La natation, source de bienfaits pour les enfants autistes…

Pour les enfants atteints d’autisme, apprendre à nager présente un intérêt majeur.

Ce sport les aide à développer leurs capacités sensori-motrices et leurs compétences de communication et de socialisation.

Adam (7 ans) et son maître-nageur, Jacky Guillot, lors de la séance de natation organisée au centre aquatique de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Dans le bassin ludique de la piscine de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), un duo retient l’attention. Un jeune garçon enjambe, agile, une série de barrières en mousse sur un tapis flottant. Ces obstacles avalés, il grimpe, tout aussi véloce, sur un mur d’escalade rembourré. Parvenu au sommet… plouf ! Le voici qui se jette à l’eau, visiblement ravi. Le maître-nageur ne le quitte pas des yeux.

S’agit-il d’exercer, avec ces obstacles, les habiletés motrices de l’enfant ? Pas du tout. Pour Adam, 7 ans, ce jeu est une récompense. Car il vient d’accomplir un mini-exploit. Il a obéi à cette consigne : s’allonger dans l’eau tout en tenant un tapis de natation.

Adam est atteint d’une forme d’autisme non verbal. Scolarisé en classe de CP avec l’aide d’une auxiliaire de vie scolaire (AVS) privée, l’enfant ne parle donc pas. Comme la plupart des enfants autistes, il éprouve de grandes difficultés à communiquer avec son entourage. Il manifeste une extrême sensibilité sensorielle à son environnement. Il lui est aussi très difficile de fixer son attention sur une tâche précise. Dès lors, on mesure le défi que constitue l’apprentissage de la natation, pour lui comme pour le maître-nageur, Jacky Guillot.

Une panoplie d’outils

Apprendre à nager à ces enfants, très tôt, est pourtant un enjeu vital. La plupart d’entre eux adorent l’eau. Ce n’est pas sans danger : « La noyade est la première cause de mortalité chez les enfants autistes. Selon une étude américaine, ils ont 160 fois plus de risques de se noyer que les autres enfants », explique l’association Ikigaï. Créée en 2016, cette association de parents s’est donné pour mission d’accompagner l’inclusion des enfants avec autisme (ou un autre trouble neuro-développemental), à l’école et dans les activités de sport ou de loisirs.

A cette fin, elle propose une panoplie d’outils et de services. Parmi eux, une série de dix cours particuliers de natation, supervisés par une accompagnatrice rémunérée par l’association. Au centre aquatique de Neuilly, cet après-midi de janvier, deux enfants en bénéficiaient, pour une séance de trente minutes chacun : Adam et Massyl.

Les premières fois qu’Adam a suivi ces cours, il partait en courant dès qu’on le sollicitait. « Il était dans l’évitement. Maintenant, il a établi un bon contact avec Jacky », se réjouit Stéphanie Gruet-Masson, cofondatrice d’Ikigaï. L’enfant fuit le regard d’autrui, son regard est tourné vers le ciel ou passe à travers vous. Pour autant, on le sent très sensible à son environnement. Mais le jeune garçon est très dispersé, ses capacités d’attention sont réduites. « La séance doit être très structurée pour qu’il comprenne la consigne et se concentre. Nos phrases doivent être simples, utiliser le même vocabulaire », explique Elise Collignon, l’accompagnatrice qui supervise la séance. Elle-même est la maman d’un enfant autiste.

Des progrès sensibles

Surtout, Elise fait appel à des supports visuels. Elle présente à Adam des pictogrammes dessinant la consigne, collés par des Velcro sur une planche de natation. Taper des pieds dans l’eau ; s’allonger sur l’eau dans la position du nageur ; souffler hors de l’eau en lançant un ballon dans un panier ; rechercher avec les pieds des anneaux placés au fond du bassin… A chaque consigne, l’enfant réalise ou amorce le geste demandé. Il doit répéter les mouvements trois fois, validant chaque action à l’aide d’un jeton. « C’est super, le félicite Elise. Tu peux aller sur le mur d’escalade ! » Et Adam de filer.

« Pour nous, ce jeu est un renforçateur : il motive l’enfant à agir selon la consigne », explique Stéphanie. Adam a déjà suivi près de dix séances de natation. Ses progrès sont sensibles. Il va sans doute bénéficier de cours supplémentaires. « Il est bien plus tranquille et posé qu’avant », constate son père.

« Cette expérience avec les enfants autistes donne du sens à mon travail. Je me sens utile. » Jacky Guillot, maître-nageur.

« L’intérêt du sport pour les enfants avec autisme est majeur », écrit l’association Ikigaï. Avant d’énumérer la longue liste de ses bienfaits : il améliore le tonus musculaire, l’endurance, l’équilibre, la coordination, la perception du corps dans l’espace, la motricité fine, la qualité du sommeil, les capacités d’attention et la concentration. Il diminue les manifestations d’hypersensibilité sensorielle, le stress et l’anxiété, l’hyperactivité, l’agressivité, l’autostimulation, les comportements obsessionnels et compulsifs ou inappropriés. Il exerce l’autonomie, le respect des règles, les interactions sociales et les émotions. Et il renforce l’image positive de soi.

« C’est entre l’enseignement et le jeu »

Massyl, 8 ans, est lui aussi atteint d’une forme d’autisme non verbal. Lui aussi est scolarisé avec l’aide d’une AVS privée, lui aussi adore l’eau. Mais il n’a pas besoin de mur d’escalade pour se motiver. Etre dans l’eau lui suffit : il tourne sur lui-même, joue à prendre de l’eau dans sa bouche et à la recracher… ou à l’avaler. « C’est interdit ! », lui rappelle sa mère par un signe, les deux index croisés. Très investie, elle utilise un langage des signes adapté à l’autisme, le Makaton.

Pour Massyl, les pictogrammes sont inutiles. La « guidance physique » que réalise sa mère, présente dans l’eau, est efficace : elle se saisit des pieds de l’enfant et les guide dans un mouvement de battement. Tout près, Jacky rectifie le geste s’il le faut. « Avec chaque enfant, il faut trouver le bon canal pour expliquer le geste, commente Elise. L’idée, pour Massyl, est d’estomper la guidance maternelle pour qu’il devienne autonome. » L’enfant parvient déjà à faire trois brasses tout seul.

