagation du Covid-19, tous les élèves français suivent un enseignement à distance. L’école à la maison n’est souvent pas une situation facile pour les enfants comme pour les parents. Et c’est encore plus le cas pour les enfants handicapés, qui bénéficiaient à l’école d’un accompagnement spécifique, notamment avec des auxiliaires de vie scolaire (AVS).

Pour Christine et sa fille de 11 ans, Julie, qui souffre d’importants troubles de l’apprentissage, l’école à la maison c’est un défi quotidien. L’accompagnant qui aide normalement Julie n’est plus là, et les cours à distance ne sont pas adaptés. “Quand elle est en classe, Julie a des polycopiés particuliers, plus espacés, avec des lettres plus grosses, explique Christine. Là ce n’est pas du tout le cas, elle reçoit les mêmes cours que les autres enfants en termes de forme. Julie est très inquiète, elle voit qu’elle ne peut pas avancer aussi vite que ses camarades.”

Plus de prise en charge par des spécialistes

Pour les handicaps plus lourds, c’est la prise en charge par les professionnels qui manque vraiment. Caroline s’inquiète pour sa fille Louise, 5 ans, atteinte de trisomie 21. “En temps normal, Louise a deux séances d’orthophonie par semaine, une séance de psychomotricité et une séance de kinésithérapie, détaille sa mère. Évidemment, les professionnels ne peuvent pas travailler en ce moment, donc on essaie à la maison de faire des petits jeux mais c’est très compliqué. Les séances peuvent vite virer à des moments de frustration, de colère de part et d’autre.”

Et Caroline s’interroge déjà sur le retour en classe, car il faudra du temps à Louise pour se réadapter après cette longue pause. Le conseil scientifique a préconisé mardi 24 mars un confinement d’une durée de 5 à 6 semaines, qui durerait jusque fin avril-début mai.

Source FRANCE INFO.

 

Coronavirus – “Si elle ne sort pas, elle fait des crises” : le difficile confinement des enfants autistes…

Depuis la mise en place des mesures sanitaires liées à l’épidémie de coronavirus, les Français sont priés de rester chez eux.

Une situation particulièrement difficile à vivre pour les enfants autistes, dont les sorties sont vitales.

Deux mamans nous racontent leur quotidien en confinement.

Pour ces deux enfants autistes, Sarah 11 ans et Victor 4 ans, le confinement est très difficile à gérer / © Alexandra Leclerc et Mélody Lejeune

Pour Sarah, les sorties dans le centre-ville d’Amiens sont une bouffée d’oxygène. A 11 ans, la jeune autiste aime se rendre dans les boutiques, pas forcément pour y faire des achats mais pour regarder les étalages.

“Elle affectionne particulièrement les rayons shampoings ou gels douche, nous détaille Alexandra sa maman. C’est plein de couleurs, c’est bien rangé, aligné. Elle peut y passer une demi-heure, 3/4 d’heure. Ca lui fait du bien. Elle est tranquille”.

Mais depuis les mesures de confinement imposées mardi 17 mars, Sarah doit rester chez elle. Habituellement, elle est accueillie en mi-temps en hôpital de jour et mi-temps à l’IME (Institut médico-éducatif). Aujourd’hui, il ne lui reste plus que l’hôpital de jour, deux jours et demi par semaine.

“C’est de plus en plus difficile à gérer, car si elle ne sort pas, elle fait des crises. Les enfants autistes, c’est très ritualisé, il ne faut pas bousculer leur quotidien”, explique sa maman.

 

“Le confinement, c’est bien mais ça a ses limites”

Alors tant pis parfois pour les restrictions. Alexandra sort avec sa fille car il n’est pas possible de faire autrement. “En début d’après-midi, Sarah pleurait, elle n’était pas bien et elle s’est calmée seulement en étant en voiture, on est allées dans un bois pendant 2h. Le confinement, c’est bien mais ça a ses limites.”

Légalement, la maman dispose de son attestation où elle coche la case “déplacement pour motif de santé”, assorti d’un mot de ses médecins. “Je ne suis jamais sereine vis-à-vis des contrôles. J’ai toujours peur qu’on ne soit pas conciliant avec nous”, confie-t-elle.

À Albert dans la Somme, situation identique pour Victor. Ce petit garçon âgé de 4 ans est d’ordinaire scolarisé à l’UEMA (Unité d’Enseignement en Maternelle Autisme) de Chaulnes qui a ouvert récemment.