« Ces cours aident beaucoup Massyl dans son autonomie, le respect des consignes, le sommeil et l’anxiété, observe sa mère. Et Jacky est vraiment top ! » Le maître-nageur a suivi une demi-journée de sensibilisation à l’autisme proposée par l’association Ikigaï. « Cette expérience avec les enfants autistes donne du sens à mon travail, je me sens utile », témoigne Jacky, qui a déjà travaillé avec des enfants et des adultes handicapés. « Cela m’a toujours plu. C’est entre l’enseignement et le jeu. Il faut s’adapter en permanence à l’enfant, trouver les méthodes les plus simples et efficaces. »

Depuis juin 2019, cette intervention est expérimentée à la piscine de Neuilly grâce aux fonds issus du mécénat que reçoit l’association, tel le Fonds Autosphère. « L’idée est d’étendre ce dispositif en Ile-de-France, puis sur tout le territoire », explique Agnès Cossolini, cofondatrice d’Ikigaï.

L’association vient de postuler aux prix de la fondation La France s’engage, créée en 2014 par François Hollande. « Ici, les enfants reçoivent des cours de natation particuliers. Mais le but, à terme, est qu’ils rejoignent de petits groupes de natation », conclut Agnès Cossolini. Une belle façon de promouvoir, au quotidien, une société inclusive.

Source LE MONDE.

La maman d’un enfant autiste accuse une accompagnante d’une école d’Aix de maltraitance…

La mère du jeune Ilyes, 7 ans porte plainte contre l’accompagnante de son enfant à l’école Jules Isaac à Aix-en-Provence.

Un autre enfant de la classe dit que son camarade a été suspendu à un porte manteau pour le punir.

L'école Jules Isaac à Aix-en-Provence

C’est une affaire qui bouleverse des parents de l’école primaire et maternelle Jules Isaac à Aix-en-Provence. La maman d’un petit garçon atteint d’autisme porte plainte pour maltraitance. Elle soupçonne l’AESH (accompagnante des élèves en situation de handicap) de violences morales et physiques sur Ilyes. Âgé de 7 ans, ce petit garçon est atteint d’autisme, mais peut rester scolarisé dans un école tout à fait classique.

Avant les vacances de Noël, Ilyes aurait été suspendu à un porte manteau par cette AESH parce qu’il aurait levé la main sur elle. La scène a été rapportée par un camarade de classe à sa mère. “Est-ce que ça mérite un châtiment pareil, s’interroge Ikram Siari, la maman d’Ilyés. C’est pas un animal. C’est un enfant atteint d’handicap qui a toute sa place dans la société. J’en dors pas. J’ai essayé d’établir le dialogue avec l’école, mais j’étais face à des murs“.

Des soupçons de violences verbales et physiques

L’assistante dément formellement ces accusations et envisage elle aussi de porter plainte. Mais une de ses collègues dit avoir signalé d’autres faits de violences sur Ilyes : “Il y a eu violences verbales et physique, assure Isabelle. Des violences verbales comme tous les jours : “tu es méchant”.  Et des violences physiques comme quand on relève la tête de l’enfant en le maintenant par le front“. En arrêt maladie, Isabelle affirme que son signalement n’a pas été pris au sérieux. « Ces enfants ne sont pas comme les autres, dit-elle. Mais comme les autres, ils sont des enfants ».

Le rectorat d’Aix-Marseille appelle à la plus grande prudence face à ces accusations. Les rapports entre la famille d’Ilyes seraient tendus avec la direction de l’école contre laquelle la maman aurait déjà porté plainte.  L’assistante soupçonnée de violences et sa directrice n’ont pas répondu à nos sollicitations. Aujourd’hui, Ilyes a une nouvelle AESH et une enquête interne est ouverte.

Des SMS envoyés à la maman d'Yliès par la mère d'un camarade de classe - Aucun(e)

Source FRANCE BLEU.

 

Autisme. Une application « simple » pour aider à le détecter…

À Lyon, la start-up Sibius a créé une appli pour tablette, simple et peu onéreuse, permettant de dépister précocement l’autisme.

À partir du moment où les parents commencent à s’inquiéter s’écoule une « période d’errance et d’incertitude » de quatre ans en moyenne en Europe avant que le diagnostic soit posé.

La jeune société lyonnaise Sibius a présenté ce jeudi 28 novembre une application « simple », destiné aux professionnels, pour aider à détecter l’autisme et potentiellement d’autres troubles neurocognitifs de manière précoce et peu coûteuse, une innovation dans le domaine de la santé qu’elle espère commercialiser en 2022.

« Actuellement, il n’existe pas de marqueur objectif et simple pour mesurer le fonctionnement neurocognitif en pratique médicale courante, comme peut le faire un thermomètre pour la fièvre, le tensiomètre pour l’hypertension », explique la startup.

« Longue période d’errance et d’incertitude »

À partir du moment où les parents commencent à s’inquiéter, s’écoule une « longue période d’errance et d’incertitude » de quatre ans en moyenne en Europe avant que le diagnostic soit posé, a souligné jeudi devant la presse le fondateur Guillaume Bézie.

Depuis une dizaine d’années, les chercheurs ont montré que l’analyse des mouvements des yeux permettait de détecter certains troubles neurocognitifs. Mais le matériel nécessaire est très coûteux et hors de portée des médecins de famille.

L’application de Sibius s’appuie sur les travaux d’une équipe de l’Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod (Université Lyon 1/CNRS), qui ont fait cette semaine l’objet d’une publication dans la revue scientifique de référence Nature.

Les chercheurs lyonnais y ont démontré une « parfaite corrélation » entre les mouvements de l’œil et ceux du doigt qui « explore » une image.

Une image floue sur une tablette

Le jeune patient se voit ainsi présenter sur une tablette une image floue dont les composantes deviennent nettes lorsque le doigt passe dessus. Il reproduit ainsi le trajet qui correspond à celui qu’il fait naturellement avec ses yeux, selon les chercheurs.

Les mouvements du doigt sont captés par la tablette et analysés par les logiciels d’intelligence artificielle de Sibius.

Dans le cas de l’enfant autiste, celui-ci évitera les visages pour se concentrer sur d’autres éléments de la photo, explique Guillaume Bézie.

Cette technologie, couplée avec d’autres logiciels et référentiels d’analyse, devrait permettre de détecter d’autres pathologies neurologiques comme la maladie d’Alzheimer, les troubles DYS ou les commotions cérébrales.