Mais depuis la crise sanitaire liée au Covid-19, toutes les écoles ont fermé. “L’UEMA a même fermé une semaine plus tôt car il y avait un cas de coronavirus dans une classe, donc Victor est à la maison depuis le 9 mars”, explique Mélody sa maman.

Un grand chamboulement pour le petit garçon qui réclame de sortir. “L’enfermement, c’est compliqué. Hier, il n’a pas fait beau donc je n’ai pas pu le faire travailler parce qu’il n’a pas pu s’aérer. Souvent, il n’est pas fatigué donc quand c’est comme ça, c’est la crise, il tape sur les murs. J’ai du le faire dormir avec moi pour le calmer”, raconte sa maman.

“Je fais du télétravail la nuit”

Il faut alors redoubler d’efforts pour trouver une occupation. “On n’arrive pas du tout à la distraire, on a une armoire de jeux qui déborde mais il n’y a rien à faire, souvent elle n’en veut pas, témoigne Alexandra, la maman de Sarah. Elle affectionne particulièrement les prospectus et le portable avec Youtube. Elle met la musique à fond, elle crie par-dessus, elle saute partout donc vous imaginez un peu ce que cela signifie pour moi…”

Et de finir : “elle est levée depuis 5h du matin et parfois s’endort la nuit suivante à 3h. C’est donc près de 24h à gérer.”

Victor lui vit dans une famille recomposée avec un papa ambulancier et une maman secrétaire de mairie. “Je fais du télétravail la nuit, j’attends que tout le monde soit couché”, avoue Mélody. “La journée, je m’occupe des trois grands et de Victor, mais le fait d’avoir les autres à côté, c’est compliqué pour lui, son attention est réduite encore plus. Donc pour les devoirs, c’est dur même si nous sommes bien suivis par sa maîtresse et l’APAJH (Association pour Adultes et Jeunes handicapés).”

La peur de régresser

Sarah et Victor sont suivis par différentes structures, essentielles à leur apprentissage et à leur bien-être. “Victor réclame tout le temps d’aller à l’école, à l’hôpital de jour à Péronne, chez l’orthophoniste, au CMP d’Albert, là où il a l’habitude d’aller”, explique Mélody. Or, à cause du confinement, l’accès restreint voire inexistant à ses structures inquiète les parents.

“Depuis septembre il a fait des progrès incroyables, donc les crises s’étaient amenuisées. On avait pratiquement plus de hurlements, plus de cris, plus de colère. On avait plus tout ça et ça revient donc j’ai juste peur qu’il reprenne des mauvaises habitudes”, confie Mélody.

Pour Sarah, qui est reconnue en invalidité à 80%, ce confinement est un deuxième coup dur. En février, elle a perdu sa prise en charge en UATI (Unité d’Accueil Temporaire Innovante) au profit d’un autre enfant : depuis deux ans, Sarah y passait une nuit par semaine pour soulager sa mère. “Contrairement à d’autres enfants autistes, Sarah, plus il y a de monde, de vie autour d’elle, plus ça lui va. Elle gravitait sur trois structures et il n’y avait aucun problème pour elle, au contraire”, explique Alexandra sa maman.

Aujourd’hui, Alexandra a également peur que sans prise en charge, les troubles du comportement montent en puissance. “C’est vraiment ingérable. Ce qui nous sauve, c’est cette prise en charge quand même en hôpital de jour mais du jour au lendemain selon les décisions qui sont prises, tout peut s’arrêter.”

Source FR3.

Près de Montpellier : des parents se mobilisent contre le manque d’accompagnants d’élèves en situation de handicap…

Des parents d’élèves en situation de handicap, accompagnés de la maire de Pignan dans l’Hérault, se rassemblent ce mercredi 11 mars pour protester contre le manque d’accompagnants à l’école maternelle Louis-Loubet.

Ce qui remet en cause leur scolarité.

Près de Montpellier : des parents se mobilisent contre le manque d'accompagnants d’élèves en situation de handicap. Kilian et sa mère, Carole Meresse. / © France 3 Languedoc-Roussillon

Kilian et ses parents ont le sourire. Le petit garçon, qui souffre du syndrôme de Hurler, une maladie génétique orpheline, a repris l’école après une longue opération. Mais depuis les vacances d’hiver, il n’a plus d’accompagnante (Accompagnant des élèves en situation de handicap) à ses côtés à l’école maternelle Louis-Loubet à Pignan, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Montpellier (Hérault).

“Kilian me demande où est son ancienne accompagnante. Je ne suis pas tranquille. J’ai toujours peur qu’il lui arrive quelque chose, exprime sa mère, Carole Meresse. Il a énormément des difficultés, et quand la maitresse s’occupe d’autres enfants, il est à côté et il n’a pas l’aide dont il pourrait avoir s’il avait une AESH.”