L’utilisation de cette technologique par les médecins – notamment par les orthophonistes qui sont souvent les premiers consultés en cas de retard de développement – devrait être facturée par Sibius de 20 à 30 euros par examen, a précisé Guillaume Bézie.

Sibius, qui emploie à ce stade trois personnes, cherche encore 1,7 million d’euros pour développer son produit, qu’elle espère en partie lever auprès de Bpifrance en sa qualité d’entreprise « deeptech » (à la technologie découlant directement de la recherche fondamentale).

La société est accompagnée par Pulsalys, l’incubateur qui aide les chercheurs lyonnais à passer du stade du laboratoire à celui de l’entreprise.

Source OUEST FRANCE.

Autisme : pourquoi le biais psychanalytique français a fait beaucoup de mal à la recherche…et aux parents…

L’autisme est l’objet de préjugés et d’une ignorance toujours vivaces, entretenus par des années de psychanalyse et une méconnaissance importante de cette maladie mystérieuse.

Mais ce mystère s’éclaircit.

Que sait-on, aujourd’hui, des causes de l’autisme et de ses formes ?

Autisme : pourquoi le biais psychanalytique français a fait beaucoup de mal à la recherche...et aux parents

 

Guy-André Pelouze : L’autisme a été décrit pour la première fois par Léo Kanner, un psychiatre autrichien en 1943. Après sa description minutieuse, L. Kanner ajoute: « Dans tout le groupe, il n’y avait qu’un petit nombre de père et de mère aimants. Pour la plupart, les parents, grands-parents et collatéraux sont des personnes hautement préoccupés par des abstractions scientifiques, littéraires ou artistiques et limitées dans leur intérêt authentiquement populaire.

Même quelques uns des mariages les plus heureux ne furent rien moins que tièdes et une affaire formelle. Trois mariages furent de sombres échecs. La question se pose de savoir dans quelle mesure ce fait a contribué à la condition des enfants » (https://www.cairn.info/revue-journal-de-la-psychanalyse-de-l-enfant-2011-2-page-5.htm#no3) .

Il ne savait pas que cette affirmation, qu’il regretta semble-t-il par la suite, était en fait déjà la reconnaissance de l’importance de la génétique dans ce trouble du développement. Les difficultés de communication sociale des parents d’enfants autistes ont été par la suite bien établies (https://jamanetwork.com/journals/jamapsychiatry/fullarticle/1878924). Ce n’est donc pas leur « faute » mais bien un trouble constitutionnel.

Les études de jumeaux ont confirmé une héritabilité d’environ 80%. En 1979 (https://link.springer.com/article/10.1007/BF01531287) l’autisme est reconnu comme un trouble du développement et non comme la conséquence psychopathologique d’un environnement psychique et relationnel.

Dès lors les pays anglo-saxons vont développer des programmes de recherche importants au sujet de l’autisme alors que nous sommes longtemps restés figés dans l’approche psychopathologique ou pire dans l’idéologie politique la plus dépassée. En 2012, ce psychanalyste n’hésite pas à caricaturer l’irruption de la science dans le jardin de la psychanalyse:  “Ce déguisement de modernité est une des stratégies destinées à imposer un courant de pensée dont l’intérêt est en réalité d’ordre économique et idéologique”.

Plus loin il brouille les cartes: “ En revanche, ne pas reculer devant le réel du sujet dans sa dimension de langage est ce qui caractérise la position de la psychanalyse. De cette éthique se déduit un traitement différent de l’autisme et, avec lui, de la culpabilité des parents. Voilà le véritable enjeu, une éthique gouvernée par une idéologie de la rentabilité, ou celle qui consiste à faire face au réel d’une clinique du parlêtre” (https://www.cairn.info/revue-psychanalyse-2012-2-page-51.htm) .

Pendant ce temps loin des gourous l’effort de recherche porte ses fruits. L’autisme révèle un certain nombre de caractéristiques fondamentales. Récemment, Simon Baron Cohen, probablement un des plus grands neurobiologistes actuels, spécialiste de l’autisme a donné une définition tout à fait pertinente et conforme aux dernières données de la science :

“L’autisme est un ensemble de conditions neurodéveloppementales hétérogènes, caractérisées par des difficultés précoces de communication sociale et par un comportement et des intérêts inhabituellement limités et répétitifs. La prévalence mondiale dans la population est d’environ 1%.

L’autisme affecte plus d’hommes que de femmes et la comorbidité est fréquente (> 70% ont des troubles concomitants). Les personnes atteintes d’autisme ont des profils cognitifs atypiques, tels qu’une altération de la cognition et de la perception sociale, un dysfonctionnement exécutif et un traitement atypique de la perception et de l’information. Ces profils sont étayés par un développement neural atypique au niveau des systèmes. La génétique joue un rôle clé dans l’étiologie de l’autisme, conjointement avec les facteurs environnementaux précoces du développement. Les mutations rares à grand effet et les variants communs à faible effet contribuent au risque.” (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24074734).

Il faut lire et relire cette définition pour se rendre compte de la complexité et du défi médical que représente ce trouble.

Oui, l’autisme est mieux compris et surtout, s’agissant d’un trouble du développement cérébral sa prise en charge précoce afin de favoriser les outils cognitifs de communication sociale donne des résultats.

On a longtemps culpabilisé les parents, en surestimant le facteur environnemental, en expliquant que les vaccins provoquaient l’autisme, etc. On a aussi réduit l’autisme à Asperger. Quels ont été les erreurs commises dans le passé concernant le diagnostic de cette maladie et comment peut-on les corriger ?

C’est un peu toujours la même histoire, en sciences une théorie se base sur des faits expérimentaux. Elle est par définition falsifiable. L’histoire de l’autisme a été marquée par deux catastrophes intellectuelles, toutes deux étrangères au rationalisme scientifique et à la falsifiabilité poppérienne. La première a été d’envisager une explication globalisante non pas à partir de faits expérimentaux mais à partir d’un système de pensée, la psychanalyse, qui avait la prétention d’expliquer le fait psychique a priori et par le haut.

Un système de pensée qui visait à comprendre et traiter l’autisme en étudiant l’interaction des éléments conscients et inconscients et en introduisant des peurs et des conflits refoulés dans l’esprit conscient au moyen de techniques telles que l’interprétation des rêves et la libre association. Le plus étonnant c’est que devant les résultats inexistants de la psychanalyse dans l’autisme infantile, l’évaluation critique ait été aussi biaisée et tardive. De nombreux psychanalystes considèrent toujours que l’autisme n’est pas un trouble neuro-développemental avec un degré élevé d’héritabilité génétique.