Trois démissions, aucun remplacement

A Louis-Loubet où sept enfants sont en situation de handicap, trois accompagnantes ont démissionné en février. Elles n’ont pas été remplacées. Une situation qui révolte Marie-Astrid Giral, représentante des parents d’élèves de Pignan, par ailleurs maman d’une fille en situation de handicap.

“Les aides humaines ne sont pas là. Ca fait trois semaines que ça dure. Une petite fille est même descolarisée car les conditions d’accueil ne lui permettent pas de venir. Les autres viennent, mais ne sont pas aidés. Je suis révoltée, scandalisée.” La réponse du rectorat : il n’y a plus de moyens, l’enveloppe est vide depuis décembre.

“Une situation inconcevable”

La maire de Pignan, Michelle Cassar, s’inscrit en faux contre les arguments financiers : “C’est une situation inconcevable qui ne devrait pas exister. Ces enfants ont les mêmes droits que les autres. La rigueur budgétaire existe partout, on arrive à trouver des moyens quand il en faut.”

Sollicitée, l’inspection académique n’a pas donné suite.

Mercredi 11 mars, une mobilisation aura lieu à 14 heures devant le rectorat, à Montpellier.

Source FR3.

 

Grenoble école de management : quel bilan pour la formation destinée aux étudiants autistes ?…

La formation aux métiers du numérique destinée aux autistes atteints du syndrome d’Asperger de l’école de management de Grenoble (GEM) accueille sa deuxième promotion depuis janvier 2020, l’occasion de faire le bilan de l’année 2019.

Grenoble école de management : quel bilan pour la formation destinée aux étudiants autistes ?

L‘école de management GEM Labs de la presqu’île scientifique de Grenoble, accueille depuis le mois de janvier 2020 sa deuxième promotion d’étudiants autistes atteints du syndrome d’Asperger, l’occasion de faire le bilan de la promotion 2019.

Sur les 28 étudiants de l’année dernière, 10 sont aujourd’hui en CDI ou CDD et 2 ont repris leurs études. Les autres élèves ne sont pas allés jusqu’au bout de leur cursus, en raison de problèmes de santé.

Pour éviter de commettre les mêmes erreurs, cette année, plusieurs changements ont été apportés à la formation.

Un nouveau mode de recrutement

A commencer par le nombre d’étudiants, cette année ils sont 15 à suivre une formation de data analyste ou de développeur web, ils sont donc quasiment deux fois moins nombreux que l’année précédente car le mode de recrutement a changé. Avant, il se faisait par des médecins qui validaient l’aptitude des candidats à travailler, désormais les étapes à passer sont plus nombreuses. “On a orienté les recrutements vers Pôle emploi, Cadremploi ou la mission locale, qui ont validé les profils des étudiants. L’objectif est de rendre les élèves directement employables après leur formation“, explique Laurence Sirac, la directrice de la formation.

Autre nouveauté, cette année les cours en présentiel sont plus nombreux. Leur durée est passée de trois à neuf semaines. Un changement nécessaire, selon Victor Sabatier, l’un des formateurs : “Cela permet de sentir quand il y a une ambiguïté pour l’étudiant, pour pouvoir être précis, aller dans le détails et qu’il ne soit pas perdu.

Des modifications qui font leurs preuves, notamment auprès de François-Xavier. L’étudiant de 31 ans, atteint du syndrome d’Asperger, suit la formation de data analyste : “J’ai déjà essayé des études auparavant mais ce n’était pas possible, ici on peut plus être nous-mêmes, avec l’accompagnement que l’on a on se sent plus en confiance“, témoigne l’étudiant qui rêve de travailler dans une entreprise comme EDF ou le géant français des jeux vidéos Ubisoft.

Source FRANCE BLEU.

Eure-et-Loir : une usine de Mamie Nova recrute 11 jeunes salariés autistes…

Chez Novandie, filiale du groupe Andros, de jeunes adultes souffrant de troubles autistiques sévères travaillent sur les lignes du site d’Auneau.

Une expérience pionnière.

 Auneau (Eure-et-Loir), le 3 mars. Sur le site de Novandie, les 11 salariés autistes sont encadrés par une spécialiste des troubles autistiques.

Sur son poste de travail, Jordan, la vingtaine, colle des « intercalaires » sur des cartons dans la bonne humeur. Très concentré sur sa tâche, il manifeste sa joie en chantant avec ardeur. Ce jeune homme fait partie des onze salariés atteints de syndromes autistiques sévères qui, depuis 2014, ont progressivement rejoint l’entreprise Novandie, filiale du groupe Andros à Auneau (Eure-et-Loir), spécialisée dans les produits laitiers comme les yaourts Mamie Nova. Autour de lui, sous le regard de leur encadrante spécialisée dans l’autisme, trois autres jeunes autistes s’attellent au « dé-sachage », tandis que Louis pèse scrupuleusement les seaux d’ingrédients. A l’autre bout de la chaîne de production, un groupe vérifie les produits.

Sélectionnés par l’association Vivre et travailler autrement, fondée en 2014 par Jean-François Dufresne, ancien directeur général d’Andros et lui-même père d’un enfant autiste, ces jeunes travaillent à mi-temps dans ce site agroalimentaire « avec une grande efficacité », se félicite Yenny Gorce, la directrice de cette association, qui espère intégrer un millier d’adultes autistes dans d’autres grandes entreprises d’ici trois ans. Une petite révolution. A l’heure actuelle, plus de 95 % des autistes en âge de travailler sont exclus de l’emploi.

Des salariés devenus indispensables

Sur le site pionnier d’Auneau, il a fallu adapter le cadre de travail à ces salariés un peu particuliers, qui ne savent ni lire, ni écrire, ni compter. Des codes couleurs guident leurs actions. Les espaces délimités par un cadre jaune leur indiquent ce qu’il leur reste à faire, tandis que les repères en vert marquent ce qui a déjà été accompli. En bleu, ce sont les déchets qu’il conviendra de ranger. Leur travail méticuleux les a rendus indispensables. A tel point que la plupart d’entre eux bénéficient aujourd’hui d’un CDI. « Quand ils sont en vacances, c’est un peu la panique. Ils ont mis de l’ordre dans ces tâches un peu rébarbatives et répétitives qu’ils réalisent mieux que n’importe qui », explique-t-elle.

Cet accompagnement ne se limite pas à cette intégration professionnelle. Après leur matinée de travail, ces jeunes salariés rejoignent la « maison du parc », un lieu de vie en grande partie financé par de grandes entreprises, telles que Servair, filiale d’Air France ou L’Oréal, qui suivent attentivement ce projet depuis le début.

Dans cet ancien corps de ferme du château d’Auneau, où séjournent huit d’entre eux, ils apprennent à vivre en autonomie, « en faisant leurs courses, la cuisine, le ménage, en s’occupant du poulailler et du potager de cette maison, qui a été conçue très différemment des habituels établissements médico-sociaux ». Yenny Gorce se dit impressionnée par les progrès réalisés par chacun d’eux, leur degré d’implication et d’épanouissement, qui a parfois valeur d’exemple pour les 250 autres salariés du site.

Source LE PARISIEN.

Nancy. Une femme condamnée à 16 ans de réclusion pour avoir tué son fils autiste…

Une femme de 42 ans était jugée par la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle pour le meurtre de son fils autiste de 14 ans.

Elle souffrait d’une altération du discernement, selon les experts psychiatres.

Nancy. Une femme condamnée à 16 ans de réclusion pour avoir tué son fils autiste

Une femme de 42 ans a été condamnée jeudi 5 mars à 16 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle pour avoir mortellement poignardé son fils autiste de 14 ans en 2016 à Landres.

Les jurés sont allés au-delà des réquisitions de l’avocat général, Maxime Tebaa, qui avait réclamé douze ans à son encontre.

En revanche, la cour a retenu l’altération du discernement, comme l’avait demandé Maxime Tebaa.

Les faits (sont) très graves et l’accusée (a) une large part de responsabilité dans la création du contexte délétère dans lequel les faits ont été commis, mais son état psychologique (a) contribué à la commission des faits, a indiqué l’avocat général.

Tué à coups de couteau

L’accusée avait donné à son fils de 14 ans des médicaments, qu’il avait vomis, puis l’avait poignardé à six reprises dans le torse le 20 septembre 2016 en fin de journée.

Elle avait ensuite tenté de se suicider en se blessant avec un couteau, puis en avalant des détergents.

Elle avait passé la nuit à côté des cadavres de son fils et du chien, tué à coups de couteau, qu’elle lui avait offert un an auparavant. La mère de famille avait donné l’alerte le lendemain matin.

Son avocat, Me Gérard Kremser, avait plaidé l’acquittement, estimant que le discernement de sa cliente était aboli au moment des faits.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, [ma cliente] est très satisfaite de cette décision, elle voulait être condamnée, a-t-il réagi, précisant que sa cliente ne comptait pas faire appel.