Ils persistent à définir l’autisme comme une maladie psychique générée, entretenue par un environnement familial perturbé. En particulier par des problèmes dans les relations de l’enfant avec sa mère. Pour eux la prosodie du discours maternel joue un rôle important dans le développement de l’autisme. Des considérations aussi définitives que: “l’autiste souffre de quelque chose de très simple, sa mère n’a pas pu transmettre le sentiment que sa naissance lui était un cadeau” ont créé les conditions d’un drame familial iatrogène surajouté au trouble neurodéveloppemental de l’enfant.

Ensuite l’autisme a été pris en otage par des fraudeurs, ce fut l’épisode de Wakefield et le prétendu lien entre autisme et vaccination. Aucun des faits publiés par Wakefield n’a pu être reproduit ni contrôlé et l’opinion de la communauté scientifique est très majoritairement qu’il s’est agi d’une fraude. Mais ce n’était pas une fraude banale. Elle a joué sur des peurs complexes dans les sociétés développées où la question du risque de maladie infectieuse est appréhendée au niveau collectif et le risque de complication de la vaccination préventive au niveau individuel. En même temps, dans certains pays le caractère obligatoire des vaccinations a engendré une opposition irréductible qui a confondu la remise en cause de l’obligation avec la remise en cause de la validité scientifique des vaccins.

C’est donc un sujet très lourd et il faut vite tourner ces deux pages pour regarder l’avenir qui est totalement dépendant de la recherche scientifique. Il se trouve que s’agissant des fonctions les plus complexes du cerveau nous étions jusqu’à il y a peu extrêmement démunis en matière de méthodes et de techniques d’investigation. Les études d’association pangénomique, l’IRM cérébrale notamment fonctionnelle, le dosage de certains marqueurs ont transformé notre vision de l’autisme.

A chaque débat ou rapport sur la maladie, les controverses sont vives entre différentes professions. Pourquoi est-ce si difficile de se mettre d’accord sur ce qu’est l’autisme, sur ses origines et la manière de le soigner ?

La plus grande avancée dans la compréhension de l’autisme est sans conteste l’analyse génomique combinée au modèle empathie/systémisation. De quoi s’agit-il? Les sujets masculins ont entre deux et trois fois plus de probabilité de présenter une forme d’autisme par rapport aux sujets de sexe féminin. Ce fait qui est bien corroboré par les analyses épidémiologiques a des conséquences dans la compréhension de l’autisme.

Le cerveau est en effet un organe sexué. Le déterminisme génétique de cette différenciation sexuelle est lié principalement au chromosome Y et à l’imprégnation hormonale testostéronémique de la période fœtale et post natale. Ce dimorphisme sexuel du cerveau humain a des bases anatomiques et fonctionnelles. Les différences sont nombreuses et complexes. Il y a en particulier le fait que le cerveau féminin présente un fonctionnement beaucoup plus efficace dans la communication et l’empathie, un état mental décrit comme une empathie cognitive et affective qui conduit entre autres à facilement reconnaître l’état mental d’autrui.

Le cerveau masculin est plus tourné vers la systématisation ce qui conduit à analyser ou construire des systèmes basés sur des règles. Cette différenciation est le produit de pressions évolutionnistes qui ont spécialisé différentes fonctions physiologiques chez la femme et chez l’homme.

Dans ce contexte, le cerveau de l’enfant autiste apparaît comme un cerveau hyper mâle, c’est-à-dire présentant des caractéristiques fonctionnelles qui privilégient la systématisation au détriment des fonctions de communication. Des arguments génétiques comme l’analyse pangénomique de plus de 600 000 personnes, l’imprégnation testostéronémique prénatale viennent à l’appui de cette théorie. Bien évidemment ces caractéristiques sont largement distribuées à la fois chez les femmes et chez les hommes ce qui interdit tout déterminisme strict. Plus de 1000 gènes sont impliqués dans cette architecture et ces aspects du fonctionnement cérébral. En revanche il s’agit bien d’un outil de compréhension et ensuite d’intervention pour traiter l’autisme à l’avenir (https://www.pnas.org/content/pnas/115/48/12152.full.pdf) .

Venons en à votre question sur la manière de soigner. Il ne s’agit pas ici de détailler la prise en charge psychologique de l’autisme. Il me semble que la principale qualité des soignants qui s’occupent d’un enfant ayant des troubles du développement cérébral c’est bien évidemment de s’assurer que le diagnostic a été correctement conduit et qu’il n’est pas par exemple nécessaire de refaire une étape diagnostique dans le parcours de cet enfant.

C’est un signe d’humilité car s’agissant de ces troubles complexes dont fait partie l’autisme, les connaissances sont en pleine évolution, ce qui n’est pas un argument en faveur du relativisme mais au contraire pour la mise à jour régulière de notre approche diagnostique et thérapeutique.  Ensuite il y a effectivement la question des résultats. Il faut avoir le recul critique suffisant pour remettre en cause l’approche thérapeutique si les résultats sont médiocres voire si la situation s’aggrave. Dans ce contexte il ne faut pas attendre des années avant de se livrer à cette approche critique.

Alors se mettre d’accord est-il possible ? Je considère qu’il ne faut pas céder à cette tentation car cela voudrait dire qu’il existe une vérité sur l’autisme, que cette vérité est établie et que les différents intervenants n’ont plus qu’à s’y conformer. Ce n’est pas le cas même si certaines “explications” peuvent être écartées comme celle de la psychanalyse à propos de la responsabilité des parents .

L’autisme est pour l’enfant un trouble du développement relationnel qui a différent degrés de gravité et entraîne différents niveaux de souffrance. Il est essentiel avant tout de ne pas lui nuire et donc de respecter cet enfant dans sa différence sans l’exclure, ni du jeu familial, ni de l’école, ni d’aucune activité. L’empathie demeure au centre du soin. Quand la technique guérit le temps de l’empathie est court, et fort heureusement le patient retrouve sa liberté et la vie normale. Quand la technique ne guérit pas, ou lentement ou si peu, l’empathie est notre chemin commun avec le patient. Il est difficile.