Le discernement de la prévenue en question

Lors de l’instruction, un premier expert psychiatre avait conclu à l’abolition du discernement de la quadragénaire, qui souffrait d’une dépression sévère au moment des faits.

Mais une contre-expertise réalisée par deux psychiatres avait conclu à une simple altération du discernement. Les médecins avaient alors souligné qu’elle n’avait délibérément pas pris son traitement et qu’elle avait utilisé les médicaments pour tuer son fils.

La prévenue, divorcée et sans emploi, vivait seule dans l’appartement familial avec son fils autiste, pris en charge par un établissement en Belgique, depuis que sa fille aînée était partie vivre chez son père l’été précédent.

Son entourage avait souligné à la barre à quel point elle était isolée, ayant rompu tout contact depuis plusieurs années avec sa famille au moment des faits.

Source OUEST FRANCE.

Emmanuel Macron n’a pas totalement convaincu le monde du handicap…

Ecole, diagnostic, allocation, retraite…

Le président de la République a fait des annonces mardi 11 février, à mi-mandat, lors d’une conférence nationale sur le handicap, qui touche 12 millions de Français.

Certaines mesures sont appréciées, mais toutes les associations ne sont pas convaincues que le quotidien des handicapés va en être amélioré.

En France, douze millions de personnes sont en situation de handicap.

« Le chemin n’est pas terminé », a admis ce mardi 11 février 2020 Emmanuel Macron concernant l’amélioration de la vie des 12 millions de personnes handicapées en France. Devant 500 personnes (associations, chefs d’entreprises, élus…) invitées à l’Élysée pour cette conférence nationale sur le handicap, il a salué les actions engagées par son gouvernement et annoncé une série de mesures applicables d’ici la fin de son mandat.

Aucun élève sans solution

C’était déjà la promesse du gouvernement à la rentrée 2019, or 8 000 enfants n’avaient pas d’accompagnant pour leur scolarité (AESH) à la rentrée dernière (contre 15 000 en 2018). Il n’empêche. Emmanuel Macron a redit ce mardi qu’« aucun enfant ne sera sans solution de scolarisation en septembre prochain. Le 8 000 doit passer à zéro. On ne doit rien lâcher. » Il a ainsi annoncé l’embauche de 11 500 AESH supplémentaires d’ici à 2022 et « un contrat digne » pour ces professionnels trop souvent à temps partiel et payés au Smic. « Nous devons travailler à leur stabilisation pour leur donner au moins 35 heures par semaine. » Jusque-là inexistant, un module sur le handicap sera aussi intégré dans la formation initiale des professeurs de l’Éducation nationale dès septembre.

Elargir le diagnostic de l’autisme et des troubles du comportement

Existant pour les enfants de moins de 6 ans, le forfait précoce du diagnostic de l’autisme et de sa prise en charge (ergothérapeute, psychologue…), sans reste à charge pour les familles, sera étendu aux enfants jusqu’à 12 ans et aux troubles dys (dyslexie, dyspraxie…) à compter de 2021. Une maison de l’autisme, lieu de ressources pour les familles et les professionnels, sera aussi créée.

Un numéro unique

Pour éviter la « montagne administrative » et « l’errance de guichet en guichet », un numéro de téléphone (le 360) dédié à l’appui des adultes et enfants handicapés sera mis en place en 2021. Il sera relayé par 400 équipes locales qui seront créées d’ici à 2022. Emmanuel Macron, conscient qu’il y a « trop de différences » selon les départements, souhaite aussi associer les Maisons France service, afin de définir un lieu unique d’accès. Concernant, le temps de traitement des dossiers, très variables selon les territoires (de 2 à 8 mois pour une réponse de l’AAH), le Président a affirmé qu’au 1er janvier 2021, « aucune demande ne doit être traitée en plus de trois mois ».

Pour Jean-Luc Duval, du collectif Citoyen handicap (celui qui monte dans les grues pour réclamer des accompagnants scolaires), ces mesures ne changeront rien au quotidien des personnes handicapées. Il ne croit pas au numéro unique : Nous avons l’habitude de ceux qui ne répondent plus : Aide handicap école, ceux des maisons du handicap…

1 000 places supplémentaires

Afin d’éviter les exils vers la Belgique, 1 000 places supplémentaires seront créées dans les établissements spécialisés dans trois régions prioritaires (Île-de-France, Hauts-de-France, Grand-Est), en plus des 2 500 places déjà programmées pour 2021-2022 sur tout le territoire. Son objectif ? Il ne souhaite « d’ici fin 2021, plus aucun départ contraint vers l’étranger » et veut permettre des retours vers la France.