Pour autant l’enfant autiste a des parents. Ce sont eux qui ont porté les changements de la prise en charge en France. Malgré ces changements timides ils éprouvent du désarroi, de l’inquiétude qui doivent être respectés car ils reflètent l’incertitude devant un trouble du développement cérébral dont on ne sait déterminer le devenir. Une différence profonde, complexe aux conséquences difficilement prévisibles sans parler des comorbidités.

J’ose à peine prononcer le mot de bienveillance tant il est dévalué par un usage abusif. Mais c’est bien cela, il nous faut soignants, relations et proches faire preuve d’une immense bienveillance pour les parents d’enfant autiste. Ils ont besoin de ce soutien pour aller sans arrêt et mille fois encore vers leur enfant afin de tisser des liens, d’atténuer, de réduire le trouble neurodéveloppemental par cette relation.

Source ATLANTICO.

Rennes. Des réactions après un témoignage : « l’autisme n’est pas synonyme de violence »…

Un habitant de Rennes a fait part de son expérience, après avoir vécu plus de vingt ans avec son ex-épouse autiste, sans s’en apercevoir.

Des lecteurs témoignent à leur tour, pour nuancer ses propos.

Une classe pour les enfants atteints d’autisme, dans une école de Saint-Brevin (Loire-Atlantique).

Un retraité rennais, âgé de 68 ans, raconte les difficultés qu’il a dû affronter avec son ex-épouse, atteinte d’autisme. Ce n’est que tard, après avoir quitté son domicile et divorcé, qu’il a découvert le mal dont elle souffrait. Plusieurs lecteurs réagissent à son témoignage, d’abord pour rappeler que l’autisme n’est pas une maladie « mais un trouble envahissant du développement. » D’autres désignent l’autisme comme « une déficience, un handicap ». D’ailleurs, l’autisme est reconnu comme un handicap en France depuis 1996.

« C’est cliniquement faux »

Le papa d’un enfant, un fils Asperger (autiste de haut niveau), s’étonne que ce témoignage fasse de la violence un des traits de l’autisme. « C’est cliniquement faux, tient-il à préciser. Les traits de caractère de son épouse n’ont rien à voir avec ce handicap particulier. L’amalgame me semble pour le moins malheureux. »

L’autisme est un trouble de la petite enfance qui se développe et perdure jusqu’à l’âge adulte. 8 000 enfants autistes naissent chaque année. Pendant longtemps, la psychanalyse a été la seule discipline à s’intéresser aux troubles autistiques. Les recherches récentes apportent un nouvel éclairage, en montrant l’existence de prédispositions génétiques chez certaines personnes autistes.

« La France a 40 ans de retard »

« La France a 40 ans de retard concernant la prise en charge de l’autisme, regrette Olivia Cattan, présidente de SOS autisme France. Même si l’information s’est améliorée, tout cela reste bien insuffisant. Le regard n’a pas beaucoup évolué et nous, familles, nous nous battons chaque jour contre « l’autismophobie », afin d’éclairer de plein feux les discriminations qui touchent les personnes autistes en France. »

Source OUEST FRANCE.

À Dijon, l’école Trémouille accueille la première Unité d’enseignement élémentaire autisme…

La première Unité d’enseignement élémentaire autisme (UEEA) a ouvert à l’école Trémouille à Dijon.

Elle accueille depuis la rentrée huit élèves atteints de trouble du spectre de l’autisme.

C’est la seule classe de toute l’académie de Dijon. Visite aux côtés de la rectrice Nathalie Albert-Moretti.

La première Unité d'enseignement élémentaire autisme (UEEA) accueille 8 élèves depuis la rentrée à l'école Trémouille à Dijon.

C’est la première Unité d’enseignement élémentaire autisme (UEEA) et elle a ouvert depuis la rentrée à l’école Trémouille à Dijon. Elle accueille huit enfants, âgés de 6 à 8 ans, atteints de trouble du spectre de l’autisme. Une ouverture qui s’inscrit dans le projet de Stratégie Nationale Autisme (2018-2022) avec le troisième Plan Autisme, qui prévoit la création de 45 unités comme celle-ci partout en France.

L'unité d'enseignement élémentaire autisme (UEEA) est ouverte depuis la rentrée à l'école Trémouille à Dijon. - Radio France

Une unité au cœur de l’école

Les enfants sont accueillis chaque matin en groupe dans la grande salle pédagogique. Ils s’y retrouvent pour un premier temps collectif, celui de la transition de la maison à l’école, avant d’être séparés pour le travail en individuel. Quatre professionnels les accompagnent au quotidien.

Alternance entre temps collectif et individuel

Pour adapter le travail aux enfants, la classe est partagée. Quatre élèves partent dans la salle à l’étage pour les activités sensorielles avec des jeux de construction ou de transvasement. Les autres restent avec Christelle Girard, enseignante spécialisée chargée des apprentissages de base comme la lecture ou les maths. “L’objectif comme pour les autres élèves c’est d’atteindre l’autonomie et la socialisation.”  

Et cela grâce à des temps d’inclusion, avec d’autres élèves, “ça a commencé avec des inclusions au gymnase pour du sport mais il y en aura aussi à la cantine ou en récréation” poursuit l’enseignante spécialisée.

Comment les élèves sont-ils orientés vers cette unité ?

Il faut que le diagnostic des troubles de l’autisme soit posé, qu’ils soit reconnu par la Maison départementale des personnes handicapées. Ensuite une commission examine chaque fin d’année les profils des élèves, une commission avec des membres de la MDPH, de l’Agence régionale de santé, du CESAD de l’Acodège et des membres de l’Éducation nationale comme Sylvie Salle, elle est inspectrice pour l’adaptation et la scolarisation des élèves en situation de handicap. “Ce sont des élèves avec de lourds handicaps qui sont par exemple non verbaux et pour lesquels une autre scolarité ne serait pas efficace.”

Des soins apportés aussi à l’école

Mais il ne faut pas oublierl’aspect médical de cette unité car si les enfants sont scolarisés ici à plein temps, ils suivent aussi des soins qui sont parfois dispensés dans la salle d’activité avec des professionnels qui viennent sur place ou parfois c’est un taxi qui vient les chercher et qui les ramènent à l’école. Un équilibre à trouver pour des enfants qui n’avaient, jusque-là, jamais connu l’école à temps plein mais un dispositif plein de promesses pour Christelle Girard, “on est sur le chemin de l’autonomie et je trouve que c’est très intéressant.”

Source FRANCE BLEU.

TÉMOIGNAGE. « J’ai vécu pendant 21 ans avec une autiste, sans m’en rendre compte… »…

L’autisme est un trouble envahissant du développement qui touche de plus en plus d’enfants.

Mal compris par beaucoup, il existe aussi chez l’adulte.

Un retraité rennais témoigne sur l’autisme, un mal dont a souffert son ex-épouse.

Un habitant de Rennes livre un récit poignant, à partir de son expérience personnelle.

Un lecteur de Rennes nous a adressé une longue lettre de plusieurs pages dans laquelle il raconte, avec beaucoup d’émotion, le trouble autistique dont a souffert son épouse. « Avec le recul, le diagnostic est brutal, écrit-il, J’ai vécu pendant vingt-et-un ans avec une autiste. Cette maladie, on en parle beaucoup aujourd’hui, mais elle n’était pas détectée dans les années 1950. C’est un handicap de naissance, difficile à soigner. »

Des souffrances de part et d’autre

Le couple a longtemps vécu sans mettre un mot sur ce qui a rongé leur vie de famille et sans avoir de diagnostic, avec des souffrances de part et d’autre. Un témoignage fort, que ce Rennais âgé aujourd’hui de 68 ans – nous l’appellerons Claude – livre sous couvert d’anonymat.

« Nous nous sommes mariés en août 1971, à Dinard, raconte-t-il. Mon épouse me rejoint alors en région parisienne, où je travaillais. À l’époque, je remarque qu’elle prend de nombreux médicaments. Je suis étonné, je ne le savais pas. Je la trouve triste, renfermée. Je mets cela sur le compte du dépaysement. »

« Violente, elle m’a frappé »

Au fil des mois, la situation ne fait qu’empirer. « Certains signes auraient dû m’alerter. Elle montrait une hypersensibilité au bruit : dès qu’une porte claquait ou qu’une moto passait dans la rue, elle était inquiète. » Plus grave, son ex-épouse peut se montrer agressive, voire violente. « Elle s’énervait facilement, elle m’a frappé devant ma mère, ce sont des choses qu’on n’oublie pas », confie Claude, encore gêné.

La situation n’est pas facile à vivre au quotidien, mais personne ne se doute de rien à l’extérieur. Les proches, les voisins, les amis, tous sont loin d’imaginer la réalité. « Elle était comptable. La situation sociale permet de sauver les apparences. Les gens étaient plutôt admiratifs, ils disaient d’elle qu’elle comptait comme une machine. »

« Un grand sentiment de solitude »

« Il y avait un déséquilibre énorme entre nous, constate Claude, avec le recul. Elle ne me voyait pas. Elle montrait aucune empathie à mon égard, alors que j’étais malade. Je devais tout gérer après ma journée de travail : les courses, les repas, le ménage, les devoirs des enfants, etc. Rien n’était partagé. J’éprouvais un grand sentiment de solitude. »

Son ex-épouse se montre de plus en plus violente. Les insultes pleuvent, les coups parfois aussi. « J’avais peur pour moi, mais aussi pour nos deux filles. » Un beau matin de 1992, il décide de partir, de disparaître, en laissant tout derrière lui : maison, voiture, objets personnels. « J’ai attendu que mes enfants soient autonomes. Je n’en pouvais plus, il fallait que je m’échappe de ce piège qui se refermait sur moi. »

En 1992, il part de chez lui

Il se retrouve seul, dans une chambre de 7 m² qu’il loue près de la gare. « Je repartais de zéro mais j’étais heureux. J’ai pu me reposer, reprendre des forces, car j’étais épuisé. C’était comme une délivrance. » Plus tard, le couple a divorcé. Claude a emménagé, seul, dans un appartement plus grand.

Il n’a jamais revu son ex-femme mais il est resté très proche de ses deux filles, qu’il voit régulièrement, avec ses petits-enfants. Comment a-t-il pu découvrir ce dont souffrait son ex-épouse ? « En consultant un médecin, j’ai fini par comprendre la maladie qui était la sienne », confie le retraité. Il s’est tourné vers des associations qui soutiennent les personnes souffrant d’autisme et leurs proches. Il s’efforce d’aider les autres à son tour.

Source OUEST FRANCE.

Handicap: quand la culture se fait “relax” pour les spectateurs “atypiques” …

L’association Ciné-ma différence a présenté Relax, un projet lancé en 2018 visant à améliorer l’accès aux spectacles pour les personnes handicapées.

En présence de Franck Riester, ministre de la Culture, l’association a annoncé sa volonté de déployer ce dispositif à d’autres salles.

Relax, un dispositif pour faciliter l’accès à la culture des personnes handicapées

Le dispositif “relax” tente de changer la donne et, après le cinéma, pousse les portes des théâtres.

Elles rient parfois “bizarrement“, applaudissent à contretemps, et peuvent subir regards et remarques désapprobateurs : les personnes atteintes d’un handicap mental ne se sentent pas toujours les bienvenues au théâtre ou au cinéma. Sauf pendant les séances “relax“, que leurs promoteurs rêvent de généraliser.

La boule au ventre

Aller au spectacle avec Mathilde Hyvernat, une Parisienne handicapée de 19 ans, “c’est une aventure familiale“, témoigne avec humour sa mère Laurence. “Elle est très sensible aux lieux nouveaux, au bruit, à l’intensité lumineuse, et ça l’amène parfois à manifester son angoisse en criant ou en se balançant”, raconte-t-elle. “Quand je rentre dans une salle de spectacle avec elle, j’ai une boule au ventre qui ne me quitte pas jusqu’à la sortie, à l’idée qu’il y ait un couac“, poursuit Mme Hyvernat. Pour que tout se passe bien, elle “sourit aux voisins de fauteuils, pour espérer gagner leur compréhension ou les détendre un peu, si Mathilde vient leur crier dans les oreilles ou leur faire un gros câlin“.