Pas touche à l’allocation adulte handicapée

Le président a affirmé clairement que l’allocation adulte handicapée (AAH), actuellement versée à 1,2 million de personnes, ne serait pas « diluée » dans le futur revenu universel d’activité (RUA). Le RUA doit fusionner plusieurs allocations : RSA, prime d’activité, allocations logement. Une réponse à l’inquiétude d’associations qui avaient claqué la porte des négociations sur le RUA, la semaine dernière, pour marquer leur refus de voir l’AAH intégrée dans ce dispositif. Cette clarification sur l’AAH a été saluée par Alain Rochon, de l’APF France handicap, qui pointe toutefois l’absence de chiffre sur les financements.

Pari sur l’apprentissage

D’ici à 2021, 10 000 places en apprentissage seront réservées aux personnes handicapées. L’idée est d’atteindre le cap de 6 % de recrutement de personnes handicapées. Aujourd’hui, il n’est qu’à 3,5 %.

Retraite anticipée garantie

Dans le cadre du système universel, la retraite anticipée à partir de 55 ans sera simplifiée pour les travailleurs handicapés, qui pourront bénéficier d’une bonification de points. Emmanuel Macron s’est aussi dit favorable à une retraite progressive dès 55 ans pour les travailleurs handicapés et à une majoration spécifique pour la retraite des parents d’enfants handicapés. Enfin, les congés de proches aidants ouvriront des droits.

Réactions : des satisfactions et des déceptions

Regroupant 48 associations, le collectif Handicaps a salué l’humilité dans le bilan des actions passées et des engagements qui répondent pour certaines d’entre elles aux attentes. Néanmoins, il pointe le manque de débats. On a beaucoup entendu parler les ministres et les associations étaient juste là pour applaudir, regrette Jean-Louis Garcia, président de l’Apajh, premier mouvement regroupant tous les handicaps. Dénonçant des discussions difficiles avec la secrétaire d’État Sophie Cluzel et son mépris, il est satisfait du discours ferme et engagé du Président.

Mais davantage de mesures concrètes étaient sans doute attendues. Marie-Jeanne Richard, présidente de l’Unafam (Union de familles de handicapés psychiques), est en colère. Elle déplore que lors de la conférence, il n’y ait pas eu un mot sur le handicap psychique, qui touche trois millions de personnes. Il est grand temps de rendre visible le handicap lié aux troubles bipolaires, aux troubles obsessionnels compulsifs, à la schizophrénie…

Source OUEST FRANCE.

En Berry, des parents d’enfants autistes veulent créer un collectif pour se faire entendre…

En France, on estime que 600 000 personnes sont autistes.

Dans l’Indre et le Cher, certains parents veulent se regrouper pour fonder un collectif et faire entendre leur colère.

Pas assez de structures, pas assez de moyens, encore trop de mépris : les difficultés sont nombreuses.

Malgré plusieurs plans, la prise en charge des enfants autistes est encore loin d'être parfaite en France

Châteauroux, France

Un sentiment d’abandon. Voilà ce qui unit ces mères de famille dont les enfants sont autistes. Elles sont plusieurs dans l’Indre et le Cher à vouloir se regrouper pour fonder une association ou un collectif. Elles en appellent à tous les parents d’enfants autistes. Le but : multiplier les actions, rencontrer des députés berrichons pour faire entendre leur colère face aux nombreuses difficultés traversées. C’est un appel à l’aide qui est lancé. “On a 40 ans de retard en France. C’est la galère. Si un enfant est né autiste, il restera autiste. Mais on peut réduire les symptômes avec une bonne prise en charge, avec un dépistage précoce”, explique Johanna Pion, maman d’un petit garçon autiste de quatre ans.

Pas assez de structures et pas assez de places

L’autisme était grande cause nationale en 2012 en France. Pourtant, certains comportements sont toujours d’actualité. “Beaucoup de parents se sont isolés, parce que certains médecins se sont permis de leur dire pendant des années que tout était de leur faute. Il faut arrêter de culpabiliser comme ça”, dénonce Emilie Chagnon, elle-même maman d’un garçon autiste de six ans. “Il y a des pédiatres et des pédopsychiatres dans la France d’avant”, confirme Johanna Pion.

Les problèmes sont partout les mêmes en France. Des structures d’accueil qui ne sont pas assez nombreuses. Un personnel qui fait de son mieux mais qui n’a pas assez de moyens. “Ils font un travail extraordinaire. Eux-mêmes sont tristes de ne pas pouvoir faire plus”, explique Emilie Chagnon. La problématique est encore plus forte dans l’Indre et le Cher, deux départements ruraux. “On est dans un désert médical. Pour avoir un rendez-vous avec un orthophoniste, il faut attendre deux ans et demi dans le Cher. Or, on sait que c’est essentiel pour le développement des enfants autistes”, prévient Emilie Chagnon.

“C’est le parcours des épuisements. Dans les villes, il n’y a plus trop de médecins et certains n’ont plus envie.”

Des parents qui se sentent abandonnés

Toutes ces mères d’enfants autistes témoignent d’un sentiment d’abandon. Certaines ont été obligées d’arrêter de travailler. “On n’a pas arrêté de travailler par plaisir. Nos amis nous tournent le dos, le corps médical ne nous comprend pas. On n’a plus de vie sociale”, explique Johanna Pion. Le regard des autres est parfois dur à encaisser. “Certaines écoles refusent encore les enfants autistes, ce qui est pourtant interdit. Et ça met en difficulté et en péril les enfants parce qu’une personne autiste qui n’est pas en sociabilisation va avoir des difficultés plus tard”, regrette Emilie Chagnon.

Et puis il y a la lenteur administrative. “Quand vous avez besoin d’un harnais car votre fils se détache en voiture, il faut faire une demande auprès de la Maison départementale des personnes handicapées. Le temps que la demande soit traitée et acceptée, il peut se passer au moins quatre mois voire huit mois parfois”, s’insurge Johanna Pion.

Source FRANCE BLEU.

La natation, source de bienfaits pour les enfants autistes…

Pour les enfants atteints d’autisme, apprendre à nager présente un intérêt majeur.

Ce sport les aide à développer leurs capacités sensori-motrices et leurs compétences de communication et de socialisation.

Adam (7 ans) et son maître-nageur, Jacky Guillot, lors de la séance de natation organisée au centre aquatique de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Dans le bassin ludique de la piscine de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), un duo retient l’attention. Un jeune garçon enjambe, agile, une série de barrières en mousse sur un tapis flottant. Ces obstacles avalés, il grimpe, tout aussi véloce, sur un mur d’escalade rembourré. Parvenu au sommet… plouf ! Le voici qui se jette à l’eau, visiblement ravi. Le maître-nageur ne le quitte pas des yeux.

S’agit-il d’exercer, avec ces obstacles, les habiletés motrices de l’enfant ? Pas du tout. Pour Adam, 7 ans, ce jeu est une récompense. Car il vient d’accomplir un mini-exploit. Il a obéi à cette consigne : s’allonger dans l’eau tout en tenant un tapis de natation.

Adam est atteint d’une forme d’autisme non verbal. Scolarisé en classe de CP avec l’aide d’une auxiliaire de vie scolaire (AVS) privée, l’enfant ne parle donc pas. Comme la plupart des enfants autistes, il éprouve de grandes difficultés à communiquer avec son entourage. Il manifeste une extrême sensibilité sensorielle à son environnement. Il lui est aussi très difficile de fixer son attention sur une tâche précise. Dès lors, on mesure le défi que constitue l’apprentissage de la natation, pour lui comme pour le maître-nageur, Jacky Guillot.

Une panoplie d’outils

Apprendre à nager à ces enfants, très tôt, est pourtant un enjeu vital. La plupart d’entre eux adorent l’eau. Ce n’est pas sans danger : « La noyade est la première cause de mortalité chez les enfants autistes. Selon une étude américaine, ils ont 160 fois plus de risques de se noyer que les autres enfants », explique l’association Ikigaï. Créée en 2016, cette association de parents s’est donné pour mission d’accompagner l’inclusion des enfants avec autisme (ou un autre trouble neuro-développemental), à l’école et dans les activités de sport ou de loisirs.

A cette fin, elle propose une panoplie d’outils et de services. Parmi eux, une série de dix cours particuliers de natation, supervisés par une accompagnatrice rémunérée par l’association. Au centre aquatique de Neuilly, cet après-midi de janvier, deux enfants en bénéficiaient, pour une séance de trente minutes chacun : Adam et Massyl.

Les premières fois qu’Adam a suivi ces cours, il partait en courant dès qu’on le sollicitait. « Il était dans l’évitement. Maintenant, il a établi un bon contact avec Jacky », se réjouit Stéphanie Gruet-Masson, cofondatrice d’Ikigaï. L’enfant fuit le regard d’autrui, son regard est tourné vers le ciel ou passe à travers vous. Pour autant, on le sent très sensible à son environnement. Mais le jeune garçon est très dispersé, ses capacités d’attention sont réduites. « La séance doit être très structurée pour qu’il comprenne la consigne et se concentre. Nos phrases doivent être simples, utiliser le même vocabulaire », explique Elise Collignon, l’accompagnatrice qui supervise la séance. Elle-même est la maman d’un enfant autiste.