Un public au comportement atypique

D’où l’idée de ces séances “relax“, d’abord organisées dans une soixantaine de salles obscures par l’association “Ciné-ma différence“, puis dans quelques salles de spectacle, dont l’Opéra Comique, à Paris. Ces séances ouvertes à tous, handicapés ou non, se distinguent par le fait que tous les participants -spectateurs, employés, artistes et techniciens- sont informés de la présence d’un public au “comportement atypique“. Les équipes de billetterie et d’accueil sont également formées, pour que chacun “se sente le bienvenu” et puisse “exprimer ses émotions sans jugement, crainte ni contrainte“. Sans un tel dispositif, trop souvent, les “regards désapprobateurs, les ‘chut !’ ou les réflexions désagréables forcent la famille à sortir de la salle“, déplore Catherine Morhange, la déléguée générale de l’association “Ciné-ma différence“. Et l'”expérience de plaisir partagé” se transforme en une “expérience douloureuse et humiliante, et c’en est souvent fini de toute tentative de sortie en famille“.

Bouffée d’oxygène

Or, souligne Mme Morhange, priver d’accès à la culture les personnes atteintes d’un handicap mental ou psychique, d’une forme d’autisme ou de la maladie d’Alzheimer, est d’autant plus inacceptable que ces spectateurs accèdent bel et bien aux oeuvres, fût-ce d’une autre manière. “Il n’existe pas que l’accès intellectuel, mais aussi une appréhension sensible et esthétique. Et dans ce domaine, le public en situation de handicap n’est pas forcément le plus handicapé“, explique-t-elle. Victoria Miet, 20 ans et atteinte d’un polyhandicap, fréquente fréquemment les séances “relax“. “Son plaisir dans la vie, c’est le cinéma et la musique“, raconte son père Philippe. “Mais le cinéma, avec elle, c’était compliqué ; quand elle est heureuse, elle bouge les bras, elle crie, alors on était très
gênés“. Ces séances bienveillantes ont donc été “une bouffée d’oxygène : on est allés au cinéma et on était comme chez nous!“, résume-t-il.

Au programme…

A l’Opéra Comique, qui a proposé en novembre 2019 une représentation “relax” d'”Hercule amoureux” de Francesco Cavalli, les spectateurs se sont vu distribuer un livret explicatif “facile à lire et à comprendre“. On leur y expliquait, par exemple, que “les personnages se disputent souvent, mais ce ne sont pas de vraies disputes“… Sur la saison 2019-2020, dix spectacles “relax” tous âges sont programmés en Île-de-France. Et les promoteurs du système espèrent le déployer dans un plus grand nombre de salles, partout en France, via une charte qui serait proposée aux structures. “Il faut absolument qu’on soutienne ce dispositif. C’est comme ça qu’on va améliorer l’acceptation de la différence dans la société“, souligne la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées Sophie Cluzel, venue soutenir l’initiative le 18 décembre 2019 à l’Opéra Comique en compagnie du ministre de la Culture Franck Riester. “Ce que les familles nous disent, c’est ‘on veut vivre ensemble !’ Donc elles doivent avoir accès à ce moment tellement important, la culture“, qui permet aux personnes handicapées de “se construire par le rire et l’émotion“, ajoute-t-elle.

Source LA CROIX/ ORANGE.

Les taxis qui transportent des enfants handicapés en Belgique, notamment autistes, peuvent continuer leur activité…

Dans la métropole lilloise, une compagnie de taxis va pouvoir continuer à emmener des enfants handicapés, notamment autistes, dans des écoles spécialisées en Belgique.

La course est prise en charge par la sécurité sociale, car les places manquent cruellement chez nous.

Ce mardi matin, les chauffeurs de taxis et les familles d'enfants handicapés scolarisés en Belgique étaient reçus à la CPAM à Tourcoing

C’est le soulagement pour une centaine de familles de la métropole lilloise, dont les enfants handicapés sont scolarisés en Belgique. Faute de places dans les établissements spécialisés chez nous, elles sont nombreuses à passer la frontière, où les listes d’attente sont beaucoup moins fournies. Depuis plus de 25 ans, la sécurité sociale permet donc à ces enfants de prendre le taxi pour aller à l’école, la course est prise en charge financièrement.

Une compagnie de taxi de Toufflers, tout près de la frontière, qui consacre la moitié de son activité à ces transports d’enfants, était en conflit avec la CPAM de Roubaix-Tourcoing depuis quelques semaines. Car une nouvelle convention nationale l’obligeait à payer une licence spécifique pour chacun de ses 15 taxis, soit près de 150 000 euros par véhicule.

Accord avec la CPAM

Ce mardi, un accord a été trouvé, et les transports d’enfants handicapés dans ces taxis va pouvoir continuer comme avant. Didier Gomichon, le patron des “Taxis Didier”, estime que la solution trouvée “arrange tout le monde, et surtout les enfants, car ce sont des enfants handicapés, qui n’ont pas à rester sur le trottoir. Il y a un lien entre le chauffeur, l’école, la famille, c’est le chauffeur qui est le lien de tout. Tout le monde respire aujourd’hui, c’est une très bonne décision“.

“C’est un énorme poids qui tombe” – une maman d’enfant handicapée

Cindy est la maman d’une petite Maëlys, 8 ans, qui souffre d’un retard moteur. Depuis deux ans et demi, elle est scolarisée en Belgique, et elle fait les allers-retours depuis Roubaix en taxi, pris en charge par la CPAM. La fillette est sur liste d’attente en France depuis 2016 : “les progrès qu’elle a faits en Belgique sont flagrants“, raconte la mère de famille, “en deux mois, elle s’est mise à parler. Je suis vraiment soulagée que les taxis continuent, c’est un énorme poids qui tombe, un beau cadeau de Noël !

Jointe par France Bleu Nord, la CPAM de Roubaix-Tourcoing estime qu’il était important de trouver une solution pour que le service aux familles continue. C’est pour cette raison qu’elle a accordé une dérogation à la compagnie de taxis nordiste.

Source FRANCE BLEU.

Accompagner les aidants, un enjeu pour l’entreprise…

En France, 11 millions de personnes aident un proche en manque d’autonomie. Un sur deux travaille encore.

Beaucoup ne souhaitent pas s’arrêter tant pour des raisons économiques que de vie sociale, mais 80 % peinent à concilier vie professionnelle et vie personnelle.

Cela joue sur leur santé. Pour Harmonie Mutuelle, les entreprises ont tout à gagner à les soutenir pour réduire l’absentéisme et fidéliser des compétences clés.

Sur les 11 millions d’aidants en France, 50 % travaillent encore et peinent à trouver du temps pour eux. Leur investissement est nuisible à leur santé.