Des progrès sensibles

Surtout, Elise fait appel à des supports visuels. Elle présente à Adam des pictogrammes dessinant la consigne, collés par des Velcro sur une planche de natation. Taper des pieds dans l’eau ; s’allonger sur l’eau dans la position du nageur ; souffler hors de l’eau en lançant un ballon dans un panier ; rechercher avec les pieds des anneaux placés au fond du bassin… A chaque consigne, l’enfant réalise ou amorce le geste demandé. Il doit répéter les mouvements trois fois, validant chaque action à l’aide d’un jeton. « C’est super, le félicite Elise. Tu peux aller sur le mur d’escalade ! » Et Adam de filer.

« Pour nous, ce jeu est un renforçateur : il motive l’enfant à agir selon la consigne », explique Stéphanie. Adam a déjà suivi près de dix séances de natation. Ses progrès sont sensibles. Il va sans doute bénéficier de cours supplémentaires. « Il est bien plus tranquille et posé qu’avant », constate son père.

« Cette expérience avec les enfants autistes donne du sens à mon travail. Je me sens utile. » Jacky Guillot, maître-nageur.

« L’intérêt du sport pour les enfants avec autisme est majeur », écrit l’association Ikigaï. Avant d’énumérer la longue liste de ses bienfaits : il améliore le tonus musculaire, l’endurance, l’équilibre, la coordination, la perception du corps dans l’espace, la motricité fine, la qualité du sommeil, les capacités d’attention et la concentration. Il diminue les manifestations d’hypersensibilité sensorielle, le stress et l’anxiété, l’hyperactivité, l’agressivité, l’autostimulation, les comportements obsessionnels et compulsifs ou inappropriés. Il exerce l’autonomie, le respect des règles, les interactions sociales et les émotions. Et il renforce l’image positive de soi.

« C’est entre l’enseignement et le jeu »

Massyl, 8 ans, est lui aussi atteint d’une forme d’autisme non verbal. Lui aussi est scolarisé avec l’aide d’une AVS privée, lui aussi adore l’eau. Mais il n’a pas besoin de mur d’escalade pour se motiver. Etre dans l’eau lui suffit : il tourne sur lui-même, joue à prendre de l’eau dans sa bouche et à la recracher… ou à l’avaler. « C’est interdit ! », lui rappelle sa mère par un signe, les deux index croisés. Très investie, elle utilise un langage des signes adapté à l’autisme, le Makaton.

Pour Massyl, les pictogrammes sont inutiles. La « guidance physique » que réalise sa mère, présente dans l’eau, est efficace : elle se saisit des pieds de l’enfant et les guide dans un mouvement de battement. Tout près, Jacky rectifie le geste s’il le faut. « Avec chaque enfant, il faut trouver le bon canal pour expliquer le geste, commente Elise. L’idée, pour Massyl, est d’estomper la guidance maternelle pour qu’il devienne autonome. » L’enfant parvient déjà à faire trois brasses tout seul.

« Ces cours aident beaucoup Massyl dans son autonomie, le respect des consignes, le sommeil et l’anxiété, observe sa mère. Et Jacky est vraiment top ! » Le maître-nageur a suivi une demi-journée de sensibilisation à l’autisme proposée par l’association Ikigaï. « Cette expérience avec les enfants autistes donne du sens à mon travail, je me sens utile », témoigne Jacky, qui a déjà travaillé avec des enfants et des adultes handicapés. « Cela m’a toujours plu. C’est entre l’enseignement et le jeu. Il faut s’adapter en permanence à l’enfant, trouver les méthodes les plus simples et efficaces. »

Depuis juin 2019, cette intervention est expérimentée à la piscine de Neuilly grâce aux fonds issus du mécénat que reçoit l’association, tel le Fonds Autosphère. « L’idée est d’étendre ce dispositif en Ile-de-France, puis sur tout le territoire », explique Agnès Cossolini, cofondatrice d’Ikigaï.

L’association vient de postuler aux prix de la fondation La France s’engage, créée en 2014 par François Hollande. « Ici, les enfants reçoivent des cours de natation particuliers. Mais le but, à terme, est qu’ils rejoignent de petits groupes de natation », conclut Agnès Cossolini. Une belle façon de promouvoir, au quotidien, une société inclusive.

Source LE MONDE.