Les chiffres sont impressionnants et, avec le vieillissement de la population, la situation n’est pas près de changer. Déjà 11 millions de personnes en France aident un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie. Même s’ils n’en ont souvent pas conscience, ils font partie des aidants. Beaucoup travaillent encore et négligent leur propre santé.

Une abnégation qui pèse sur la santé

Alors qu’ils coordonnent les visites chez les médecins, les spécialistes, les passages des aides à domiciles, des aides-soignants etc., ils oublient de prendre rendez-vous pour eux. Le midi, ils se dépêchent, mangeant à la va-vite, pour ne pas se mettre en retard dans leur travail ; ils passent leurs vacances ou leurs journées de RTT à soutenir les autres… « Tant d’abnégation a des conséquences, explique Sophie Javelaud, directrice générale adjointe de Ressources Mutuelles Assistance, partenaire d’Harmonie Mutuelle. Un aidant sur cinq développe une pathologie dans les trois ans qui suivent son rôle d’aidant parce qu’il met sa vie entre parenthèses ».

Malheureusement, les statistiques lui donnent raison : en moyenne un aidant est absent 13 jours de plus que la moyenne des salariés français.

Un enjeu reconnu par les entreprises

Des absences qui souvent renforcent le sentiment de culpabilité des aidants, qui apprécient leur travail et le considère comme essentiel pour eux, pour maintenir un lien social et un niveau de vie. Depuis plusieurs années, les associations d’aides aux aidants militent auprès des entreprises et les choses bougent. « Même si les entreprises ont encore du mal à investir dans des plans d’actions concrets, elles ont conscience des enjeux liés à apporter du soutien aux aidants », indique Sophie Javelaud, qui conclut : « Un dispositif simple permet de réduire d’un tiers voire de moitié les absences des aidants ».

Repérer les aidants

Mais pour tendre la main à ces salariés, qui ne se définissent pas toujours comme des aidants, qui se considèrent plutôt comme des « aimants » remplissant leur rôle de parents d’enfants handicapés ou d’enfants soutenants leurs parents vieillissants, l’entreprise doit les identifier, les repérer. C’est tout sauf simple. La plupart d’entre eux agissent en effet dans la discrétion la plus totale et ne souhaitent pas évoquer leurs problèmes personnels au bureau.Si les entreprises peuvent et doivent sensibiliser leurs collaborateurs et leurs managers au sujet, certains n’auront ni la légitimité ni les compétences pour aider le salarié en difficulté.Mais en sensibilisant l’ensemble de leurs salariés au sujet, les entreprises peuvent peut-être les repérer. Même si une personne est discrète, son manager ou ses collègues proches peuvent ressentir sa fatigue ou son stress. Informés sur les dispositifs qui existent pour soutenir et accompagner les aidants, collègues et managers peuvent devenir un relais d’information auprès de cette personne. L’encadrement peut aussi évoquer le télétravail, un aménagement du temps de travail qui privilégie temps partiel ou horaires individualisés…

Trouver une solution adaptée

Chaque aidant traverse une situation qui lui est propre. Les uns auront besoin d’une journée de temps en temps, les autres d’un temps d’absence long sur une période donnée… Les aménagements doivent être adaptés. Mais déjà des solutions existent les rappeler aux aidants peut aider. Trop peu sont au courant.Selon France Alzheimer, 44 % des aidants déclarent avoir dû poser des jours de congé ou de RTT pour s’occuper de leur proche. Pourtant, des congés spécifiques existent, prévus par la loi, permettant de ne pas utiliser son portefeuille de congés payés. Ils restent méconnus ou peu utilisés, parfois par crainte de les demander à son employeur. Le congé de présence parentale permet ainsi d’assister un enfant malade, en situation de handicap ou victime d’un accident grave. Ce congé fonctionne comme un « compte crédit jours » de 310 jours ouvrés, qui peuvent être utilisés en fonction des besoins.Le congé de solidarité familial permet de s’occuper d’un proche en situation de handicap ou en situation de dépendance. Il est de trois mois renouvelables, dans la limite d’un an pour l’ensemble de sa carrière mais n’est pas rémunéré. La loi du 2 mars 2010 prévoit le versement par l’Assurance maladie d’une allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie aux salariés qui choisissent ce type de congé.

Évoquer le congé proche aidant

Depuis le 1er janvier 2017, le congé de proche aidant, créé par la loi sur l’adaptation de la société au vieillissement, permet d’accompagner un proche en situation de handicap ou en situation de dépendance. Dans ce cas, il n’est pas nécessaire qu’il existe un lien de parenté. À l’issue, le salarié retrouve son emploi ou un emploi équivalent, assorti d’une rémunération au moins équivalente. Par ailleurs, certains accords collectifs peuvent fixer des modalités de prise de congé plus favorables ou des aménagements particuliers. Depuis la loi du 9 mai 2014, certaines entreprises ont mis en place les « dons de RTT » entre leurs salariés. Depuis le 1er janvier 2018, le don de jour de repos est étendu aux personnes s’occupant d’un proche souffrant d’un handicap ou d’une perte d’autonomie d’une particulière gravité.

Proposer un accompagnement extérieur

Proposer un accompagnement extérieur

Enfin, l’entreprise peut aider ses salariés à trouver une aide extérieure à l’entreprise. Un acteur neutre, garant de la confidentialité de leur situation et propos. Consciente de l’enjeu Harmonie Mutuelle a développé un service, baptisé Harmonie Service Social, qui s’appuie sur les équipes d’assistants sociaux de la mutuelle et qui peut être proposé à tous les salariés d’une entreprise et notamment aux aidants. « En capacité d’épauler les salariés pour faire face à leurs problèmes, nos équipes peuvent intervenir via une ligne dédiée, par téléphone, ou rencontrer le collaborateur sur son lieu de travail ou dans le lieu de son choix. Le recours à un tiers extérieur à l’entreprise permet de garantir l’anonymat et la confidentialité », explique Hélène Cailleaud, responsable du service action sociale pour la région Atlantique au sein d’Harmonie Mutuelle.Pour aller plus loin sur ce service, retrouvez l’article sur ces aides extérieures qui existent pour concilier vie privée et vie personnelle, cliquez.Pour en savoir plus sur comment réduire la facture de l’absentéisme, cliquez.Retrouver le e-dossier sur la qualité de vie au travail en cliquant.

Source OUEST FRANCE.